Les étudiants d’aujourd’hui sont bien plus perfectionnistes que ceux de la génération précédente — et la science identifie le vrai coupable. Une méta-analyse publiée dans Psychological Bulletin portant sur 82 000 étudiants sur 35 ans révèle que ce n’est pas TikTok ni Instagram : c’est le ralentissement économique et la montée des inégalités qui alimentent cette pression croissante à être parfait.
Ce que vous allez apprendre
- Quelle distinction les chercheurs font entre « aspirations perfectionnistes » et « préoccupations perfectionnistes » — et laquelle est vraiment dangereuse
- Pourquoi la croissance des inégalités est associée à une hausse de la peur de l’échec chez les jeunes
- Pourquoi pointer les réseaux sociaux comme cause de la crise de santé mentale des jeunes est probablement une erreur
35 ans de données, 82 000 étudiants, une tendance claire
Entre 1989 et 2024, le perfectionnisme auto-déclaré chez les étudiants universitaires américains, canadiens et britanniques n’a cessé d’augmenter. C’est la conclusion d’une méta-analyse menée par Thomas Curran, de la London School of Economics, qui a agrégé les données de 307 études distinctes.
Ce n’est pas une impression générationnelle ou un ressenti anecdotique. C’est une tendance statistiquement robuste, mesurée avec les mêmes outils standardisés sur trois décennies et demi.
Deux types de perfectionnisme — et celui qui fait vraiment peur
L’étude distingue deux formes distinctes de perfectionnisme qui n’évoluent pas au même rythme.
Les « aspirations perfectionnistes » désignent la motivation à se fixer des standards élevés et à travailler dur pour les atteindre. Une forme relativement saine, liée à la persévérance.
Les « préoccupations perfectionnistes » sont différentes : c’est la peur de l’échec, l’indécision chronique, l’anxiété constante d’être jugé négativement par les autres. Une forme anxiogène et paralysante.
Depuis le début des années 2000, ce sont les préoccupations perfectionnistes qui augmentent le plus vite — bien plus rapidement que les aspirations. La peur de mal faire croît plus vite que l’ambition de bien faire.
Inégalités et stagnation économique : les vrais moteurs
Les chercheurs ont croisé les données de perfectionnisme avec des indicateurs économiques — croissance du PIB par habitant et niveau des inégalités — dans différents pays et sur différentes périodes.
Deux corrélations se dégagent clairement.
Un ralentissement de la croissance économique est associé à une hausse du perfectionnisme général : face au manque d’opportunités, les jeunes compensent par une intensification de l’effort. Travailler plus dur quand les portes se ferment.
Une augmentation des inégalités est associée à une hausse spécifique des préoccupations perfectionnistes : quand l’écart entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent se creuse, la peur de commettre une erreur et le regard des autres deviennent centraux dans la psychologie des jeunes.
« Lorsque les inégalités se creusent, la peur de commettre des erreurs et le souci du regard des autres deviennent des éléments centraux de la psychologie des jeunes », résume Curran.
Les réseaux sociaux ne sont pas le vrai coupable
C’est peut-être la conclusion la plus importante — et la plus contre-narrative — de cette étude.
Le débat public sur la crise de santé mentale des jeunes a largement convergé vers une cible : les smartphones et les réseaux sociaux. Une explication intuitive, médiatiquement accessible, qui a orienté de nombreuses politiques publiques.
Mais la montée du perfectionnisme documentée dans cette étude précède largement l’apparition des réseaux sociaux. La tendance était déjà là dans les années 1990 et au début des années 2000, bien avant que Facebook, Instagram ou TikTok n’existent.
« On a souvent pointé du doigt les téléphones et les réseaux sociaux, mais la montée du perfectionnisme est antérieure à leur apparition », note Curran. « Cette étude suggère qu’un phénomène plus profond est à l’œuvre. »
Ce phénomène plus profond, selon les chercheurs, est structurel et économique. Et il ne se résoudra pas en limitant le temps d’écran.


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