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Après « Les enfants sauvages » et « Des Animaux & des Dieux » pour le thème de Culture Générale & Expression en BTS 2025-2026 « Les animaux et nous », voici l’étape 3 de mon cycle de cours « Dans la lignée d’Orphée », qui m’a permis de flirter avec l’actualité imposée par nos amis mondialistes satanistes qui génocident les bovins, animaux sacrés de l’Inde & animaux aimés de nos ancêtres. Cet article nous mènera sur les traces de Rosa Bonheur, Jack London, Joseph Kessel, Firmin Bouglione, Alexis Gruss, Brigitte Bardot, et des soi-disant « animalistes ».
1. Croc-Blanc de Jack London
Croc-Blanc (1906) de Jack London, 4e partie : « Les dieux supérieurs », Chapitre VI, « Le maître d’amour ».
« Scott continuait, chaque jour, à choyer et à caresser Croc-Blanc, qui prit goût, de plus en plus, à ses caresses. Quand la main le touchait, il grondait toujours, mais c’était l’unique son que pût émettre son gosier, la seule note que sa gorge eût appris à proférer. Il eût voulu l’adoucir, mais il n’y parvenait pas. Et pourtant, dans ce grondement, l’oreille attentive de Scott arrivait à discerner comme un ronron. Lorsque son dieu était près de lui, Croc-Blanc ressentait une joie ardente ; si le dieu s’éloignait, l’inquiétude lui revenait, un vide s’ouvrait en lui et l’oppressait comme un néant. Dans le passé, il avait eu pour but unique son propre bien-être et l’absence de toute peine. Il en allait, maintenant, différemment. Dès le lever du jour, au lieu de rester couché dans le coin bien chaud et bien abrité, où il avait passé la nuit, il s’en venait attendre, sur le seuil glacé de la cabane, durant des heures entières, le bonheur de voir la face de son dieu, d’être amicalement touché par ses doigts et de recevoir une affectueuse parole. Sa propre incommodité ne comptait plus. La viande, la viande même, passait au second plan, et il abandonnait son repas commencé, afin d’accompagner son maître, s’il le voyait partir pour la ville.
C’était un vrai dieu, un dieu d’amour, qu’il avait rencontré et il s’épanouissait à ses chauds rayons. Adoration silencieuse et sans expansion extérieure. Car il avait été trop longtemps malheureux et sans joie, pour savoir exprimer sa joie ; trop longtemps il avait vécu replié sur lui-même, pour pouvoir s’épandre. Parfois, quand son dieu le regardait et lui parlait, une sorte d’angoisse semblait l’étreindre, de ne pouvoir physiquement exprimer son amour et tout ce qu’il sentait. […]
« Pareillement, il tolérait Matt, comme étant une propriété de son maître. C’était Matt qui, le plus souvent, lui donnait sa nourriture ; mais Croc-Blanc devinait que cette nourriture lui venait de son maître. Ce fut Matt aussi qui tenta le premier de lui mettre des harnais et de l’atteler au traîneau, en compagnie des autres chiens. Matt n’y réussit pas. Il ne se soumit qu’après l’intervention personnelle de Scott. Ensuite il accepta, par l’intermédiaire de Matt, la loi du travail, qui était la volonté de son maître. Il ne fut satisfait, toutefois, qu’après avoir repris, en dépit de Matt qui ignorait ses capacités, son ancien rôle de chef de file.
[…] « Puis, dans la prochaine lettre qu’il écrivit à Scott, il ajouta un post-scriptum à ce sujet.
Weedon Scott se trouvait à Circle City lorsqu’il lut : « Ce damné loup ne veut plus travailler ; il ne prétend pas manger. Je ne sais que faire de lui. Il voudrait connaître ce que vous êtes devenu et je ne sais comment le lui dire. Je crois qu’il est en train de mourir. »
Les renseignements étaient exacts. Croc-Blanc, s’il lui arrivait de sortir, se laissait rosser, à tour de rôle, par tous les chiens de l’attelage. Dans la cabane, il gisait sur le plancher, près du poêle, sans accepter de nourriture. Que Matt lui parlât gentiment ou jurât après lui, c’était tout un. Il se contentait de tourner vers l’homme ses tristes yeux, puis laissait retomber sa tête sur ses pattes de devant et ne bougeait plus.
Alors une nuit vint où Matt, qui lisait à mi-voix, en faisant remuer ses lèvres, tressaillit. Croc-Blanc avait sourdement gémi, puis s’était dressé, les oreilles levées vers la porte, et écoutait intensément. Un moment après, un bruit de pas se fit entendre et, la porte s’étant ouverte, Weedon Scott entra. Les deux hommes se serrèrent la main. Puis Scott regarda autour de lui.
— Où est le loup ? demanda-t-il.
Il découvrit Croc-Blanc, qui s’était à nouveau étendu près du poêle et qui n’avait pas bondi vers lui, comme eût fait un chien ordinaire.
— Sainte fumée ! s’exclama Matt, regardez s’il remue la queue. Ça n’arrête pas.
Weedon Scott appela Croc-Blanc, qui vint aussitôt, sans exubérance. Mais une incommensurable immensité emplissait ses yeux, comme une lumière. Scott s’accroupit sur ses talons, bien en face de lui, et commença à lui caresser savamment la base des oreilles, le cou, les épaules, toute l’épine dorsale. Croc-Blanc reprit son grondement doux ; puis, portant subitement sa tête en avant, il alla l’enfouir entre le bras et les côtes de son maître, cachant son bonheur et se dodelinant. » […]
2. Michel Fize / Brigitte Bardot
Question sur cet extrait de l’émission « Les animaux symptôme d’un effondrement » (entrevue du sociologue Michel Fize, GPTV, 28 décembre 2025 (de 6’ à 9’)) : Quels sont les animaux de compagnie préférés des Français ?
– Lettre de Brigitte Bardot à Michel Fize pour son lire Merci Will, et à bientôt (à 54’ de la vidéo ci-dessus).
Lettre de Brigitte Bardot à Michel Fize pour son lire « Merci Will, et à bientôt »
@ Michel Fize
Communiqué de la Fondation Brigitte Bardot. Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) : « L’abattage massif des vaches saines est une honte nationale ; Il faut arrêter ce massacre » !
3. Le Lion (1958), de Joseph Kessel (1898-1979). 2e partie, chapitre II (Folio, p. 119).
Joseph Kessel est un français juif, écrivain, résistant. Co-auteur des paroles du « Chant des partisans », il obtint le visa n°1 de l’État d’Israël. Auteur de L’Armée des ombres, Une balle perdue & Les Cavaliers, il fut élu à l’Académie française en 1962. Le Lion est l’aventure d’une fillette solitaire à qui on a offert un lionceau dont les parents étaient morts, qui est devenu une sorte d’animal domestique tant qu’il était petit, mais qui devenu adulte, fut réinstallé dans le Parc national d’Amboseli au Kenya (que Kessel avait visité), dont son père est administrateur. Le lion adulte joue double jeu, toujours domestique pour la fillette, mais mâle polygame pour ses 2 lionnes, et bête sauvage pour les chasseurs de lions.
« Au-delà du mur végétal, il y avait un ample espace d’herbe rase. Sur le seuil de cette savane, un seul arbre s’élevait, il n’était pas très haut, mais de son tronc noueux et trapu partaient comme les rayons d’une roue de longues, fortes et denses branches qui formaient un parasol géant. Dans son ombre, la tête tournée de mon côté, un lion était couché sur le flanc. Un lion dans toute la force terrible de l’espèce et dans sa robe superbe. Le flot de la crinière se répandait sur le mufle, allongé contre le sol.
Et entre les pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et à rentrer leurs griffes, je vis Patricia. Son dos était serré contre le poitrail du grand fauve, son cou se trouvait à portée de la gueule entrouverte. Une de ses mains fourrageait dans la monstrueuse toison.
— King, le bien nommé. King, le Roi. Telle fut ma première pensée.
Cela montre combien en cet instant, j’étais mal gardé par la raison, et même par l’instinct.
Le lion releva la tête et gronda. Il m’avait vu. Une étrange torpeur amollissait mes réflexes, mais sa queue balaya l’air immobile et vint claquer comme une lanière de fouet contre son flanc. Alors je cessai de trembler : la peur vulgaire, la peur misérable avait contracté chacun de mes muscles. J’aperçus enfin, et dans le temps d’une seule clarté intérieure, toute la vérité. Patricia était folle et m’avait donné sa folie. Je ne sais quelle grâce la protégeait peut-être, mais pour moi…
Le lion gronda plus haut, sa queue claqua plus fort. Une voix dépourvue de vibrations, de timbre, de tonalité m’ordonna :
— Pas de mouvement… Pas de crainte… Attendez.
D’une main, Patricia tira violemment sur la crinière ; de l’autre, elle se mit à gratter le mufle du fauve entre les yeux. En même temps, elle lui disait en chantonnant un peu :
— Reste tranquille, King. Tu vas rester tranquille. C’est un nouvel ami. Un ami, King, King, un ami… un ami…
Elle parla d’abord en anglais, puis elle usa de dialectes africains. Mais le mot « King » revenait sans cesse.
La queue menaçante retomba lentement sur le sol. Le grondement mourut peu à peu. Le mufle s’aplatit de nouveau contre l’herbe et, de nouveau, la crinière, un instant dressée, le recouvrit à moitié.
— Faites un pas », me dit la voix insonore.
J’obéis. Le lion demeurait immobile. Mais ses yeux, maintenant, ne me quittaient plus.
— Encore, dit la voix sans résonance.
J’avançai.
De commandement en commandement, de pas en pas, je voyais la distance diminuer d’une façon terrifiante entre le lion et ma propre chair dont il me semblait sentir le poids, le goût, le sang.
À quoi n’eus-je pas recours pour m’aider contre l’éclat jaune de ces yeux fixés sur moi ! Je me dis que les chiens les plus sauvages aiment et écoutent les enfants. Je me souvins d’un dompteur de Bohême qui était devenu mon camarade. Il mettait chaque soir sa tête entre les crocs d’un lion colossal. Et son frère, qui soignait les fauves du cirque, quand, en voyage, il avait trop froid la nuit, il allait dormir entre deux tigres. Et enfin, à portée de secours, veillait Kihoro.
Mais j’avais beau m’entêter à ces images rassurantes, elles perdaient toute valeur et tout sens à mesure que la voix clandestine m’attirait, me tirait vers le grand fauve étendu. Il m’était impossible de lui désobéir. Cette voix, je le savais en toute certitude, était ma seule chance de vie, la seule force — et si précaire, si hasardeuse — qui nous tenait, Patricia, le fauve et moi dans un équilibre enchanté.
Mais est-ce que cela pouvait durer ? Je venais de faire un pas de plus. À présent, si je tendais le bras, je touchais le lion.
Il ne gronda plus cette fois, mais sa gueule s’ouvrit comme un piège étincelant et il se dressa à demi.
— King ! cria Patricia. Stop, King !
Il me semblait entendre une voix inconnue, tellement celle-ci était chargée de volonté, imprégnée d’assurance, certaine de son pouvoir. Dans le même instant, Patricia assena de toutes ses forces un coup sur le front de la bête fauve.
Le lion tourna la tête vers la petite fille, battit des paupières et s’allongea tranquillement.
— Votre main, vite, me dit Patricia.
Je fis comme elle voulait. Ma paume se trouva posée sur le cou de King, juste au défaut de la crinière.
— Ne bougez plus, dit Patricia.
Elle caressa en silence le mufle entre les deux yeux. Puis elle m’ordonna :
— Maintenant, frottez la nuque.
Je fis comme elle disait.
— Plus vite, plus fort, commanda Patricia.
Le lion tendit un peu le mufle pour me flairer de près, bâilla, ferma les yeux. Patricia laissa retomber sa main. Je continuai à caresser rudement la peau fauve. King ne bougeait pas.
— C’est bien, vous êtes amis, dit Patricia gravement.
Mais aussitôt elle se mit à rire, et l’innocente malice que j’aimais tant la rendit à la gaieté de l’enfance.
— Vous avez eu une grande peur, pas vrai ? me demanda-t-elle.
— La peur est toujours là, dis-je.
Au son de ma voix, le grand lion ouvrit un œil jaune et le fixa sur moi.
— N’arrêtez pas de lui frotter le cou et continuez à parler, vite, me dit Patricia.
Je répétai :
— La peur est toujours là… toujours là… toujours là…
Le lion m’écouta un instant, bâilla, s’étira (je sentis sous ma main les muscles énormes et noueux onduler), croisa les pattes de devant et demeura immobile.
— Bien, dit Patricia. Maintenant il vous connaît. L’odeur, la peau, la voix… tout. Maintenant on peut s’installer et causer.
Je ralentis peu à peu le mouvement de ma main sur le cou du lion, la laissai reposer, la retirai.
— Mettez-vous ici, dit Patricia.
Elle montrait un carré d’herbes sèches, situé à un pas des griffes de King. Je pliai les genoux pouce par pouce, m’appuyai au sol et m’assis enfin aussi lentement que cela me fut possible.
Le lion fit glisser son mufle de mon côté. Ses yeux allèrent une fois, deux fois, trois fois à mes mains, à mes épaules, à mon visage. Il m’étudiait. Alors, avec une stupeur émerveillée, où, instant par instant, se dissipait ma crainte, je vis dans le regard que le grand lion du Kilimandjaro tenait fixé sur moi, je vis passer des expressions qui m’étaient lisibles, qui appartenaient à mon espèce, que je pouvais nommer une à une : la curiosité, la bonhomie, la bienveillance, la générosité du puissant.
— Tout va bien, tout va très bien…, chantonnait Patricia.
Elle ne s’adressait plus à King : sa chanson était la voix de son accord avec le monde. Un monde qui ne connaissait ni barrières ni cloisons. Et ce monde par l’intermédiaire, l’intercession de Patricia, il devenait aussi le mien. Je découvrais, avec un bonheur où le sentiment de sécurité n’avait plus de place, que j’étais comme exorcisé d’une incompréhension et d’une terreur immémoriales. Et que l’échange, la familiarité qui s’établissaient entre le grand lion et l’homme montraient qu’ils ne relevaient pas chacun d’un règne interdit à l’autre, mais qu’ils se trouvaient placés, côte à côte, sur l’échelle unique et infinie des créatures.
4. Le Cirque est mon royaume (1962), de Firmin Bouglione (1905-1980)
D’origine gitane, la famille Bouglione est une des plus illustres familles du cirque en France. Certains de ses membres sont propriétaires de la salle de spectacle du Cirque d’Hiver à Paris depuis 1934, où se produit notamment la plus ancienne de ses deux compagnies, le Cirque d’hiver Bouglione. Celle-ci, avec le cirque Joseph Bouglione, se produit dans toute la France. Des membres de cette famille ont également fondé le cirque Romanès, et la fille de Firmin, Camilla dite Gipsy, épousa Alexis Grüss (1944-2024), directeur du cirque du même nom. Les voici en compagnie de votre serviteur, en marge d’une représentation du cirque Gruss, en2022.
« Je revois encore les terribles crocs de Goliath, — c’était le nom de cet ours, — et les coups de patte qu’il essayait de nous envoyer pendant que nous nettoyions son logis. Je dois avouer que nous avions peur et tellement hâte d’en finir que le travail était un peu bâclé.
Un soir qu’il était en permission, mon père avait décidé de récurer à fond la cage et pendant que mon frère aîné tenait en respect l’animal, il avait ouvert la porte pour racler plus aisément le fumier. Sa tâche était presque finie lorsque, déjouant l’attention de mon frère, l’ours réussit à briser sa chaîne sans doute usée par le frottement. Je me trouvais alors à l’autre bout du hangar, occupé à étriller l’un des deux chevaux que nous avions pu garder. La vue de l’ours libre me remplit d’abord d’une grande frayeur qui me cloua sur place. Je voyais mon frère et mon père lutter contre le fauve qui les attaquait sans relâche ; ils n’avaient, pour se défendre, qu’une fourche et une raclette. « Firmin, sauve-toi ! Va chercher de l’aide ! fais attention ! » La voix de mon père me redonna l’usage de mes jambes ; je me mis à détaler dans la neige en direction de la ferme la plus proche pour demander du renfort. Il faisait déjà nuit. Les paysans furent si effrayés à la pensée que l’un de nos fauves s’était échappé qu’ils refusèrent de me suivre, se barricadèrent et m’obligèrent à rester avec eux, ne voulant pas me laisser repartir tout seul.
Je me débattais en pleurant car je savais que mon père comptait sur moi pour lui ramener du secours. Au bout d’une heure d’angoisse, un bruit de pas nous fit tous tressaillir. Les paysans apprêtaient leurs faux, craignant que l’ours ne brisât leur porte. Heureusement, ce n’était pas le fauve, mais ma mère qui avait suivi mes traces jusque-là.
Elle avait aidé mon frère et mon père à repousser l’ours dans un appentis. Comme, de là, il menaçait sérieusement mon frère, ma mère, qui portait toujours sur elle un petit revolver de dame, lui en avait tiré deux coups dans la tête. L’ours n’en fut qu’un peu étourdi ; mais ils en profitèrent pour lui passer une solide corde autour du cou et l’attachèrent à une lourde voiture chargée de matériel. La veille, nous avions essayé de la déplacer ; nous avions dû y renoncer car nos deux chevaux n’avaient pas suffi à faire bouger cet entassement de bâches et de mâts. Hors d’affaire, mais épuisés par l’effort et l’émotion, mes parents soufflaient un peu lorsqu’ils virent que l’ours était revenu à lui et qu’il tirait sur sa corde comme un diable. Il tira si fort que la voiture avança de quelques mètres et qu’il finit par s’étrangler. Le lendemain, en le dépouillant, nous avons retrouvé les deux balles ; elles s’étaient écrasées entre la peau et l’ossature du crâne. Évidemment, l’arme dont nous disposions n’était pas très forte, mais cela peut tout de même donner une idée de la résistance de cet animal.
L’incident aurait pu se terminer plus mal. J’en étais quitte pour la peur, mais mon père était sérieusement blessé et dut rester six mois à l’hôpital. Quant à mon frère, il avait reçu un coup de patte au genou qui le fit souffrir pendant de longues années.
L’absence forcée de mon père et de mon frère aîné nous mit dans une situation critique. Nous n’étions plus que trois jeunes garçons à porter les responsabilités de la ménagerie. Il fallut se mettre doublement au travail. Dix voitures-cages à entretenir ; des lions, des ours, des tigres et des panthères qui réclamaient chaque matin leur nourriture et leur paille fraîche, sans parler des singes et des chevaux. Nous n’avions pas le temps de jouer. Mais nous ne voulions laisser à personne le soin de la propreté et de la santé de nos pensionnaires. Cela n’allait pas sans aventures.
Firmin Bouglione surveille ses tigres pour le numéro de Juliette Gréco. 38e Gala de l’Union des Artistes. 23 avril 1971, par Daniel Lebée.
© Musée Carnavalet
C’est ainsi qu’un beau matin je me trouvais pour la première fois de ma vie face à face avec un lion. En effet, malgré mes fréquentes demandes, mon père s’était toujours opposé à ce que j’entre en cage avant l’âge de quinze ans ; il estimait le danger trop grand et nous avait fait jurer de ne pas commettre d’imprudence. Nous observions ses recommandations, déplaçant les fauves de compartiment en compartiment au moyen de glissières, avant de racler le fumier. Ainsi nous ne risquions pas d’être accrochés.
C’est une précaution élémentaire que j’exige d’ailleurs encore de mes élèves et de mes employés, car s’il est possible de se défendre d’un fauve qui vous attaque pendant une répétition ou une représentation, il est très difficile de se dégager de l’emprise d’une bête qui vous harponne à travers ses barreaux ; elle dispose d’un redoutable point d’appui et bénéficie de la position haute.
Un jour, après avoir fait passer un gros lion de l’Atlas dans la case voisine, j’oubliai de bloquer la glissière. Je me hissai aussitôt dans le compartiment vide et entrepris le nettoyage.
Soudain, un bruit suspect. Le lion repoussait la cloison avec ses pattes ; en un instant, il fut devant moi. D’instinct, je retrouvai le geste ancestral que j’avais souvent vu faire à mon père et je fis face à l’animal en brandissant mon balai. Je lui parus sans doute assez impressionnant puisqu’il exécuta aussitôt un brusque demi-tour. Promptement, je tirai la cloison. Il était temps. Le fauve, revenu de sa surprise, se précipita contre les grilles, toutes griffes dehors. Je m’aperçus alors seulement que mes jambes tremblaient.
J’avais eu chaud ; mais j’avais aussi appris que, face à face avec le fauve, l’homme doit faire preuve de détermination. Dans les cas critiques, il doit être celui qui a le moins peur ou, du moins, celui qui reste le plus maître de sa peur.
La guerre terminée, mon père ne fut pas long à s’apercevoir que les cages étaient devenues ma passion. Il me confia alors la présentation de son groupe de bêtes. Dans ses pas, j’appris à exécuter ces gestes qu’il tenait lui-même de son père et dont mes yeux étaient pleins depuis ma plus tendre enfance, ces gestes qui ne sont consignés dans aucun livre et dont l’origine remonte peut-être aux temps les plus primitifs ».
5. Se ducere, d’Alexis & Firmin Gruss
Alexis & son fils Firmin Gruss (la tradition veut que l’on donne aux enfants les prénoms des grands-parents) exposent dans ce livre qui retranscrit des conférences universitaires, quelques éléments sur un éléphant et sur les chevaux, qui sont encore à l’affiche du cirque Gruss.
« Concernant Syndha, je tiens à souligner que les animalistes ne sont pas la seule raison de notre séparation. À l’âge de 40 ans, Syndha avait commencé sa retraite, car à 40 ans, un animal, comme un être humain, n’a plus le corps de ses 20 ans, et un éléphant est plus sensible. Cet animal est formidable, parce qu’il a la même longévité que l’être humain, la même intelligence, quasiment, qu’il développe avec sa trompe avec laquelle il peut toucher et sentir. Et il voit ce qu’il fait avec. J’ai travaillé pendant 24 ans avec Syndha, j’en ai passé 34 avec elle, car elle est arrivée quand j’avais quatre ans, mais c’est un animal qui m’a appris énormément de choses. Je pense qu’il n’y a pas un animal sur terre qui peut apprendre autant. Quand elle a eu 40 ans, on a décidé de la retirer de la piste parce qu’elle s’approchait de la retraite. De plus, nous partions en tournée dans les Zénith et nous ne voulions pas emmener Syndha dans des espaces bétonnés, ces lieux n’étaient pas adaptés. Mais bien sûr que les animalistes, qui n’analysent pas les choses correctement, ont aussi leur part de responsabilité. La relation que j’ai pu vivre avec l’éléphante, personne ne peut la comprendre s’il ne l’a pas eue aussi. Cela fait 5 000 ans que l’homme a domestiqué l’éléphant. De plus, il faut savoir que les animaux qui sont en captivité aujourd’hui sont forcément issus d’une troisième génération née en captivité. Et les pouvoirs publics contrôlent chaque animal en captivité, qui est répertorié, pucé, etc. Mon éléphante est aujourd’hui dans un safari-parc en Italie, elle s’est très bien adaptée, je fais des allers-retours pour aller la voir tous les deux mois. J’irai le mois prochain ». […]
« Pour en revenir à l’éléphant, je n’arrive pas à traduire ce que j’ai ressenti. J’ai vécu pendant 24 ans avec un animal un peu comme mon enfant, et du jour au lendemain j’ai dû m’en séparer, cette relation est inexprimable tant elle est forte. La relation qui existe entre l’artiste et l’animal est essentielle quand l’artiste saute debout sur un cheval au galop, ou quand il fait un pas espagnol ou un piaffer ou une poste. Songez que les 17 chevaux de ce magnifique tableau, quand ils sont dans les coulisses, savent qu’ils y vont, et ils aiment cela, on a cultivé chez eux cette nature, par l’éducation. Si on les avait laissés dans un pré bien sûr qu’ils auraient développé des capacités, mais pas autant qu’avec nous. Le travail que j’ai fait avec l’éléphant était tout aussi fabuleux. Je faisais reculer l’éléphant au bout de la piste, je me tournais, je montais sur ma bascule, de dos je disais « Lieft top » [lève le pied] elle levait la patte. « Komm hier », elle traversait la piste en trottinant. « Auf » elle se mettait debout, elle tapait sur la bascule et j’arrivais sur son dos. Ne pensez-vous pas que l’animal a une perception de l’exploit qu’il est en train de réaliser avec l’être humain ? Cela, personne n’a jamais réussi à le traduire, c’est dommage. Et avec les chevaux, c’est la même chose. Je crois que l’homme et l’animal ont une grande complicité qu’il faut sauvegarder. Le coût de ce travail est immense. Mais comment estimer la valeur de 150 ans de savoir-faire ? On ne peut pas spéculer sur ce travail et cet amour ».
« La définition de cet espace scénique n’est pas un hasard, son diamètre de 13 mètres est la taille parfaite pour permettre au cavalier et au cheval de trouver leur équilibre. Lorsque le cheval galope, quand on veut sauter debout dessus, on a la bonne distance. Le rythme, le galop, les changements de pied se font parfaitement dans ce rond, et quand vous êtes dans le travail en liberté, vous avez la bonne distance pour communiquer aux chevaux l’indication, avec la voix ou avec le geste, avec la chambrière [1]. On dit que c’est la chambrière qui a permis de définir cette dimension. À l’origine, il y avait à son extrémité une mèche en chanvre, et quand on la faisait claquer, en dépassant la vitesse du son, cela reproduisait le bruit des détonations des champs de bataille, ce qui habituait les chevaux au bruit des balles, puisque la piste était avant tout le lieu de formation des cavaliers de l’armée ».
6. « Animaux de cirques : face au blocage, la Fondation 30 Millions d’Amis demande au gouvernement d’agir », 30 millions d’amis, 31/10/2025.
Dans un courrier adressé au Premier ministre Sébastien Lecornu – cosigné avec l’association Code Animal –, Reha Hutin, Présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, demande au gouvernement d’agir pour organiser le replacement des animaux sauvages actuellement détenus par les cirques itinérants. L’objectif : garantir la bonne application de la loi du 30 novembre 2021, qui interdit la détention des animaux sauvages dans les cirques itinérants dès le 1er décembre 2028.
Une situation de blocage, faute de stratégie et de moyens dédiés à l’accueil et à l’entretien des animaux. Telle est la réalité du dossier relatif à la prise en charge des animaux sauvages encore détenus par les cirques itinérants. L’État est encore loin de garantir la bonne application de l’interdiction de leur détention dès le 1er décembre 2028, prévue par la loi du 30 novembre 2021. La Fondation 30 Millions d’Amis a tenu, avec l’association Code Animal, à rappeler au Premier ministre Sébastien Lecornu les enjeux de ce dossier, les lacunes actuelles et les leviers d’action qui permettraient d’en lever les blocages pour garantir aux animaux une retraite méritée.
Un laxisme d’État qui ralentit l’application de la loi
Les choses semblaient pourtant aller dans le bon sens, la loi de 2021 venant renforcer la lutte contre la maltraitance animale avec un ensemble de mesures attendues, témoignant de la volonté de la France d’avancer et de se positionner parmi les États de l’Union européenne progressistes sur la question de l’exploitation des animaux. « Malheureusement, quatre ans après la promulgation de la loi, force est de constater que sa mise en œuvre peine à répondre à l’ambition du législateur, en particulier en ce qui concerne les mesures relatives aux établissements utilisant des animaux d’espèces non domestiques », écrit Reha Hutin, Présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, dans le courrier adressé au Premier ministre. Avant de rappeler que « la nécessaire transition des cirques - pour mettre un terme aux spectacles itinérants avec animaux sauvages - est aujourd’hui mise en péril par le laxisme de l’État ».
La Fondation 30 Millions d’Amis et Code Animal demandent l’introduction dans les plus brefs délais, d’une sanction pénale spécifique à la violation de l’interdiction de reproduction, de commercialisation et d’acquisition d’animaux non domestiques par les établissements itinérants. « Ces naissances au mépris de la loi (par exemple dans les cirques Zavatta, ndlr) ne font qu’alourdir la charge pesant déjà sur les refuges et sanctuaires sollicités pour accueillir les centaines d’animaux de cirque dont la retraite est annoncée pour 2028, mais également alimenter un trafic que les autorités peinent à endiguer, ajoutent les auteurs du courrier. L’impunité injustifiable dont bénéficient aujourd’hui les circassiens va à l’encontre de l’esprit de la loi et de son ambition : mettre un terme à l’itinérance d’animaux non domestiques pour le divertissement. »
L’impérieuse nécessité d’un véritable plan de soutien au replacement des animaux
Triste illustration de ce manque d’application de la loi : le transfert récent par le cirque d’Europe, certainement rémunéré, de l’éléphante Samba vers un parc zoologique hongrois, alors qu’une place l’attendait en France au sanctuaire Elephant Haven, grâce à une subvention de l’État.
Parmi les autres demandes formulées dans ce courrier, figurent le suivi régulier et rigoureux des cirques itinérants par les services de l’État afin de contrôler les conditions de détention des animaux et le respect de leurs obligations réglementaires et légales ; la saisie ou le placement des animaux nés en violation de l’interdiction ainsi que des animaux reproducteurs, pour éviter d’alimenter un trafic que l’État peine déjà à endiguer ; mais aussi la mise en œuvre d’un véritable plan de soutien au replacement des animaux issus des cirques, destiné à renforcer la capacité des structures d’accueil et à participer de façon durable à l’entretien des animaux qui leur sont confiés. En mars 2025, la Fondation 30 Millions d’Amis alertait déjà sur les nombreux obstacles empêchant l’accueil des animaux par des structures adaptées.
Éviter un scénario à la « Marineland d’Antibes »
« Il est par ailleurs à craindre que, face au désintérêt grandissant du public pour les spectacles de cirques avec animaux, les circassiens se voient, dans les prochaines années, confrontés à des difficultés financières qui ne leur permettront pas d’apporter les soins nécessaires à leurs animaux, anticipe Reha Hutin. À l’instar du delphinarium Marineland d’Antibes, les circassiens se retrouveront alors au cœur de scandales médiatiques, et la responsabilité de l’État sera pointée du doigt du fait de son inertie et de son manque d’anticipation. L’accueil des animaux réformés des cirques itinérants est une nécessité que l’État doit organiser dans les plus brefs délais. »
La Fondation 30 Millions d’Amis et Code Animal souhaitent que les organisations susceptibles d’accueillir les animaux de cirques soient réunies au plus vite afin de rechercher des solutions d’accueil adaptées et de définir les modalités de leur prise en charge, pour ne pas mettre en péril leur pérennité financière et par voie de conséquence le bien-être des animaux qu’elles ont sous leur garde.
7. Deux tableaux de Rosa Bonheur. Labourage nivernais (1849) & El Cid, tête de lion (1879).
Traduction de l’article de présentation du musée du Prado.
Rosa Bonheur : « El Cid, tête de lion » (1879)
© Musée du Prado / Wikicommons
Voir aussi ci-dessous « Le Labourage » (1844).
Rosa Bonheur fut l’artiste du XIXe siècle qui obtint la plus grande reconnaissance académique. Considérée comme un maître dans le genre animalier, elle bénéficia de son vivant d’une attention critique dont seuls jouissaient les peintres et sculpteurs les plus réputés de son époque. Sa renommée et son prestige lui ont permis d’amasser une petite fortune et de vivre, à l’écart, dans une magnifique propriété à la campagne près de Paris, le château de By, (devenu un musée, situé sur la commune de Thomery en Seine-et-Marne) entourée des animaux en liberté qu’elle utilisait comme modèles pour ses peintures et ses sculptures.
Selon Anna Klumpke, l’une des deux femmes avec lesquelles elle a partagé sa vie et son intimité, Rosa Bonheur a commencé à peindre des félins pendant la guerre franco-prussienne. Elle s’est principalement concentrée sur les lions, qui occupent une grande partie de sa production. Elle utilisa d’abord comme modèles ceux du zoo de Paris, puis le couple de la sous-espèce de l’Atlas qu’elle avait dans sa propriété. Rosa Bonheur reconnaissait dans ces animaux cette noble puissance essentielle qu’elle souhaitait transmettre à travers son œuvre. En ce sens, l’exemplaire du Prado est unique, car son approche en tant que portrait à la limite de l’humain contribue à souligner cette qualité.
L’artiste propose ici une contemplation directe du « visage » de l’animal dans toute sa splendeur, en le capturant de manière particulière. Une palette brillante, voire vitriolique, mais fidèle à la nature, et les montagnes de l’Atlas légèrement suggérées en arrière-plan, renforcent son caractère original. Comme l’a souligné Carlos Reyero (2017), cette façon de présenter le lion coïncide dans le temps avec le texte de Charles Darwin L’expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872), ouvrage auquel Rosa Bonheur semblait sensible. Dans sa monographie de 1908 consacrée à Rosa Bonheur, Anna Klumpke mentionne ce tableau sous le titre significatif Un jeune prince (tête de lion).
☞ Question de synthèse sur ce cours :
☞ « Montrez l’évolution du rapport entre les hommes et les animaux, de Rosa Bonheur (XIXe siècle) à nos jours, en citant le maximum de documents de ce cours. »
– Lire une proposition de corrigé de cette question sous forme d’un essai : « Faut-il interdire le cirque avec animaux ? ».


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