Des chercheurs d’Oxford viennent d’identifier la cause biologique précise d’une forme de maladie de Crohn et de rectocolite hémorragique chez un sous-groupe de patients. Pour la première fois, un lien est établi entre une variante génétique connue depuis 30 ans et des anticorps qui coupent le frein naturel de l’inflammation. Un gastro-entérologue parle de « la découverte la plus passionnante de toute une carrière ».
Ce que vous allez apprendre
- Quel mécanisme auto-immun précis déclenche une inflammation incontrôlée chez certains patients atteints de MICI
- Comment une variante génétique identifiée il y a 30 ans s’explique enfin biologiquement
- Ce que cette découverte change concrètement pour le diagnostic et le traitement
Les MICI ne sont pas une seule maladie
La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique touchent des millions dans le monde. Malgré des décennies de recherche, de nombreux patients enchaînent les traitements sans jamais atteindre une rémission durable.
Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine suggère pourquoi : les MICI ne constituent pas une affection unique, mais un groupe de maladies biologiquement distinctes. Et pour un sous-groupe identifiable, la cause vient d’être précisément localisée.
Le frein naturel de l’inflammation coupé par des anticorps
Le système immunitaire dispose d’un mécanisme de régulation clé : l’interleukine-10, une molécule qui agit comme un frein sur l’inflammation. Chez environ 3,5 % des patients atteints de MICI, les chercheurs ont découvert des auto-anticorps qui neutralisent cette molécule — supprimant le frein et laissant l’inflammation s’emballer sans contrôle.
Ces auto-anticorps sont absents chez les personnes en bonne santé. Leur présence pourrait concerner entre 15 000 et 20 000 patients au Royaume-Uni seulement.
Le chaînon manquant d’un mystère génétique vieux de 30 ans
Il y a trois décennies, des chercheurs d’Oxford avaient identifié une variante génétique — HLA-DRB1*01:03 — fortement associée aux formes sévères de MICI. Mais le mécanisme restait inexpliqué.
La nouvelle étude établit enfin le lien : les porteurs de cette variante sont beaucoup plus susceptibles de développer les auto-anticorps bloquant l’IL-10. La variante génétique n’est pas la maladie — elle prédispose à produire les anticorps qui la causent.
Un test sanguin et des traitements ciblés en vue
Cette découverte a des implications pratiques immédiates. Les chercheurs affirment qu’un simple test sanguin pourrait identifier ce sous-groupe de patients dès le diagnostic, permettant d’orienter rapidement vers un traitement ciblé — plutôt que de les faire passer par des années d’essais thérapeutiques inefficaces.
Le Dr Rainer Doffinger souligne l’enjeu économique : même une légère réduction des traitements biologiques coûteux et des hospitalisations représenterait des économies de plusieurs millions de livres par an pour le NHS — sans compter l’amélioration majeure de la qualité de vie des patients.


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