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TÉMOIGNAGES - En ce week-end de chassé-croisé, les conducteurs de voitures électriques prennent eux aussi la route des vacances. Entre anticipation des arrêts, gestion de l’autonomie et habitudes de voyage, quatre automobilistes se confient au Figaro.
C’est le week-end de chassé-croisé le plus chargé de l’année qui s’annonce en France. Le samedi 1er août est classé noir dans le sens des départs au niveau national par Bison Futé, alors que des millions de vacanciers s’apprêtent à prendre la route. Parmi eux, de plus en plus d’automobilistes disposent d’une voiture 100% électrique, à hauteur de 2 à 3%. Une part qui devrait augmenter : cette catégorie de véhicules pèse de plus en plus lourd dans les ventes de voitures neuves sous l’effet des bonds des prix du carburant, et un marché de l’occasion semble naître.
Mais pour les conducteurs de ces véhicules roulant à la seule électricité, ces grands déplacements estivaux imposent de nouveaux réflexes. «J’ai identifié en avance les stations de recharge», détaille Patrice L., 56 ans, cadre dans l’informatique, pour son premier grand départ depuis la région lyonnaise vers la Bretagne. D’autres ont déjà pris leurs habitudes, comme Philippe Perdrix, 73 ans, retraité installé à Giverny (Eure) qui se veut rassurant : «Vous voyez rarement des voitures électriques sur le bas-côté de la route en panne.» Du premier voyage longue distance à la routine maîtrisée, ces conducteurs racontent comment ils préparent leurs déplacements.
Patrice : «C’est mon premier voyage longue durée avec un véhicule électrique»
Patrice L., 56 ans, cadre dans l’informatique, a quitté la région lyonnaise pour rejoindre Douarnenez, en Bretagne. Le 31 juillet, il a pris la route en famille, à quatre, pour trois semaines de vacances ponctuées d’une halte à Angers. Depuis plus d’un mois, il roule dans un Ford Explorer EV (batterie de 79 kWh) : «C’est mon premier voyage longue durée avec un véhicule électrique», annonce-t-il. Au programme, un périple de 960 km en deux jours. Plutôt serein, le quinquagénaire garde néanmoins en tête les contraintes du chassé-croisé estival : «Je m’attends à des bouchons et à beaucoup de monde aux stations de recharge du côté de Nantes et peut-être sur la N165 jusqu’à Quimper», estime-t-il.
Pour parer aux imprévus, Patrice a soigné sa préparation. Il s’est équipé de deux cartes de recharge, Electroverse et ChargeMap, ces badges RFID sans abonnement qui permettent d’activer les bornes publiques sans utiliser son smartphone, y compris en cas de réseau mobile capricieux. Il combine le planificateur intégré de la voiture avec des applications spécialisées, comme A Better Route Planner (ABRP) ou ChargeFinder, qui calculent les arrêts recharge et lui permettent de comparer les bornes disponibles afin de sécuriser chaque étape de son trajet.
Avant le départ, il a aussi analysé la consommation de sa voiture sur quelques semaines d’utilisation, afin d’avoir un repère, «forcément erroné du fait de la faible durée d’expérience», concède-t-il. Il s’attend à une surconsommation liée au porte-vélo sur autoroute et prévoit donc de recharger au niveau maximum recommandé. Avec plus de 600 km d’autonomie annoncée, il se sent moins exposé au stress d’un mauvais calcul, tout en reconnaissant que la marge de manœuvre en cas de panne est plus limitée qu’avec une voiture à essence : «En cas de panne d’essence, on va chercher un bidon et on revient. Avec un véhicule électrique, c’est dépanneuse directe.»
Anne-Marie : «Au début, j’étais très inquiète»
Depuis plus de cinq mois, Anne-Marie Escharavil, 65 ans, cheffe d’entreprise industrielle installée en Ardèche, a franchi le pas de l’électrique avec une Audi Q6. Pour ses vacances d’été, elle a quitté Privas le 28 juillet, direction Bormes-les-Mimosas, dans le Var, pour le plus long trajet qu’elle ait effectué avec sa voiture électrique : 3h30 de route. «Au début, j’étais très inquiète», confie-t-elle, au point d’avoir envisagé de rappeler son concessionnaire pour qu’il reprenne la voiture. Pour apprivoiser ce nouveau mode de conduite, elle a d’abord multiplié les allers-retours d’environ 150 km, notamment jusqu’à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry, avant de réaliser qu’elle n’avait pas besoin de recharger systématiquement à mi-parcours.
Pour voyager sereinement, elle s’est arrêtée à Aix-en-Provence pour recharger. «J’aurais pu faire le trajet sans recharger, ce n’était pas nécessaire», admet-elle après coup. «Il faut se familiariser avec la voiture électrique, ce qui n’est pas forcément évident les premières semaines.» En revanche, le coût lui paraît plus difficile à anticiper et ajoute une part d’incertitude à l’expérience. «Vous n’avez pas le prix tout de suite, ça ne s’affiche pas.» Elle restera sur la côte varoise jusqu’au 20 août, avant de reprendre la route vers l’Ardèche.
Philippe : «Pour aller à Noirmoutier, ça doit me coûter 25 euros»
En Normandie, à Giverny, Philippe Perdrix, 73 ans, retraité, s’apprête lui aussi à prendre la route. Direction Noirmoutier, en Vendée, qu’il rejoindra ce week-end au volant de sa Tesla Model Y. Pour ce périple de 600 kilomètres, il suit une stratégie bien rodée : «J’évite l’autoroute.» Il privilégie les superchargeurs Tesla situés en dehors des grands axes. Sur près de six heures de route, il ne prévoit qu’un seul arrêt au Mans. La recharge dure généralement entre 20 et 25 minutes, un temps qu’il considère comme assez court.
«Cela passe très vite. Parfois, même en mangeant, on est obligé de débrancher la voiture pour arrêter», relate-t-il. Il reste toutefois attentif aux pénalités appliquées en cas de stationnement prolongé sur une borne rapide : «Si vous restez trop longtemps, vous payez.» Un dispositif destiné à éviter que certains automobilistes monopolisent les points de recharge.
Le passage à l’électrique a aussi changé son rapport aux longs trajets, notamment sur le plan financier : «Pour aller à Noirmoutier, ça doit me coûter 25 euros.» Il apprécie également le confort de conduite : «L’avantage, c’est le silence. On n’est pas fatigué à l’arrivée.» Une évolution notable par rapport à sa précédente Renault Mégane électrique, avec laquelle les longues distances étaient plus compliquées, notamment en raison de bornes parfois défaillantes et de pistolets de recharge peu fiables. Pour partir sereinement, son mot d’ordre reste toutefois simple : «changer les horaires de départ» afin d’éviter les heures de forte affluence.
Nicolas : «J’ai juste changé la manière d’organiser le trajet»
Nicolas P., 43 ans, habitant de l’Essonne, a pris l’habitude de consacrer ses grandes vacances à de longs trajets en voiture électrique. Ce dimanche 2 août dans l’après-midi, il s’apprête à rentrer de Bretagne vers l’Île-de-France, en famille avec son enfant, à bord d’une Tesla Model 3 Propulsion. Il prévoit un arrêt recharge au niveau du Mans : «Il y a plein de bornes à cet endroit, donc aucune crainte.» Le coût total s’élève à moins de 300 euros.
Nicolas reconnaît que le passage au véhicule électrique demande un peu plus d’anticipation, mais il en a fait un nouveau rythme de voyage : «Sur les pauses recharge, la nuit c’est sieste et la journée c’est Netflix», décrit-il. En transit, il s’arrête sur les superchargeurs Tesla ou sur des stations hautes puissance d’autres opérateurs, comme Electra, pour des sessions de moins de 30 minutes en moyenne. «Je n’ai pas changé ma manière de conduire. J’ai juste changé la manière d’organiser le trajet», insiste-t-il. «Nous partons même plus loin qu’avant en thermique, car c’est moins fatigant», ajoute-t-il. Norvège, Croatie : autant de destinations qu’ils auraient choisies en avion auparavant. Cette nouvelle organisation lui a permis de revoir ses horizons de voyage et de faire de la voiture électrique le moteur de leurs escapades au long cours.


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