Le ministre de l’Éducation souhaite fixer un « âge plancher » pour l’examen. Une mesure vue par les spécialistes de la précocité comme une barrière administrative, alors que de nombreuses voix réclament surtout un accompagnement sur mesure des élèves à haut potentiel.

Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :

« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose d’inscrire son enfant au baccalauréat à huit ans, neuf ans ou 10 ans. Je ne suis pas sûr que ça lui rende service », a déclaré le ministre de l'Éducation nationale. Photo Sipa /Alain Robert « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose d’inscrire son enfant au baccalauréat à huit ans, neuf ans ou 10 ans. Je ne suis pas sûr que ça lui rende service », a déclaré le ministre de l'Éducation nationale. Photo Sipa /Alain Robert

Chaque année, le phénomène intrigue. À la session 2026 du baccalauréat, le plus jeune candidat sera âgé d’un peu moins de 10 ans. En 2025, la benjamine n’avait que huit ans. Car aujourd’hui, aucune règle ne fixe d’âge minimum pour s’inscrire à l’examen. Une situation que le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, juge peu « souhaitable ». Mardi, il a annoncé vouloir instaurer un âge « plancher » pour se présenter à l’examen. « L’épanouissement d’un enfant passe par autre chose que la préparation d’un examen national qui suppose une forme de maturité et qui, en principe, conditionne l’entrée dans l’enseignement supérieur », a-t-il justifié.

Une volonté de limiter l’accès au bac pour les très jeunes candidats qui continue à susciter le débat. « Fixer un âge plancher, c’est répondre à une question complexe par une norme administrative arbitraire. Un enfant intellectuellement prêt à passer l’examen, qu’on oblige à attendre, risque de se sentir brimé. Il risque de s’ennuyer et, à terme, de décrocher scolairement », estime Samuel Sené, qui a obtenu son baccalauréat à 14 ans en 1996. Pas très étonnant quand on sait qu’à 3 ans, il savait déjà lire, écrire et compter, qu’il est rentré au CP à 4 ans, avant de sauter le CM1 et la 5e. « Si on m’avait freiné dans ma scolarité, j’aurais passé des heures à l’école à regarder le plafond et je ne serais plus allé en cours avec joie », confie-t-il.

Un avis partagé par Monique de Kermadec, psychologue spécialiste du haut potentiel intellectuel chez l’enfant et l’adulte. « Les rythmes d’apprentissage varient énormément d’un enfant à l’autre. Dans certains cas, il faut ralentir les apprentissages, dans d’autres, les accélérer pour éviter la démotivation et l’échec scolaire », explique-t-elle.

La question cruciale de l’accompagnement

Également défavorable à une règle stricte, Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du syndicat SE-Unsa, estime qu’il faut surtout mettre en place un accompagnement sur mesure pour ces profils atypiques. « Il faut qu’ils soient suivis par un psychologue de l’Éducation nationale et que l’équipe pédagogique maintienne un dialogue constant avec la famille », souligne-t-elle. Elle regrette toutefois le manque de formation des enseignants sur la prise en charge des élèves à haut potentiel, ainsi que l’insuffisance des moyens humains pour proposer un suivi réellement individualisé.

Pour Samuel Sené, l’essentiel est aussi « de s’assurer que ces élèves précoces ne soient pas instrumentalisés par leurs parents ». Et même si un enfant très jeune a les capacités intellectuelles de passer son bac, il faut aussi anticiper les effets que cela aura sur lui, selon Monique Kermadec. « Les parents et l’équipe pédagogique doivent réfléchir à ce qu’ils prévoient pour l’enfant après le bac. Parce qu’un enfant de 10 ans à la fac aura sans doute d’énormes difficultés à se sentir accepté et pouvoir échanger avec les autres. Et entrer en classer prépa à 16 ans, en pleine période de croissance de l’adolescence est beaucoup plus fatigant, même si on est un élève brillant », prévient-elle.

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