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10 ans après mes Notes de voyage en République tchèque et l’article sur David Černý, sculpteur altersexuel que j’ai amplement mis à jour en 2026, plutôt que de modifier l’article précédent, j’ai préféré rédiger un nouvel article sur ce retour à Prague en février 2026. Prague demeure une destination de choix. La ville s’embellit de jour en jour pendant que Paris est enlaidie par la mafia qui s’en est emparée, et la banque n’a pas encore posé sa griffe sur la vie sociale, comme j’ai pu le constater à Londres.
Plan de l’article
Autour de la place Venceslas
Musée national de Tchéquie
Opéra & musique
Monastère de Strahov
Veletržní palác
Galeries de peintures nationales
Le château
Un peu de littérature
Autres choses vues
Remarques diverses
Pour voir mes photos, il y a trois dossiers : Photos de voyage à Prague en 2026 ; Photos de voyage à Prague et à Brno en 2016 /2018 ; Photos d’œuvres de David Černý.
Autour de la place Venceslas
J’étais logé à l’hôtel Rokoko, sur le haut de l’illustre place Venceslas. C’est Booking qui m’avait proposé cela, et je n’y avais pas prêté grande attention. Lors de mon premier séjour, j’avais logé presque en face, dans un hôtel qui existe toujours et fait partie du même groupe « EA hotels ». C’est la saison basse, l’hôtel n’était pas plein, et l’on m’a justement proposé de déjeuner pour 15 € dans l’autre hôtel. Je l’ai fait une fois, mais pour la suite, j’ai utilisé le mini frigo de la chambre pour déjeuner sur le pouce, habitude de vieux garçon. Il y avait pourtant du monde dans Prague (surtout le week-end), et j’imagine l’ambiance (et les tarifs) à la haute saison. Voici donc une capitale où l’on peut se loger à un prix raisonnable sur les Champs-Élysées ! Ma chambre était exiguë mais correcte, au 5e étage, juste en-dessous des gros lions visibles sur la photo de la façade art déco. Comme on le voit dans cet article « Sur les traces de la révolution de Velours (V) – Melantrich, le balcon le plus célèbre de Prague », l’hôtel Rokoko jouxte le bâtiment Melantrich, depuis le balcon duquel fut déclenchée la Révolution de Velours en novembre 1989. J’ai photographié l’escalier de l’hôtel.
J’allais oublier ce grand classique des hôtels. Ayant constaté que la douche fuyait, j’ai sorti le joint usé comme un chewing-gum mâchouillé pendant une matinée par un épileptique. J’ai demandé qu’on le change, sans illusion. Eh bien le lendemain matin, j’ai obtenu satisfaction avec en prime un tuyau tout neuf flexible au lieu du tuyau en plastique rigide, vous savez, du genre impossible à diriger sur vous… Il est fréquent que les hôtels soient mal entretenus dans le détail, mais il est rare que l’on écoute le client. J’ai constaté que l’une des sorties de l’hôtel donnait directement sur le fameux palais Lucerna construit en style art nouveau par le grand-père de Vaclav Havel, qui porte le même prénom, à partir de 1907. L’hôtel lui-même est le joyau du palais Rokoko, de style art déco, qui s’encastre dans le précédent. Du coup, j’ai admiré cet ensemble, et j’ai filmé la place Venceslas depuis ma chambre, pour en faire le cœur de cette vidéo de 23’, avec le spectacle de la relève de la garde au château. Je vais éviter de répéter ici ce que je dis dans la vidéo.
Musée national de Tchéquie
J’ai découvert enfin le Musée national de Tchéquie. C’est lui qui couronne la place Venceslas, et qui donne son nom au métro Muzeum, nœud central des transports de Prague. Il était donc à 2 minutes de mon hôtel (je le voyais depuis la fenêtre, cf. ma vidéo). Réouvert en 2019 après des années de travaux, ce qui explique que je ne l’avais pas encore visité. Le bâtiment et les expositions sont magnifiques. Il faut commencer par la galerie de l’évolution, en haut, surtout si vous visitez Prague avec des enfants, qui s’ennuient dans les musées de peintures. L’homme, les animaux actuels, les animaux disparus. Ils arrivent même à rendre intéressants les minéraux… Dans la galerie des animaux disparus, j’ai photographié des scènes de bataille entre une sorte de gros iguane et des requins, entre un gros requin et un poulpe, et des sortes de félins et un truc genre équidé. Un tigre à dents de sabre crève l’écran, un mammouth, une sorte de rhinocéros.
Dans la partie consacrée aux animaux actuels, des vitrines complètent la collection d’animaux suspendus ou directement exposés. Un kangourou fait mine de vous boxer ; vous avez un magnifique nid de cigognes, girafe, rhinocéros, etc. L’immense squelette de baleine pendu au plafond (le seul qui n’ait pas été déménagé lors des travaux), un poulpe, etc. Des animalcules sont agrandis, comme le tardigrade. Dans la partie évolution, vous avez un moulage de Lucy et un homme de Néandertal, comme si vous y étiez, un homo sapiens et sa petite famille, etc.
Mais ce n’est qu’une partie de cet immense musée. Dans une autre salle, j’ai remarqué un vieux livre de Olfert Dapper, celui qui a donné son nom au musée Dapper à Paris. Sans s’être rendu sur place, il a publié des livres sur toutes les parties du monde. J’ai photographié une double page d’un livre rarissime, sur une idole satanique du Mexique. On peut retrouver ce livre dans une bibliothèque numérisée. J’ai aussi repéré un instrument de musique original, « Baritone Moderatone » d’un certain Josef Sediva. On en retrouve sur cette page qui recense des instruments bizarres. Dans une autre section du musée, j’ai photographié un aquamanile de Bohême du XIVe siècle, comme on peut en voir aussi au Musée du Louvre. Dans le bâtiment annexe, auquel on accède par un souterrain animé de diaporamas de propagande wokiste, on visite une exposition sur l’histoire moderne de la République Tchèque. On y a droit à une propagande pro-ukrainienne, en prime des vitrines fort intéressantes sur la période soviétique, l’exil intérieur, la mode, le design.
La nuit, le Muzeum est magnifiquement illuminé, devant la place revêtue de petits pavés à la lisboète. Le modeste mémorial à Ian Palach est visible sur cette place, juste devant le Muzeum.
Opéra & musique
Le soir de mon arrivée, je suis aller voir ce bon vieux pont Charles de nuit. J’ai photographié la statue de Bedřich Smetana qui tourne le dos au pont pour contempler sa chère Vltava (Moldau) à laquelle il a rendu hommage dans son chef-d’œuvre que je propose désormais à mes étudiants en 1re année de BTS. Le lendemain, j’ai gravi la colline de la forteresse de Vyšehrad, pour contempler la Vltava depuis le panorama prévu à cet effet.
J’y ai également visité le Cimetière de Vyšehrad, où sont concentrées les tombes ou cénotaphes, excusez du peu, de Dvorak, Smetana, Mucha, Karel Ančerl, Rafael Kubelík, mais aussi de Karel Čapek, dont il sera question ci-dessous. La tombe de Smetana est ornée d’une portée de son chef-d’œuvre, à l’ombre de la basilique Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Au bas de la forteresse, le long de la Vlatva, on peut admirer deux villas cubistes de l’architecte Josef Chochol. Je ne suis d’ailleurs pas sûr d’avoir trouvé les bonnes, vu la confusion des informations du guide du Routard !
Je suis allé voir trois opéras sur ces 6 nuits passées à Prague. Il faudra que je me souvienne, la prochaine fois si j’y retourne, de réserver bien à l’avance. En effet, dans mon souvenir, je n’avais pas eu de problème pour réserver juste avant les représentations sur place, sauf que cela a dû évoluer entre-temps. D’abord il n’y a plus de guichet visible, cela se fait par Internet, ensuite cela grouille de touristes, notamment français, qui ont dû lire mon article et ont eu la même idée que moi ; troisièmement, maintenant j’ai des goûts de luxe et je préfère prendre les meilleures places. J’ai ainsi renoncé à voir Carmen, pour lequel ne restait que des places debout pour pas un rond. Mais j’ai pu réserver la veille du départ (quelle négligence !) deux places pour La Rusalka de Dvorak et pour L’Élixir d’amour de Donizzetti, au 3e rang du parterre, soit le tarif le plus élevé, à 64 €. À l’opéra de Paris, les meilleures places se négocient 250 ou 200 €, et sans approfondir, je peux vous dire que c’est une usine à gaz pour réserver. À ce tarif, l’amateur d’opéras ou de ballet a tout intérêt à passer une semaine à Prague hors saison et en s’y prenant à l’avance, il pourra voir un spectacle par soir, bien mieux placé qu’il pourrait l’espérer à Paris.
J’ai donc d’abord vu La Rusalka de Dvorak au théâtre d’État, où je m’étais déjà rendu plusieurs fois par le passé. Il propose des spectacles de théâtre et d’opéra. Histoire inspirée de la Petite sirène d’Andersen, où l’ondine tombe amoureuse d’un prince humain et accepte d’une sorcière de devenir muette pour devenir humaine et séduire le prince. J’avais apprécié particulièrement la chanteuse qui jouait le rôle de la princesse, une garce qui pique le prince de la Rusalka devenue muette. Quant au rôle titre, une cantatrice muette est un défi pour un opéra. L’émotion joue sur les 2 niveaux. Plus ça va, plus je suis sensible aux spectacles. Et puis avec mes yeux tout neufs opérés de la cataracte, quel plaisir que de tout voir dans une lumière éclatante, et dans l’écrin magnifique du Narodni Divadlo. Hélas, c’est une mise en scène moderne ; le décor froid cache le chœur, qu’on ne verra pas une seule fois sur scène, et des lampes sur scène nous éblouissent, au lieu de recréer simplement la magie d’un conte des temps immémoriaux. Le spectacle est interrompu de deux entractes. Je suis au 3e rang, mais inexplicablement, les personnes situées à ma gauche et à ma droite se défaussent pendant les entractes !
Ensuite, j’ai assisté à une représentation de L’Élixir d’amour de Donizzetti à l’opéra d’Etat. Le plus vaste opéra des 3 que compte Prague, où je n’étais pas encore allé. C’est une salle immense, plus vaste que le précédent, toute de stuc blanc avec des dorures, alors que le Narodni Divadlo est tout en dorures. La mise en scène et la scénographie étaient plus à mon goût, et le chœur était intégré à l’action. Je ne comprends cependant pas le succès de cette pièce cucul la praline. Un seul chant connu, l’air « Una furtiva lagrima », fort émouvant certes, mais ça ne casse pas 3 pattes à un canard. En tout cas, quel plaisir de voir des spectacles aussi prestigieux dans des salles magnifiques, dans cette capitale de plus en plus belle, alors que Paris s’enlaidit sans fin…
Enfin, j’ai vu L’Or du Rhin de Wagner. Pour cette pièce, j’ai réussi à prendre des places à 3 kopecks tout en haut de la galerie. Cela a été une expérience intéressante cependant, car ça m’a permis de visiter le haut de cette énorme salle. On y accède par un escalier séparé depuis le 1er balcon, et cette galerie s’enfonce loin dans l’arrière du bâtiment ; on surplombe la scène, ce qui avait un effet désagréable vu que le metteur en scène avait lui aussi succombé à la mode des lumières sur la scène, en l’occurrence une sorte de cube de néons, dont la barre haute occultait mon champ de vision juste au-dessous des sur-titres, ce qui m’a fait renoncer à les lire car j’étais ébloui. Ce qui est époustouflant dans ces bâtiments, c’est l’aspect pratique, le service offert, et le fait que tout est en parfait état, pas un grain de poussière. À chaque étage vous avez des toilettes en nombre suffisant et un bar. Les tarifs sont tout à fait abordables, et l’on peut réserver à l’avance une collation qui vous attend à une table précise ; j’avais déjà remarqué ça à Berlin aussi. Enfin, depuis cet endroit, j’ai pu accéder à la terrasse supérieure en plein air, qui domine la Vlatva, et permet d’admirer de près les deux énormes statues de quadriges qui ornent la façade (photo). Il se trouve que je les avais vues en esquisses dans l’exposition du palais Veletržní. À l’opéra d’État, on peut aussi prendre l’air sur le grand balcon qui donne une vue sur le Muzeum, tout proche. Bref, l’histoire de L’Or du Rhin est complotiste, une histoire quasiment antisémite de dieux qui règnent sur le monde et en accaparent les richesses. M’étonne pas que le compositeur ait été apprécié d’Adolf ! Mais on y a eu droit sans entracte (alors que j’étais mal assis dans cette galerie, avec une colonne au tiers de mon champ de vision). La mise en scène nous en foutait plein la vue, avec des caméras qui filmaient en direct des gros plans projetés sur des écrans sur la scène ; des ouvriers (ceux qui extraient l’or) rampant sur scène, un plateau tournant, etc.
Monastère de Strahov
J’ai visité pour la première fois le monastère de Strahov. Il a été fondé au XIIe siècle, mais suite à un incendie, a été reconstruit en style baroque, ainsi que l’église Notre-Dame de l’Assomption qui le jouxte. Il possède une immense bibliothèque riche en incunables et autres trésors. J’ai photographié un livre en gothique ouvert à la page de la plus ancienne vue de Prague, une mappemonde magnifiquement décorée, un manuscrit arabe orné d’animaux fantastiques, un Ancien Testament « Carda » avec la plus ancienne traduction en tchèque, et une « xylothèque », armoire pleine d’échantillons de bois rares. Dans le réfectoire j’ai repéré une peinture représentant des gens qui s’adonnent à la noble tâche de faire la vaisselle, détail d’une scène de festin ! La pinacothèque est également fort riche. J’ai photographié L’Arrestation de Jésus-Christ, par le Maître du panneau de Caslav ; le Massacre des Innocents par Andrea Celesti ; une Judith avec la tête d’Holopherne de l’atelier de Lucas Cranach, et la reproduction numérique d’une scène de souris grignotant du fromage, par August Johann Rösel von Rosenhof. À l’extérieur du monastère, on jouit d’une vue panoramique sur Prague. À l’arrêt de tramway qui donne accès au monastère, on admire une statue double des astronomes Tycho Brahe & Johannes Kepler, un Danois & un Allemand tous deux réfugiés à Prague à l’invitation de l’empereur Rodolphe II.
Réfectoire du Monastère de Strahov, Prague, plafond. Scène de festin, serviteurs et domestiques en action.
© Lionel Labosse
Veletržní palác
J’avais déjà visité à deux reprises le Veletržní palác, qui abrite la part la plus moderne des collections nationales de peinture & sculpture réparties dans plusieurs édifices qui grèvent votre porte monnaie.
La sculpture Abel mort (1901) de Quido Kocian (original en je ne sais quelle matière, dont on trouve sur Wikipédia une copie en bronze). Beaucoup de tableaux de Toyen, parmi lesquels le toujours aussi intriguant « Au Château Lacoste » (1943), et « Fright » (1937), que je n’avais pas remarqué lors de mes précédentes visites. J’ai repéré aussi « Showers in à Prague sokol » (1903) de Milos Jiracek. J’adore comment le buste d’une certaine Tereza Koseova par Josef Maratka émerge d’un bloc de marbre… En voyant un buste de loin, j’ai cru reconnaître Beethoven... eh bien j’avais raison ! J’ai oublié de noter l’auteur. De Frantisek Kupka, dans la lignée de Toulouse Lautrec, « Le goût de Gallien » (1909) et « Ballade » (1901), deux femmes nues juchées sur des chevaux sur une plage (ci-dessous). Du même, un tableau très différent s’intitule « Babylon 1906 ». De Jan Preisler un groupe de bronze intitulé « Adam & Eve » (1908), devant plusieurs tableaux du même thème (le musée a une exposition thématique). De Ladislav Saloun, statue fort originale « Le diable et Kate », marbre sur bronze. De Jef Lambeaux, « Lutteurs », bronze (1895). De Joseph Uhl, des gravures en aquatintes « Per Aspera ad Astra » 1 & 2.
Galeries nationales de peinture
Les galeries nationales de peinture sont réparties en plusieurs bâtiments, auxquels s’ajoutent des collections privées. La galerie de peintures du château, à l’intérieur du périmètre du château, est assez petite, mais fort belle. J’ai photographié de Giovanni Battista Spinelli « David joue devant Saul » ; « Diane surprise par Actéon » de Bernaert de Rijckere ; un très original « Triple Portrait de Ferdinand, Maximilien et Rudolf » par Paulus Roy, peint sur des lamelles qui changent selon votre position devant le tableau ; « Latone et les Paysans », de Paolo Fiammingo. Il y avait une flopée de mômes qui piaillaient dans toutes les salles quand j’ai visité le musée. Cela n’a pas grand sens en-dessous d’un certain âge, ou alors il faut des activités spécifiques bien calibrées.
À l’extérieur du château, mais juste à côté, vous avez deux musées couplés de part et d’autre de la place, le Palais Sternberg et le Palais Schwarzenberg. Dans la cour du 1er, une copie de mauvaise qualité de la sculpture Lion au serpent, d’Antoine Louis Barye, visible au musée du Louvre, surprend le visiteur et rappelle l’universalité de la culture française au XIXe siècle. J’ai photographié dans ce musée une étonnante peinture d’un certain Cornelis Saftleven, « Allegorie animale » (1629). Ce peintre du XVIIe siècle semble s’être fait une spécialité de ce type de tableaux d’animaux fantastiques. Un magnifique retable de Hans Raphon (XVe siècle) présente une nouvelle scène des soldats jouant aux dés la tunique du Christ pour ma collecte de crucifixions. La collection exposée au palais Schwarzenberg est encore plus riche. J’y ai photographié le célèbre Adam et Ève de Lucas Cranach.
Le château
Je vous renvoie à ma vidéo ci-dessus, consacrée surtout à la relève de la garde, ce spectacle ironique proposé par Vaclav Havel, président et écrivain. Des visuels du petit musée de la garde qui fait partie des musées de l’enceinte du château complètent la vidéo. Que ce soit les costumes, la musique ou la composition de la garde, Vaclav Havel avait songé à tout pour faire une sorte de théâtre d’opérette en Europe Centrale. Les sculptures de l’entrée de la cour du château sont étonnantes, des sortes de géants à massue qui tabassent des esclaves. La salle Vladislas III est magnifique, avec ses nervures de gothique flamboyant. Elle est censée être la plus vaste pièce de Prague, mais je me demande si la salle de l’opéra d’État n’est pas plus vaste, du moins en mètres cubes. J’ai visité à nouveau la cathédrale Saint-Guy, qui porte le nom d’un saint important de Prague, dont une statue orne le pont Charles. C’est un saint sicilien, mais une relique en a été déposée semble-t-il dans cette cathédrale. Les lions visibles de la statue jouent un rôle dans la légende du saint, un peu comme la légende de Daniel dans la fosse aux lions. L’un des trésors de la cathédrale est le tombeau en argent massif de Saint Jean Népomucène. Vous avez aussi la chapelle Saint Venceslas, ornée d’énormes pierres précieuses serties dans le mur. Le tympan de la porte principale représente une crucifixion moderne (XXe siècle), avec les soldats jouant aux dés la tunique du Christ. Les trois dés sont bien visibles.
Le Palais Lobkowicz est un palais privé dont la visite est incluse actuellement dans un des deux parcours du château. La collection est très riche. J’y ai photographié l’un de ses chefs-d’œuvres, La Fenaison de Brueghel l’ancien (1565), ainsi qu’un grand tableau de Canaletto, « Tamise Lord Mayor’s day ». Parmi les trésors du musée figurent des partitions originales de Beethoven, ouverture de Coriolan et symphonies n° 1 et 3. Des objets divers, des armes, enrichissent la collection.
La ruelle d’or se visite rapidement. Vous avez tout un fatras et des boutiques. À l’extrémité orientale, vous visitez la tour Daliborka, meublée d’instruments de torture qui siéraient bien aux macronescu.
Un peu de littérature
J’ai complété ma connaissance de la littérature tchèque par la lecture d’un opuscule de Karel Čapek (1890-1938), Des chiens et des chats, Les éditions du sonneur, 2022, traduit par Benoît Meunier, 134 p., 16 €. J’ai choisi ce livre à cause du thème de Culture générale en BTS « Des animaux et nous ». C’est un opuscule charmant, qu’on dirait écrit hier, illustré par Karel et son frère Josef, peintre dont on retrouvera les œuvres au Veletržní palác, ainsi que la couverture originale dans une vitrine (voir mes photos). De nombreuses peintures de Josef sont exposées. Il a survécu à son frère, mort à 38 ans. Wikipédia nous apprend que « Il est arrêté pour activités anti-fascistes et envoyé en camp de concentration en 1939 peu après l’invasion de la Tchécoslovaquie qui fait suite aux accords de Munich. Il passera 6 ans en camps de concentration, avant de mourir à Bergen Belsen… »
Voici un extrait significatif.
« Cette relation changea quand Poucette eut une porté de petits. La gestation en elle-même suscita un immense intérêt de la part d’Iris, et une forme de solidarité féminine ; elle voulait en être, elle voulait être mère elle aussi. Et quand la maman chat quitta pour la première fois son panier maternel, on laissa Iris s’approcher des chatons ; perplexe et fascinée, celle-ci tremblait d’excitation face à ces petits aveugles qui piaulaient, tandis que quelque chose la travaillait en profondeur ; elle finit par entrer dans le panier comme une somnambule et tendit aux bébés chats les petits boutons de son ventre. Dès cet instant, une jalousie maladive s’empara d’elle ; du museau, elle se mit à repousser hors du panier la mère qui allaitait pour prendre sa place près des chatons, bienheureuse et fière dans son délire maternel. Et la chatte laissait faire la nourrice ; elle clignait de l’œil avec indulgence, l’air fatigué, comme pour dire : « Attends voir, ça te passera quand toi aussi tu auras une portée de chatons ; si tu savais comme mes mamelles sont flasques, comme j’ai mal au dos, je suis tout abîmée. » Sur quoi elle bâillait et laissait sa famille à la frénésie du fox-terrier.
Les sentiments maternels d’Iris se portent également sur les petits enfants, qu’elle lèche et voudrait allaiter, ainsi que sur les ours en peluche et les poupées. Mais n’allez pas croire qu’elle ne s’intéresse pas aux chiens ; c’est juste qu’elle aimerait avoir des bébés, voilà tout. Elle accepte les avances des chiens-loups, déteste les boxers et n’en finit pas de se tordre le cou pour lorgner les mâles de sa race ; elle considère même les barzoïs et les leonbergs comme des chiens. Cependant, face aux plus beaux spécimens canins, elle nous accorde généralement la primauté à nous, les hommes. Car ses instincts sont chamboulés : on dirait qu’elle pense appartenir davantage au genre humain qu’au genre canin » (p. 40-41).
J’ai également fourré dans ma poche un petit livre de Bohumil Hrabal (1914-1997), La Petite ville où le temps s’arrêta. Wikipédia nous apprend d’ailleurs que « Le prénom Bohumil signifie « aimé de Dieu », formé des mots tchèques Bohu (« Dieu ») et mil (racine de « milovat », « aimer ») ; et correspond à Théophile (Θεόφιλος), Amédée (Amadeus), Godwin, Jedidjah, Habiboullah, Gottlieb, etc. » C’est un auteur qui a souvent eu de gros ennuis avec la censure au temps soviétique. Je ne connaissais de lui que Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, que j’avais vu adapté & interprété par Jean-Paul Farré en 1996 au théâtre national de Chaillot, et dont je n’ai aucun souvenir. C’est un livre d’atmosphère, une succession serrée d’anecdotes savoureuses dans un style cursif, sans alinéas. Tout s’avale avec plaisir mais sera totalement oublié une fois tournée la dernière page. La sexualité y joue un rôle secondaire, mais on comprend qu’il ait pu être accusé de « pornographie ». Il s’agit de l’histoire truculente du père et de l’oncle du narrateur dans une petite ville tchèque.
Autres choses vues
Sur le chemin de la tour de télévision ornée des bébés de David Černý, j’ai vu un édifice étonnant. De loin on aurait dit un hall de gare avec une énorme horloge ronde. En fait, il s’agit de l’Église du Sacré-Cœur-de-Jésus de Prague, qui date de 1930. Elle était en travaux, donc impossible à visiter. À garder pour une nouvelle visite… De l’autre côté (nord) j’ai photographié une porte d’immeuble peut-être des postes, avec deux statues en hauteur et un vieux téléphone. La ligne touristique de tramway porte le numéro 42, elle passe aussi place Venceslas, mais se paie à part (n’est pas incluse dans les abonnements), en ligne ou à bord. Ce sont de vieilles voitures, mais parfaitement intégrées, car à l’instar de San Francisco, ce tramway est à l’ancienne, les horaires sont toujours affichés sur des feuilles de papier, et surtout ils sont respectés à la lettre ! Le tarif est de 350 couronnes pour 72 h (d’heure à heure), et il faut prendre un ticket à 25 couronnes pour le sac sur le chemin de l’aéroport (il faut le savoir !)
Remarques diverses
J’ai été étonné, avant même d’atterrir par beau temps, de voir depuis l’avion (photo) plusieurs hautes cheminées avec des panaches de fumée. Je ne sais pas si c’est le signe d’une activité industrielle, ou de l’incinération d’ordures ! J’ai très peu mangé au restaurant, me contentant de grignoter. Le 1er jour, j’ai suivi une suggestion de l’hôtel pour aller déjeuner dans une taverne traditionnelle. J’y ai commandé un jarret de porc et une bière (photo), pas vraiment casher ! Quand j’ai vu arriver le morceau ! J’ai tout fini, mais je me suis forcé. J’ai vu qu’il n’y avait pas d’accompagnement, mais je me suis contenté des condiments servis avec, car mon estomac n’aurait pas supporté ! Le tout m’a coûté je crois dans les 20 €, je vous laisse juges. Je suis retourné dans un restau vietnamien où j’étais allé il y a dix ans, dans la galerie de l’autre hôtel. Roboratif et bon marché. Les derniers jours, je suis allé deux fois dans une taverne très proche de la station Malostranka, en allant au musée Kafka (à 100 m) : « Il tri ruzi » (avec des trucs sur les voyelles). J’ai dégusté un succulent duo de boudins de foies de porcs sur écrasé de pommes de terre avec une délicieuse bière pression IPA (photo), le tout pour dans les 12 ou 14 €. J’en suis désolé, mais mon repas du jour n’est pas vraiment kosher, encore une fois. J’en profite pour suggérer à nos innombrables parlementaires israélistes un projet de loi vital contre l’antimythisme : interdire toute consommation de viande de porc. Le lendemain, j’ai choisi autre chose. Bon, quand je voyage seul, la gastronomie n’est pas mon objectif. Pour le reste, il y a à Prague un réseau dense de supérettes, « Albert » notamment, mais aussi un LIDL, qui proposent des salades variées, sandwiches, même des trucs chauds, bien mieux que dans les supérettes de France. Je me contentais de cela, au pied de l’hôtel, car avoir un hôtel central permet de faire une pause en milieu de journée, avec une bonne bière au frais ! J’ai fait quand même de sacrées journées – et je ne vous parle pas des soirées ! Enfin si. J’avais été évasif dans mon article de 2018 sur le thème de la drague à Prague. J’avais juste donné deux noms de lieux passables. Eh bien les deux ont fermé entretemps. Je suppose que le covidisme en a eu raison, car c’étaient les plus récents, et sans doute moins stables financièrement parlant. C’est mondial, et cela va de pair avec le contrôle social que j’ai constaté dans ce type de lieux, à Londres.
En ce qui concerne le change, voici mes constatations. J’ai fait un seul retrait en espèces à un distributeur d’une banque tchèque. Ils facturent une commission fixe (quel que soit le montant du retrait) de 150 couronnes (6 €). Ma banque a prélevé 5,02 € de frais. Moyennant ces 2 commissions, le taux réel est donc de 22,64 couronnes pour 1 €. J’ai changé 40 € dans un bureau de change proche de la place Venceslas (le 1er à gauche dans la rue qui mène à la Poste centrale, après en avoir éliminé un). J’ai photographié le ticket, vous pourrez constater que là, j’ai touché 966 couronnes pour 40 €, soit un taux bien plus intéressant de 24,5 couronnes pour 1 €. Les banques semblent donc ne pas encore avoir accompli le hold-up que j’ai constaté à Londres. Dans certains commerces, j’ai même relevé des affiches « paiement en espèces obligatoire » ; carrément complotiste ! En ce qui concerne les paiements en carte bancaire, que j’ai fini par utiliser après avoir constaté d’une part l’arnaque des prélèvements aux DAB, d’autre part que dans ce pays, les espèces ne sont pas menacées de disparition, j’ai dû attendre de recevoir mon relevé du mois de mars début avril pour obtenir les infos. Chaque paiement donne lieu à un prélèvement d’une commission, avec un minimum de 0,45 €, et en tenant compte de cette commission, le taux de change effectif pour ces paiements variait de 23,3 à 23,9 couronnes pour 1 €. En conclusion, emportez des espèces et changez en vérifiant le taux effectif.
Je l’avais déjà remarqué lors de mes précédents séjours, mais dix ans après, cela se confirme : durant ces 7 jours je crois avoir croisé une quinzaine de noirs, dont les deux tiers de touristes. Je me pose donc la question de la véracité du discours de Asselineau ou Philippot : qu’en est-il exactement de ces prétendus quotas d’immigration que nous impose l’UE ? S’il y a des quotas, alors pourquoi cette capitale en plein boom économique ne voit pas la même invasion d’Africains que Paris ? Quand j’ai publié cette réflexion, plusieurs abonnés ont répondu à côté de la plaque, disant par exemple que les Tchèques n’ont pas eu de colonies ou des arguments de ce style. Mais je ne parle pas des faits qui datent de 50 ans, je parle des quotas de 2025 ou 2026, je parle des Afghans et des Somaliens qui envahissent mon quartier de Paris ; la France n’a jamais colonisé ces pays ! Pour être factuel, il y a bien des immigrés à Prague, mais primo ce ne sont pas des noirs (contrairement à la Norvège par exemple, qui ne fait pas partie de l’UE), secundo, ils ne traînent pas dans les rues, mais ils travaillent. Mon hôtel et celui d’en face, semblent appartenir à des musulmans, je dirais des Pakistanais (mais je n’en sais rien), et avoir beaucoup d’employés musulmans. Il y a beaucoup de restaurants et commerces asiatiques en ville. Les travaux qui avaient lieu sous ma fenêtre pour l’installation du tramway sur la place Venceslas, même le samedi et le dimanche matin dès 7 h, étaient réalisés pour ce que j’en ai vu, par des blancs caucasiens. Mon hypothèse est que le salaire est correct compte tenu du niveau de vie sur place pour attirer des Tchèques ou des étrangers des pays environnants, mais pas des Africains qui vivent chichement dans des foyers et veulent envoyer le maximum de pognon au bled. Ceux-là privilégient les pays où le salaire est le plus élevé même si le niveau de vie nous bouffe tout ce salaire mirobolant. Comme ils ne dépensent que le minimum sur place, c’est à leur avantage. Et je ne parle que de ceux qui travaillent, pas des myriades que nous imposent les mondialistes, qui zonent, bouffent & se font soigner à nos frais pendant que les vieux crèvent faute de soins sur des brancards dans les couloirs des urgences.
L’attaque barbare d’USraël sur l’Iran a été déclenchée à la fin de mon séjour, et à l’aéroport Vaclav Havel, les conséquences en étaient déjà visibles. Moi qui aurais volontiers fait un saut à Tel Aviv, c’est la scoumoune : les vols sont annulés ! Nous avons décollé à 18h08 pour un vol prévu à 18h05. Pas mal ! J’ai mis 20 s chrono à déposer mon bagage… Atterrissage à 19h31 pour 19h55 prévu. 1h23 de vol pur, et maintenant, 1h45 pour rentrer à la maison, et encore, j’habite au nord de Paris !
– Lire le chapitre 1 de ces notes de voyage, article sur David Černý, sculpteur altersexuel, et le chapitre 2 : Notes de voyage en République tchèque (2016-2018).


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