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Propos recueillis par Isabelle Mandraud
Publié aujourd’hui à 06h01Article réservé aux abonnés
EntretienDans un entretien au « Monde », le chercheur spécialiste de la Russie estime que l’ancienne patronne de RT France sert autant les intérêts du milliardaire breton qu’elle tire profit, pour la Russie, de l’exposition qu’il lui offre dans son empire médiatique.
Enseignant-chercheur et titulaire de la chaire Stratégies d’influence et de contre-influence en contexte numérique à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), Maxime Audinet est un spécialiste de la Russie. Avec son équipe, il vient de réaliser une analyse approfondie des textes de Xenia Fedorova parus dans le magazine du Journal du dimanche, Le JDNews. L’ancienne patronne de la chaîne RT France, qui intervient également sur CNews, partage un intérêt commun avec Vincent Bolloré, à la tête d’un écosystème médiatique : imposer une vision « culturelle, réactionnaire et illibérale ».
Vous avez été attaqué en justice par RT France, alors dirigée par Xenia Fedorova, pour votre livre « Un média d’influence d’Etat. Enquête sur la chaîne russe RT » (INA éditions, 2024), puis relaxé. S’agissait-il d’une procédure bâillon ?
RT France, à travers sa directrice d’alors, Xenia Fedorova, a intenté plusieurs procès contre des responsables politiques, des journalistes et des chercheurs, qu’elle a tous perdus. Mon éditeur et moi-même avons été attaqués pour diffamation sur neuf passages de mon livre. Le procès a duré quatre ans.
En première instance, j’ai été relaxé sur le siège, c’est-à-dire immédiatement à l’issue de l’audience, mais RT a fait appel. J’ai de nouveau été relaxé en décembre 2025, et ça s’est arrêté là. RT ne s’est pas pourvu en cassation. Ni Xenia Fedorova ni aucun responsable de la chaîne ne se sont d’ailleurs jamais présentés au tribunal. Ce procès était à la fois paradoxal et cynique car, au même moment, Xenia Fedorova annonçait la sortie de son livre « Bannie » [Fayard, 2025], dans lequel elle critique les atteintes à la liberté d’expression en France. Or, il s’agissait bien d’une procédure bâillon car l’objectif était de censurer mon travail et, surtout, celui de toutes celles et de tous ceux qui décideraient de travailler sur ce média.
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