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Alors que la foresterie a connu de nombreux défis au cours des dernières années en Colombie-Britannique, un quart des emplois du secteur au pays se trouvent néanmoins dans la province. Sur l’île de Vancouver, quatre travailleurs, ayant des emplois directs ou indirects, racontent leur passion et leurs espoirs pour la foresterie.
Près de l’aéroport de Campbell River, en ce début de saison des feux, les appareils de 49 North Helicopters sont prêts à décoller à tout instant. Bastian Fleury, un pilote arrivé de Suisse il y a 11 ans, précise que la foresterie représente un quart de l'activité de l'entreprise, mais que la diversification permet d'amortir les aléas du secteur forestier.
Comme on a de petites machines, on s'occupe [de] transporter les bûcherons ou les ingénieurs forestiers dans la forêt. [...] On va aller les poser dans des endroits proches d'une forêt qui pourrait être exploitée et ils se promènent dans la forêt pendant une heure ou deux. Après, on va dans une autre forêt et ils se promènent de nouveau et regardent [...] si c'est profitable pour eux de faire une exploitation dans cette forêt.

Bastian Fleury, pilote d'hélicoptère de 49 North Helicopters, explique que la majorité des gens qu'il connaît à Campbell River ont un travail lié au secteur de la foresterie.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Dès que le prix du bois est à la hausse, reconnaît le pilote, son entreprise est beaucoup plus occupée. Il évoque l'instabilité du secteur, surtout en ce moment où personne ne sait vraiment ce qui va se passer [avec] les tarifs avec les États-Unis, dans une ville, Campbell River, très centrée sur l’exploitation forestière.
On ne dort pas forcément bien la nuit
Pour Quentin Stefani, un Français qui a gravi les échelons à Campbell River depuis son arrivée, en 2017, jusqu’à devenir gestionnaire des opérations et associé d'Integrated Operations Group, l'instabilité du secteur a un impact sur sa santé mentale.

Quentin Stefani assure qu'il est « très compliqué de faire de la foresterie » en Colombie-Britannique, notamment en matière de bureaucratie et de permis de coupe.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
J'ai 34 ans, je gère une entreprise de 70 salariés avec mes associés et je peux vous dire que, quand vous avez 3 mois ou 6 mois de visibilité devant vous et que vous avez des employés qui ont des factures à payer [et] une famille à nourrir, on dort pas forcément bien la nuit. [...] Même au niveau des investissements sur des équipements, sur de la formation... comment vous voulez investir sur vos employés quand vous n'avez pas plus de 3 ou 6 mois de visibilité devant vous?
L’entreprise spécialisée en éclaircie forestière est passée d’environ 7 employés avant 2020 à 70 aujourd'hui. Quentin Stefani explique que cette spécialisation fait que l'entreprise est plus ou moins protégée, alors que c’est un moment très compliqué pour la foresterie.
C'est vraiment une industrie en dents de scie [...] on est vraiment impactés au niveau du marché international, notamment avec nos voisins américains. [...] L'avantage, c'est qu'on travaille avec une ressource naturelle. On ne peut pas empêcher les arbres de grandir et de se développer. On a cette chance-là, en Colombie-Britannique. Si on gère nos forêts correctement, on aura du travail pour des générations.

Une forêt dans la communauté des Homalco. À gauche, pas d'éclaircie. À droite, une éclaircie faite par Integrated Operations Group.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Toucher le fond
Quentin Stefani considère que le secteur avait besoin d’une restructuration depuis bien longtemps et que, malheureusement, il faut toucher le fond pour mieux rebondir. Pour lui, la solution reste l’innovation.
Il faut chercher de nouveaux marchés, il faut optimiser notre fibre, il faut réduire au maximum les déchets, il faut valoriser la biomasse, il faut valoriser les pulpes pour faire du papier, il faut valoriser les bois d'œuvre.
Alors que plusieurs luttes pour protéger les arbres anciens ont fait la une des médias, ces dernières décennies en Colombie-Britannique, Quentin Stefani sait que la foresterie peut avoir une mauvaise réputation, et ce, pour certaines bonnes raisons.
J'aimerais que les gens, avant de juger trop vite, se renseignent vraiment sur ce qui se passe derrière, sur les gens qui sont passionnés, qui font leur métier, qui essaient chaque jour d'améliorer les choses et que certaines mauvaises pratiques ont été faites il y a plusieurs décennies. Aujourd'hui, on hérite de ça, nous, ma génération, mais on veut faire les choses mieux. [...] Il y a beaucoup de barrières aujourd'hui qui nous freinent sur notre capacité à innover, mais on est des gens passionnés et on ne lâchera pas l'affaire.

Une sculpture représentant un travailleur forestier à Campbell River. Dans cette ville de l'île de Vancouver, pour 100 emplois directs dans le secteur forestier, 43 emplois locaux supplémentaires sont indirectement soutenus par elle.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
C'est une grande aventure
Parmi ces travailleurs passionnés, deux acheteurs du bois font part de leur amour du métier tout en étant réalistes face à la situation du secteur.
Antoine Guiot, venu de France et spécialisé dans l’achat de bois pour faire des poteaux, notamment électriques, pour Bell Lumber & Pole, vit à Courtenay. Max Normand, originaire de l'Ontario, a été ingénieur, puis chef de projet avant d’être acheteur pour une scierie à Vancouver, Delta Forestry Group. Il vit à Campbell River.
Max Normand, qui a notamment travaillé aux côtés de Quentin Stefani, aime ne jamais connaître son agenda à l'avance.
Je ne sais jamais où je vais être n'importe quelle semaine. Je voyage partout sur la côte, j'achète des bûches et le bois avec des Premières Nations, avec d'autres entreprises sur le marché, sur [le fleuve] Fraser. Puis, on travaille partout, donc beaucoup de voyages chaque semaine, mais c'est une grande aventure!

Max Normand aime travailler aux côtés des opérateurs, des biologistes, des ingénieurs, des pilotes et d'autres mécaniciens. « Il y a beaucoup de diversité, c'est pas juste des forestiers », dit-il.
Photo : Fournie par Max Normand
S'il constate les difficultés de l'industrie, dont la croissance risque d'être faible en 2026, Max Normand assure qu’il y a encore beaucoup de jobs et note notamment les départs à la retraite. Il reste optimiste, au vu de l'importance de l'industrie pour la Colombie-Britannique, au point où la province a encore récemment annoncé une subvention.
Je suis sûr qu'on va être ici pour un long temps.
Il n'y a personne qui aime la forêt comme les travailleurs de l'industrie. On compte sur nos forêts pour notre emploi, pour nourrir nos familles, pour [nos loisirs], c'est pas dans notre meilleur intérêt [de la] détruire et on suit des pratiques [basées sur la science] supervisées par des professionnels. C'est régulé. [...] C'est beaucoup plus compliqué que juste couper des arbres. Je pense que c'est notre job [d’]assurer que les forêts vont prospérer [dans le] futur et je pense qu'il y a des marges de progression.

Outre la coupe et la traite du bois, le transport est également un pilier important de l'industrie forestière.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Tomber 8 à 10 fois par jour dans les bois
De son côté, Antoine Guiot se déplace aussi beaucoup pour aller voir les détenteurs de permis de vente de bois (TSL) et trouver des arbres correspondant aux critères de son entreprise. Parfois, il évalue aussi la valeur d’une forêt, ce qui permet aux vendeurs d'établir leurs coûts et leurs reventes.
Parce qu'entre un bois qui va être du bois de sciage à 300 $ du mètre cube, moi, par exemple, si j'achète du pole, ça va être à 700 $ du mètre cube, donc ça fait une énorme différence à la fin.
Avant, explique-t-il, il était estimateur de bois de sciage (timber cruiser, en anglais) et analysait des bois avant leur coupe pour récolter des données pour le gouvernement. C'était un travail épuisant, notamment avec des périodes de 10 jours en camp qui diminuaient énormément la vie sociale.

« Je pense que du bois, on en a besoin, il faut construire les maisons, il faut faire plein de choses. Donc, c'est pas un problème de le prendre, c'est plus comment le prendre et bien le faire », dit Antoine Guiot.
Photo : Fournie par Antoine Guiot
Je passais, je crois, en moyenne, à peu près huit heures trente par jour dans les bois à marcher, donc c'est de la rando tous les jours et pendant 10 jours [...] Physiquement, c'est très dur et on le sent [car] au bout de généralement 7 ou 8 jours, on tombe 8 à 10 fois par jour dans les bois.
Antoine Guiot trouve qu’il n’y a pas beaucoup de gestion forestière dans la province en comparaison de l’Europe. Ici, c'est on arrive, on coupe tout, on s'en va, il y a beaucoup de ça, alors que, en Europe, on va plus parler de régénération naturelle.
Il constate cependant beaucoup plus de contrôles et de suivi des règles en Colombie-Britannique, notamment près des cours d'eau.
Antoine Guiot considère que l’industrie saura s’adapter, mais qu’elle ne connaîtra plus les millions et millions de mètres cubes de bois coupés chaque année, ce qui pourrait aussi conduire à ses yeux à une meilleure qualité de bois. La piste de l’éclaircie forestière lui paraît bonne, même si les pentes fortes de la province seront problématiques par endroits.
Quentin Stefani, quant à lui, pense que l’avenir de la foresterie sera radieux.
Je suis convaincu qu'on peut arriver à une gestion beaucoup plus pérenne et qui permet de limiter les risques de feux de forêt, de préserver les zones écologiques tout en ayant un domaine qui est vertueux.


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