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« Je regardais mes parents » : 70 ans plus tard, cette habitante de la Manche reproduit une photo de son enfance

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À l’occasion de l’exposition Le temps est moi, à Avranches, Michèle Gervais s’est remise dans la peau de la petite fille de 6 ans qu’elle était, en 1955. Elle raconte son histoire.

Sur le même thèmePhotographiePortraitSud Manche

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Michèle Gervais n'a pas laissé le temps lui enlever son sourire ! (expo le temps et moi à Avranches)

Michèle Gervais n’a pas laissé le temps lui enlever son sourire ! ©La Gazette de la Manche/Celia CAROLA

Par Celia Carola Publié le 9 août 2026 à 18h04

« Mon petit-fils m’a dit, » mais tu n’avais qu’une seule jambe ? ! « » Le sourire collé aux lèvres, Michèle Gervais observe avec amusement cette photographie exposée place Carnot, à Avranches dans le Sud Manche. Costumée, la petite fille qu’elle était défile dans la rue de la Constitution.
70 ans plus tard, elle reproduit la scène avec une photographe, même costume, même lieu. Entre les deux, une vie bien remplie. Portrait.

Des souvenirs bien rangés

« Je ne pense pas que c’était une kermesse, ça ressemble plus à un Corso fleuri, à une fête », analyse Michèle, devant la photo. Dans les années 1950, ses parents tenaient une imprimerie dans cette rue. « Pour sourire comme ça, je pense que je regardais mes parents, déclare-t-elle. Leur commerce était juste là. »

Des photos comme celle-ci, elle en a beaucoup d’autres. « Mon père m’avait fait un album avec les photos argentiques. Au départ j’avais choisi une autre photo, mais c’est sur celle-ci qu’on reconnaissait le mieux la rue. » Et c’est vrai qu’en 70 ans, les bâtiments sont les mêmes. Les commerces, en revanche, ont bien changé. À la place d’Optique-Orthopédie, que l’on voit sur la photo, se trouve désormais Confiez-nous, l’agence de services à la personne.

Tous les souvenirs ne sont pas forcément immortalisés par des photographies. Les moments de vie décisifs notamment, sont gardés bien au chaud dans la mémoire de ceux qui les ont vécus.

Tout sauf secrétaire

Et parmi ces instants clés, celui du choix du métier. « Je voulais être prof de gym, enfin tous les métiers sauf être assise dans un bureau », s’exclame-t-elle. Pourtant, après l’obtention de son brevet, son père l’inscrit au lycée Notre-Dame-de-la-Providence.

Dans les années 70, il permettait aux jeunes filles de se former au métier de secrétaire. « Pour papa qui était artisan, être secrétaire, c’était super, ça voulait dire gravir les échelons plus facilement. »

Le temps et moi, exposition avranches août 2026

L’exposition Le temps et moi propose 14 portraits d’Avranchinais. La Ville a réalisé les entretiens, les photographies par les membres du photo-club d’Avranches. ©La Gazette de la Manche/Celia CAROLA

Michèle Gervais commence donc la formation, sans vraiment d’enthousiasme. Et puis un jour, « la chance de ma vie » entre chez ses parents. « Monsieur Burgot était préparateur en pharmacie. Il est venu voir mon père et lui a expliqué que sa femme voulait ouvrir une boutique de mode. Il lui a proposé que je devienne vendeuse, en lui assurant que je gagnerai autant ma vie qu’en étant secrétaire. »

La jeune fille a réalisé une courte période d’essai et a adoré. « Je ne voulais plus retourner en cours. De toute façon je n’aurais jamais été secrétaire. Les filles portaient toutes des chignons tirés et des collants et moi j’avais encore des nattes et des chaussettes. » Elle ajoute, entre deux rires : « Je me souviens d’une fois où mon père m’avait emmené pour un poste, j’avais fait exprès de mal taper sur les touches. »

Elle passe donc son CAP vendeuse/étalagiste et travaille chez Jolie Madame, boutique de vêtements de luxe, jusqu’en 1979. « On vendait du Dior, du Paco Rabanne, j’avais des robes mais je n’ai rien gardé », confie-t-elle.

Enfants, antiquaire et abat-jours

1,2,3 et 4 enfants ont peu à peu animé son quotidien. Son mari, antiquaire, lui propose de s’arrêter de travailler pour l’aider à la boutique, faire des allers-retours à la capitale. « Ça ne s’est jamais passé comme ça, je m’occupais surtout des enfants. Il ne faut jamais arrêter de travailler, c’est la chose à ne pas faire », prévient-elle.

En 2009, alors que son mari prend sa retraite, elle ne suit pas la même direction. « Je n’avais pas du tout envie de m’arrêter. J’ai créé mon entreprise d’abat-jours et puis elle existe toujours aujourd’hui ! »

À 76 ans, Michèle n’a toujours pas envie de fermer boutique. Au contraire, c’est une « bouffée d’oxygène ». « J’aime mon rôle de mère, de grand-mère, j’adore passer du temps avec mes petits-enfants, mais parce que je peux travailler à côté. »

Alors elle coud, recycle, ne jette rien. « Je pense qu’on peut faire plein de métiers différents. Quand j’étais petite, j’avais l’impression de faire mes leçons à la lueur de la machine à coudre de maman. »

Finalement, même si 70 années séparent les deux photos exposées sur la place, Michèle Gervais semble toujours avoir en elle cette petite fille déguisée défilant dans les rues d’Avranches.

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