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Alors que les tensions économiques et technologiques entre la Chine et l’Occident continuent de s’intensifier, un secteur stratégique attire de plus en plus l’attention des marchés financiers : celui des terres rares.
Dans une analyse publiée le 16 mars sur Oilprice.com, le journaliste Michael Scott explique que la montée des rivalités industrielles et militaires autour de ces matériaux pourrait déclencher une nouvelle dynamique dans certaines entreprises du secteur, notamment celles qui tentent de bâtir une chaîne d’approvisionnement indépendante de la Chine.
Un marché dominé par la Chine
Les terres rares regroupent 17 éléments chimiques indispensables à une grande variété d’industries modernes. Elles entrent notamment dans la fabrication des moteurs électriques, des drones, des systèmes de guidage de missiles, des véhicules électriques et d’une multitude d’équipements électroniques.
Le problème pour l’Occident est que la transformation industrielle de ces matériaux est aujourd’hui largement contrôlée par la Chine.
Selon Michael Scott, les États-Unis et l’Europe ont pendant longtemps fonctionné selon un modèle de chaîne d’approvisionnement « juste-à-temps », dépendant directement des exportations chinoises. Pékin délivre en effet des licences d’exportation de terres rares sur une base mensuelle, ce qui lui donne un levier important sur le marché mondial.
Cette dépendance a déjà provoqué plusieurs épisodes de tension. Scott rappelle notamment qu’une restriction temporaire d’exportations chinoises a suffi à forcer l’arrêt d’une usine Ford, illustrant la vulnérabilité de certaines industries occidentales.
Une demande appelée à exploser
La situation pourrait devenir encore plus critique dans les prochaines décennies.
D’après l’analyse citée par Oilprice, la demande mondiale de terres rares pourrait être multipliée par deux ou trois d’ici 2030-2035, et potentiellement par sept à dix d’ici 2050.
Cette hausse serait alimentée par plusieurs facteurs simultanés : l’électrification des transports, la croissance des centres de données et de l’intelligence artificielle, la modernisation militaire ainsi que la robotique et l’automatisation industrielle
Les applications militaires sont particulièrement révélatrices de l’importance stratégique de ces matériaux. Scott souligne qu’un avion de chasse F-35 contient environ 435 kilogrammes de terres rares, tandis qu’un destroyer moderne peut en utiliser plus de quatre tonnes.
Dans la guerre en Ukraine, la production massive de drones a également mis en évidence cette dépendance : selon les chiffres cités dans l’analyse, l’Ukraine aurait produit environ 1,2 million de drones de combat en 2024, et presque tous les aimants nécessaires à ces appareils provenaient de Chine.
Un segment clé : les aimants permanents
Le véritable cœur de la bataille industrielle concerne les aimants permanents à base de terres rares, indispensables aux moteurs de haute performance.
Les véhicules électriques produits par General Motors, par exemple, reposent sur des moteurs contenant du néodyme et du dysprosium pour fournir le couple et l’efficacité nécessaires.
Les centres de données utilisés par des entreprises comme Microsoft dépendent eux aussi de milliers de moteurs de précision utilisés dans les systèmes de refroidissement, la robotique et l’alimentation électrique.
Sans ces aimants spécialisés, explique Scott, une grande partie de l’économie technologique moderne ne pourrait tout simplement pas fonctionner.
Des investisseurs qui surveillent certaines entreprises
Dans ce contexte, certains investisseurs surveillent de près les entreprises qui tentent de reconstruire une chaîne d’approvisionnement occidentale.
Michael Scott met notamment en lumière la société REalloys (NASDAQ : ALOY), dont la stratégie consiste à se positionner non pas dans l’extraction minière, mais dans l’étape la plus critique de la chaîne : la transformation des terres rares en métaux, alliages et aimants industriels.
Selon l’analyse publiée sur Oilprice, l’entreprise aurait conclu un accord d’approvisionnement exclusif couvrant 80 % de la production du centre de transformation des terres rares du Saskatchewan Research Council, actuellement l’une des rares installations nord-américaines capables d’opérer sans dépendance chinoise.
REalloys dispose également d’une installation de métallisation en Ohio, destinée à produire des alliages spécialisés pouvant être utilisés dans les systèmes de défense.
Les matières premières proviendraient notamment d’Amérique du Nord, du Brésil, du Kazakhstan et du Groenland, afin d’éviter toute dépendance directe à la Chine.
Une échéance cruciale pour l’industrie américaine
L’intérêt du marché pour ce type d’entreprises s’explique aussi par une échéance réglementaire importante.
Michael Scott rappelle que le Pentagone prévoit d’interdire à partir du 1er janvier 2027 l’utilisation de terres rares provenant de Chine dans la chaîne d’approvisionnement militaire américaine.
Cette interdiction couvrirait toutes les étapes de production, y compris : l’extraction, le raffinage, la séparation, la fusion et la fabrication des aimants.
Si cette mesure entre pleinement en vigueur, les entreprises capables de fournir une chaîne d’approvisionnement entièrement indépendante pourraient se retrouver en position stratégique.
Un retard occidental difficile à combler
Le principal obstacle reste toutefois technologique et industriel.
Au cours des dernières décennies, la plupart des capacités de transformation des terres rares ont été transférées vers la Chine. L’Occident a donc perdu non seulement ses installations industrielles, mais aussi une grande partie du savoir-faire technique associé à ces procédés.
Selon Michael Scott, reconstruire une capacité comparable pourrait prendre de trois à sept ans, même avec des investissements importants.
Pendant ce temps, la demande mondiale continue d’augmenter.
Une nouvelle frontière économique
La bataille autour des terres rares illustre une transformation profonde de l’économie mondiale. Les conflits géopolitiques se jouent désormais autant dans les chaînes d’approvisionnement industrielles que dans les domaines militaire ou diplomatique.
Au XXIᵉ siècle, le contrôle de certains matériaux critiques — nécessaires à l’intelligence artificielle, à la transition énergétique et aux systèmes d’armes modernes — pourrait devenir l’un des principaux déterminants de la puissance économique.
Et comme le souligne l’analyse de Michael Scott, les marchés commencent déjà à intégrer cette réalité.


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