Le DEET est le répulsif anti-moustiques le plus efficace au monde depuis les années 1940. Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Experimental Biology révèle une faille inattendue : des moustiques peuvent être conditionnés à associer l’odeur du DEET à un repas sanguin — et finir par préférer une personne qui en porte à une personne qui n’en porte pas.
Ce que vous allez apprendre
- Comment des chercheurs ont utilisé le conditionnement pavlovien pour inverser l’aversion des moustiques pour le DEET
- Dans quelles conditions réelles ce phénomène pourrait se produire en dehors du laboratoire
- Pourquoi cette découverte ne doit pas vous faire arrêter d’utiliser le DEET — mais changer la façon dont vous l’utilisez
Pavlov avec des moustiques
Le conditionnement pavlovien, tout le monde connaît : un chien apprend à saliver au son d’une cloche parce qu’on l’a associée à de la nourriture. L’équipe de Clément Vinauger, professeur à Virginia Tech, a appliqué le même principe à des moustiques femelles Aedes aegypti — l’espèce qui transmet la dengue et la fièvre jaune.
Le protocole : nourrir les moustiques avec du sang via un dispositif artificiel chauffé, tout en les exposant simultanément à l’odeur du DEET. La chaleur, naturellement attractive pour les moustiques, joue le rôle du stimulus inconditionnel. Le DEET, initialement répulsif, est associé à la perspective d’un repas.
Résultat : plus de 60 % des moustiques ainsi conditionnés tentaient de se nourrir après avoir été exposés à la seule odeur du DEET — sans chaleur, sans sang. L’aversion s’était transformée en attraction.
Source: DR
Un bras traité au DEET préféré à un bras sans protection
L’équipe est allée plus loin. Elle a testé le comportement de ces moustiques conditionnés à proximité d’un vrai bras humain.
« Ce phénomène d’attraction acquise a également été observé chez un volontaire humain ayant appliqué du DEET sur sa peau« , explique Vinauger. « Les moustiques préféraient son bras traité au DEET à son bras non traité.«
La protection était devenue une cible.
Ce qui se passe dans la vraie vie — et comment l’éviter
Vinauger est clair : ce scénario expérimental précis ne signifie pas que tous les moustiques vont apprendre à aimer le DEET dans la nature. Le processus requiert une exposition répétée et associée à une source de nourriture.
Mais un mécanisme réel existe. « Notre travail reproduit une situation concrète possible : un moustique pique une personne ayant appliqué du DEET il y a longtemps », explique-t-il. Si la concentration résiduelle sur la peau est trop faible pour repousser le moustique, celui-ci peut piquer — et associer cette trace de DEET à la possibilité de se nourrir.
La solution est simple et déjà inscrite sur les étiquettes : réappliquer le DEET aussi souvent que recommandé. Ne pas laisser la concentration diminuer sous le seuil efficace.
Ce que cette découverte change pour la lutte anti-moustiques
Au-delà de l’avertissement pratique, cette étude apporte une information précieuse sur le mécanisme d’action du DEET — encore mal compris après 80 ans d’utilisation.
Le fait que les moustiques puissent apprendre à associer le DEET à de la nourriture renforce l’hypothèse selon laquelle ce produit active des récepteurs sensoriels spécifiques chez les insectes — des récepteurs qui peuvent être reconfigurés par l’expérience.
« Ces connaissances seront essentielles pour concevoir de nouveaux répulsifs complémentaires au DEET« , explique Vinauger. Diversifier l’arsenal disponible réduirait également le risque de voir les moustiques développer une résistance ou une indifférence à long terme.
Des questions restent ouvertes : combien de temps les moustiques mémorisent-ils cette association ? D’autres espèces réagissent-elles de la même façon ? Les réponses pourraient redéfinir la façon dont on conçoit la protection anti-moustiques.


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