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La mise en place d’un régime forestier stable par le gouvernement du Québec est un échec sur toute la ligne, conclut un rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC). Selon l’IRÉC, le régime forestier actuel privilégie de façon disproportionnée les grandes entreprises privées au détriment des autres utilisateurs de la forêt.
Les tentatives ratées du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de proposer une réforme au cours des dernières années sont une preuve de cet échec, estime le rapport.
Le document cite notamment en exemple l'abandon du projet de loi 97 par la CAQ en automne dernier. Un projet de loi mort au feuilleton qui s'était buté au mécontentement des groupes environnementaux et des milieux autochtones, entre autres.
Le gouvernement du Québec a reculé lui-même sur le projet qu'il avait déposé, tant l'opposition des acteurs de l'industrie était forte. Essentiellement, c'était la troisième fois en presque 20 ans qu'on essayait de rafistoler le régime forestier du Québec, mentionne le directeur général de l’IRÉC, Robert Laplante, en entrevue.
C'était un projet de rénovation du régime forestier qui restait prisonnier de la logique qui nous a menés jusqu'à la crise actuelle, c'est-à-dire un régime totalement dominé par la prédominance des préoccupations d'approvisionnement de l'industrie existante, dit-il.
Le rapport d’une quarantaine de pages dénonce le fait que le régime forestier du Québec est encore centralisé autour d’un même acteur. Le modèle, au fil des ans, est resté prisonnier de la même recette, soit de favoriser les intérêts des géants forestiers venus d’ailleurs, en citant notamment le cas de Domtar, une entreprise bien ancrée au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Selon M. Laplante, les ajustements que propose la loi 11 ne sont que des pansements pour traverser la crise sans en changer les causes.
Un bien public
La forêt est un bien public qui doit être géré dans la perspective de l'intérêt général, selon l’auteur du rapport. Il concède que les intervenants de l'industrie forestière ont des intérêts privés.
En évoquant les conclusions du Sommet sur la forêt de mai 2025 tenu à Chicoutimi, l'auteur souligne le consensus établi sur le besoin de créer une nouvelle gouvernance régionale capable de faire les arbitrages pour faire concilier les intérêts particuliers avec l’intérêt général.

Des billots de bois. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Cette richesse, ajoute-t-il, n’est pas seulement générée par l’industrie du sciage ou des pâtes et papiers, mais repose aussi sur le travail des acériculteurs ou des pourvoyeurs locaux.
On ne peut plus continuer à gérer la forêt de manière aussi centralisée et sectorielle, poursuit M. Laplante. Il croit qu'il ne faut pas seulement proposer des ajustements au système, mais changer de paradigme.
Québec manque de courage pour sortir de ce que M. Laplante considère comme le statu quo.
Le manque de concertation entre le gouvernement et les régions est l’un des problèmes de l’actuel régime, selon lui. Les réalités propres aux régions devront être considérées davantage pour sortir de la crise que traverse l'industrie à l’avenir.
Il invite aussi le gouvernement et les entreprises forestières à établir de véritables alliances avec les nations autochtones, ajoutant que l'heure n'est plus au dialogue. Il espère que les Autochtones pourront participer de manière concrète à l'avenir de la forêt québécoise.
La ministre réagit
Invitée à réagir à ce rapport accablant, la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain, a réitéré sa confiance envers la loi 11.

La ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel
Face aux défis actuels, le statu quo n’est plus une option. C’est pourquoi nous avons adopté le projet de loi 11 afin de donner rapidement plus de flexibilité et d’oxygène au secteur. Cette réforme nous permettra notamment de mettre en place des projets pilotes pour tester de nouvelles approches et assurer l’avenir de notre industrie forestière, a exprimé la ministre par écrit.
La nouvelle législation, saluée par l’industrie, prévoit notamment l'exemption de payer des redevances annuelles pour les scieries et l'abolition d’un système de mise aux enchères du bois. La fin de la redevance privera Québec d'environ 20 millions de dollars de revenus par année.


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