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Après deux ans d'écriture, de composition et de répétitions, la communauté scolaire de l'École des Cinq-saumons, à Terrace, a récemment présenté son grand projet de comédie musicale, Coeur polaire, devant un public. Au-delà des prouesses logistiques et artistiques qu'il aura fallu effectuer pour mener à bien le projet, cette aventure, menée grâce au dévouement du personnel enseignant, agit comme porte-voix d'une francophonie vivante et vibrante qui veut se faire entendre.
C’est pas le dernier show qui est le plus important, c’est le chemin que tu as fait!

Marc-Olivier discute de quelques ajustements de mise en scène avec les comédiens de « Coeur polaire », avant la dernière représentation.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Marc-Olivier Chouinard, enseignant en musique et maître d’oeuvre de ce projet rassemblant les 64 élèves de l’école, ne peut retenir des larmes de fierté en s’adressant aux comédiens du spectacle. Après les quelques ajustements entre la représentation matinale devant les élèves des écoles anglophones de la ville et celle du soir devant un public, il leur transmet les derniers mots d’encouragement.
Les élèves de la maternelle à la 9e année présentent sur scène une histoire de leur cru, remplie de péripéties, qui met de l'avant une ourse polaire et sa famille dans un contexte de changements climatiques.
Je suis vraiment fier, vous êtes le coeur de Coeur polaire, leur dit Marc-Olivier Chouinard, la voix nouée par l’émotion. Je pleure parce que vous êtes tellement beaux, puis belles. [...] À partir de là, je n’ai plus rien à dire à personne, amusez-vous, profitez-en, vous avez tellement travaillé fort!
Les élèves aussi sont émus. Si tu me fais pleurer, tu vas gaspiller mon maquillage!, s'exclame Ezra, élève de 8e année qui joue Nova, la cheffe des ours polaires.
C’est un réussite remarquable pour les élèves de l'école, tous investis dans le projet, qu’ils soient sous les projecteurs ou dans les coulisses.
Avec l’aide de l’enseignant et l'appui de l'écrivain québécois François Tardif, ils ont écrit l’histoire, composé la musique et les paroles de chansons et chorégraphié les danses dont certaines qui marquent, de manière ingénieuse, le passage du temps. Le fil du scénario est soutenu par un choeur d’enfants, de la maternelle à la 7e année et un orchestre de 14 élèves de la 6e à la 9e année, sous la direction de leur professeur de musique.
Cette production, entièrement en français, est d’abord et avant tout un projet d’école, mais il était primordial pour Marc-Olivier Chouinard qu’elle soit vue par la communauté en général.

L’enseignant en musique Marc-Olivier est sur scène tout au long du spectacle, soit avec le choeur, soit en train de diriger l’orchestre.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Grâce à un système de surtitrage en anglais, la comédie musicale a été présentée devant les élèves des écoles anglophones, et le soir devant le grand public, au R.E.M. Lee Theatre. Cette salle de spectacle, la plus importante de Terrace, est au coeur de la vie culturelle de cette ville, où la tradition de la comédie musicale est déjà bien ancrée.
Une communauté unie autour du projet
Bien plus qu’un simple spectacle scolaire, le projet est devenu celui de toute une communauté.
C’est une manière de dire qu’on existe, pour réaffirmer un peu notre francophonie, se réjouit Catherine Michaud, surnommée la fée marraine de la troupe, entre autres parce qu’elle a conçu tous les costumes, en plein congé de maternité.

Quatre danseuses qui représentaient les gouttes d’eau ont permis de faire des transitions ingénieuses entre les scènes.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Je pensais jamais vivre ça à Terrace en déménageant ici, je pensais jamais avoir la communauté francophone qui allait répondre autant, explique celle qui est habituellement aide pédagogique spécialisée, commis de bibliothèque et ambassadrice francophone à l’école.
Elle fait partie de cette équipe bien rodée composée de divers membres de la communauté qui ont prêté main-forte à la production. Ils en sont à leur deuxième comédie musicale après la présentation de Flammèche sur la Skeena, en 2022, à Terrace et en tournée dans la région en 2023.
Aujourd’hui, Catherine Michaud s’occupe du maquillage. C'est spécial d'avoir une école comme ça, [de voir] qu'on peut monter des projets, puis que tout le monde embarque. Ç’a vraiment quelque chose de très spécial et d'unique!

D'une main appliquée, la costumière Catherine Michaud s'est entre autres occupée du maquillage.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Entre deux coups de pinceau, elle se rend compte qu’elle a oublié les palmes de Jack le castor qui sèchent sur son balcon après une retouche de peinture. Donne-moi tes clés de voiture, je peux aller les chercher, propose sans attendre une de ses collègues et amies. Ici, tout le monde est à la tâche, tout le monde s’entraide.
Kim Arkensteyn-Vogler, enseignante, orthopédagogue et parent d'élève, qui s’affaire à la machine à coudre pour réparer un costume entre les deux représentations, croit que l’école francophone, souvent prise pour une école d’immersion, se fait connaître dans la communauté grâce au spectacle.
Ça ouvre un volet culturel qu’on n’avait pas à Terrace, dit-elle.

Pour la comédie musicale, Kim Arkensteyn-Vogler a délaissé son rôle d'enseignante pour aider à mettre la dernière touche aux costumes.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Au-delà de la langue
Après ceux de la matinée scolaire, les spectateurs du soir qui venaient cette fois du grand public ont également applaudi chaudement la performance des élèves. Certains ont été touchés par le thème des changements climatiques, d’autres ont surtout été impressionnés par la qualité de la production et le talent des musiciens.
Le spectacle a surtout mis de l’avant le pouvoir rassembleur du projet de la petite école et son impact dans toute la communauté, et pas seulement auprès des francophones, dit Wilfred Geier, le père d’Olivia qui jouait de la basse dans l’orchestre.
J’ai de la famille qui ne parle pas en français, puis je sais qu’ils ont compris. C’est vraiment quelque chose que je trouve très important, se réjouit-il.

Wilfred Geier, le père de la bassiste Olivia, admet avoir versé des larmes plusieurs fois pendant la représentation.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Le professeur Marc-Olivier Chouinard abonde dans le même sens en évoquant l’accueil enthousiaste réservé au spectacle devant les élèves des écoles anglophones un peu plus tôt.
Le projet a aussi permis de valoriser chacun des jeunes, au-delà de la langue.
Ah, je suis vraiment très fière de faire partie de cette petite école qui a un grand coeur, affirme Samantha Tom dont le fils, Gavin, qui n’est pas à l’aise de monter sur scène, a pu voir ses dessins projetés sur grand écran et a donné un coup de main aux décors et en arrière-scène.
Elle est très heureuse que Marc-Olivier Chouinard valorise individuellement chaque élève selon ses talents et ses centres d'intérêt.
Pour le professeur de musique, c’est primordial.
Au-delà de la musique, au-delà de ma passion pour la création, c'est l'humain avant tout. Puis, c'est mes petits humains. Je veux qu'ils trouvent leur place, puis c'est au-delà de tout.

Marc-Olivier Chouinard a pris le temps de revenir sur les bons coups de la première représentation et a discuté de la réaction du public, avec ses élèves.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Pour Marie-Christine Claveau, conseillère pour la moitié nord de la province du Conseil Scolaire francophone depuis 2018, l’ampleur du projet et tout le travail déployé porte de plus en plus ses fruits pour vivre et se faire entendre en français à Terrace.
Quand on est très minoritaire comme ici, on se demande souvent, c'est quoi la culture francophone en Colombie-Britannique? Bien, la culture francophone en Colombie-Britannique, c'est nous autres, il faut la faire, être là, la créer cette culture-là, explique la conseillère pour qui la comédie musicale est l’exemple parfait de cette affirmation culturelle.
Marc-Olivier Chouinard croit en effet que la comédie musicale, une tradition déjà bien ancrée dans la communauté anglophone, était l’un des meilleurs véhicules pour faire rayonner la francophonie à Terrace.
C'est comme si la ville de Terrace est tellement habituée d'avoir des productions de comédies musicales des écoles, ça allait de soi que si, nous, on en faisait une, ils allaient nous accueillir dans leur réseau. La langue française n’a pas été un frein, au contraire.
L'enseignant croit que les élèves vont réaliser l’ampleur de l’exploit accompli en français dans cette ville majoritairement anglophone quand ils seront adultes. Pour lui, le projet de comédie musicale est une façon subtile de promouvoir le français.

Des plus petits de la maternelle jusqu’aux plus grands de la 9e année, tous les élèves étaient ravis de ce qu’ils ont accompli.
Photo : Radio-Canada / Julie Landry
Si je leur dis : "Parle français", ils ne vont pas parler français nécessairement. Mais moi, je crois sincèrement qu'en vivant une expérience comme ça, 100% français, [...] je pense que ça doit semer quelque chose à l’intérieur de chaque élève, ajoute-t-il.
Si certains enseignants sont déjà prêts à se lancer dans la prochaine aventure du genre, Marc-Olivier Chouinard espère d’abord continuer à faire vivre Coeur polaire, peut-être le temps d’une minitournée comme cela a été le cas pour la comédie musicale précédente qui avait été présentée à Kitimat et à Prince Rupert.


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