Des paléontologues viennent de découvrir en Patagonie australe une toute nouvelle espèce de dinosaure au comportement stupéfiant. Datant d’environ 70 millions d’années, ce cousin méridional des rapaces préhistoriques passait ses journées au bord de l’eau, utilisant un cou ultra-flexible pour harponner les poissons à la manière de nos hérons modernes. Une découverte qui redessine le mode de vie de cette célèbre famille de prédateurs.
Ce que vous allez apprendre
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Comment l’anatomie du Kank australis révèle ses talents de pêcheur actif.
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L’environnement tropical et humide de la Patagonie à la fin du Crétacé.
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Les origines mythologiques du nom de ce nouveau théropode.
Le chaînon manquant des Unenlagiidés
Baptisé Kank australis, ce nouveau dinosaure appartient à la famille des Unenlagiidés, un groupe de théropodes de taille petite à moyenne ayant vécu dans l’hémisphère sud (Amérique du Sud, Antarctique, Australie, Madagascar). Mesurant entre 2,5 et 3 mètres de long à l’âge adulte, Kank se distingue par une silhouette plus petite et gracile que son cousin géant de 5 mètres, l’Austroraptor.
L’identification de cette espèce, publiée dans le Journal of Vertebrate Paleontology par le Dr Matías Motta et son équipe du Musée des sciences naturelles de Buenos Aires, comble une immense lacune géographique. Si sept espèces avaient déjà été recensées dans le nord de la Patagonie, le sud de la région n’avait jusqu’alors livré que des fragments isolés impossibles à attribuer. Kank fait ainsi office de pont évolutif entre le nord de l’Argentine et l’Antarctique.
Une anatomie taillée pour la pêche
C’est l’analyse approfondie de ses restes fossiles, découverts près d’El Calafate et dont la pièce maîtresse a été exhumée en 2024 (une vertèbre cervicale clé), qui a révélé son mode de vie atypique. Les vertèbres du cou de Kank présentent des structures de fixation musculaire et de protection des vaisseaux sanguins tout à fait exceptionnelles.
« Ces caractéristiques sont particulièrement importantes chez les oiseaux modernes aux mouvements complexes du cou, comme les hérons », explique le Dr Motta. Doté d’un museau allongé, de dents d’une grande finesse avec des crêtes longitudinales acérées et de vertèbres cervicales pneumatiques (creuses et légères), Kank possédait l’équipement parfait pour projeter sa tête vers l’avant à une vitesse fulgurante afin de capturer les poissons. Des restes de poissons fossilisés retrouvés juste à côté de ses ossements viennent d’ailleurs appuyer cette thèse piscivore.
Crédit : Gabriel Díaz Yantén
Un paradis aquatique sous la menace de géants
Il y a 70 millions d’années, la Patagonie australe n’avait rien de la steppe froide et sèche que nous connaissons aujourd’hui. L’analyse des sols et des plantes fossiles décrit un climat tempéré et très humide. Kank évoluait dans un paysage verdoyant de rivières sinueuses, de ruisseaux et d’étangs saisonniers recouverts de nénuphars.
Si le poisson constituait son menu principal, ce prédateur opportuniste devait également se nourrir de grenouilles, de tortues, de lézards et de petits mammifères primitifs, comme le Patagorhynchus (un ancêtre semi-aquatique de l’ornithorynque). Cependant, la vie au bord de l’eau n’était pas de tout repos : Kank partageait son territoire avec le redoutable Maip macrothorax, un superprédateur mégaraptoridé de plus de 10 mètres de long qui n’aurait fait qu’une bouchée de ce héron préhistorique.
Un nom écrit dans les étoiles de Patagonie
Le nom choisi pour ce dinosaure est un hommage poétique à la culture des Aonikenk, le peuple indigène Tehuelche de Patagonie. Dans leurs légendes célestes, « Kank » fait référence à un ancien nandou géant (un grand oiseau coureur) dont la course puissante aurait laissé des empreintes de pas dans le ciel, formant la constellation de Choiols.
En latin, cette constellation correspond à la Croix du Sud (Crux), celle-là même qui pointe vers le pôle Sud et la latitude de cette découverte majeure. L’équipe de recherche prévoit désormais de poursuivre ses fouilles en Patagonie, convaincue que les écosystèmes du Crétacé supérieur n’ont pas encore livré tous leurs secrets d’adaptation.


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