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Droits de scolarité impayables : les étudiants iraniens d’Ontario appellent à l’aide

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Dans quelques semaines, Fatan Niyazi devra effectuer le paiement minimum exigé par l’Université de Toronto pour poursuivre sa quatrième année en informatique. Mais la guerre en Iran, la dévaluation du toman iranien et les blocages bancaires rendent les transferts d’argent de sa famille incertains.

L’étudiant ne sait donc pas s’il pourra payer ses droits de scolarité à temps.

Ses frais atteignent environ 70 000 $ pour l’année. S’il ne verse pas la somme demandée dans la seconde moitié du mois d’août, il risque d’être désinscrit de certains cours.

Fatan Niyazi est loin d’être le seul dans cette situation. Lundi matin, à l’approche des échéances d’inscription, des étudiants internationaux iraniens et des représentants de quatre universités ontariennes se sont réunis à Queen’s Park, aux côtés de l’ancien ministre ontarien Reza Moridi. Ils réclament une aide urgente pour ceux qui ne peuvent plus payer leurs études ni, dans certains cas, subvenir à leurs besoins essentiels.

Une monnaie qui ne vaut plus rien

Pour Fatan Niyazi, l’ampleur de la crise se mesure dans la valeur du dollar canadien.

Lorsque je suis arrivé au Canada, en 2021, un dollar canadien valait 22 000 tomans. Aujourd’hui, il vaut plus de 135 000 tomans, explique-t-il. (NDLR : Le toman n’est plus la monnaie officielle de l’Iran, mais une unité de compte informelle qui vaut 10 rials iraniens, la monnaie officielle. Par contre, au quotidien, les Iraniens utilisent le toman pour parler des prix.)

Même si les revenus de sa famille n’ont pas nécessairement diminué en Iran, leur valeur s’est effondrée une fois convertie en dollars canadiens.

Le même paiement de droits de scolarité envoyé par ma famille lui coûte désormais six fois plus cher.

La guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël depuis le 28 février a aggravé une crise économique déjà profonde. Selon Reza Moridi, ancien ministre ontarien de la Formation et des Collèges et Universités, la dévaluation de la monnaie est au cœur des difficultés des étudiants.

Reza Moridi devant Queen’s Park.

L’ancien député provincial et ministre ontarien Reza Moridi est venu soutenir les étudiants internationaux iraniens et leurs représentants, dont plusieurs ne reçoivent plus l’aide financière de leur famille en raison de la guerre en Iran.

Photo : Radio-Canada

Certains en subissent déjà les conséquences. Selon les organisateurs de la conférence de presse, des étudiants de l’Université York n’ont pas pu s’inscrire à leurs cours la semaine dernière en raison de sommes impayées.

De nombreux étudiants accumulent des dettes écrasantes, prennent du retard sur le plan académique et, dans plusieurs cas, se trouvent dans l’impossibilité de s’inscrire au trimestre suivant, résume le Dr Moridi.

Des transferts devenus impossibles

La dévaluation n’est pas le seul obstacle. Même lorsque les familles disposent encore de ressources, elles ne parviennent pas toujours à les envoyer au Canada.

Les sanctions et les restrictions imposées au système financier iranien compliquaient déjà les virements internationaux avant la guerre. Les coupures d’Internet et les cyberattaques contre plusieurs grandes banques ont aggravé ces difficultés.

Quand Internet est coupé, tout moyen pour nos familles de nous envoyer de l’argent disparaît.

Une récente coupure d’Internet a duré près de 90 jours.

La Dr Sara Hormozinejad, chercheuse au Global Migration Institute, Université métropolitaine de Toronto (TMU), précise que le système bancaire iranien est largement isolé du reste du monde. Les familles doivent trouver des moyens incertains, et parfois risqués, pour transférer l’argent destiné aux droits de scolarité , explique-t-elle.

Plusieurs étudiants font face à des problèmes de santé mentale au cours de leurs études universitaires.

Selon les organisateurs de la conférence de presse, des étudiants de l’Université York n’ont pas pu s’inscrire à leurs cours la semaine dernière en raison de sommes impayées. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Le père de Fatan a notamment tenté de lui faire parvenir des fonds afin qu’il puisse fournir une preuve de ressources financières à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Le transfert n’a pas pu être effectué, puisque ses avoirs se trouvaient dans l’une des banques touchées.

Il ne s’agit pas de difficultés ordinaires. C’est une situation qui peut basculer du jour au lendemain, sans préavis, pour des raisons totalement hors de notre contrôle, insiste Fatan Niyazi.

Une aide d’urgence jugée insuffisante

Amir Reza, étudiant international en sciences à TMU, affirme être toujours endetté pour ses études de premier cycle, alors qu’il doit commencer une maîtrise en santé publique à l’automne.

Au plus fort de la crise, plusieurs universités canadiennes ont mis en place des mesures d’aide. Lui dit avoir reçu environ 700 $ de son établissement, une somme insuffisante pour couvrir ses dépenses courantes.

Une boîte de fruits et de légumes à la banque alimentaire de Feed Scarborough à Toronto, le 3 août 2023.

Certains étudiants iraniens ont dû se tourner vers les banques alimentaires pour subvenir à leurs besoins, ne pouvant plus compter sur l’aide de leur famille. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

J’ai dû me tourner vers les banques alimentaires simplement pour payer mon épicerie et répondre à mes besoins de base, témoigne-t-il.

Ses difficultés ont également limité ses choix universitaires. Il prévoyait initialement de présenter une demande dans cinq ou six établissements, mais n’a finalement postulé qu’à un seul programme, à TMU. Les centaines de dollars nécessaires pour multiplier les candidatures représentaient, dit-il, une partie de son loyer et plusieurs repas.

Des étudiants dans une classe universitaire.

Dans l’impossibilité de payer la totalité de leur session à temps plein, certains étudiants iraniens ont simplement décidé d’abandonner certains de leur cours. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

La Dr Hormozinejad reconnaît que certains services existent, mais estime que les mesures demeurent ponctuelles, difficiles à trouver et insuffisantes. Les étudiants sont souvent renvoyés d’un service à l’autre alors qu’ils doivent déjà gérer leurs études, leur travail, leur situation migratoire et l’angoisse liée à leurs proches en Iran.

Elle rappelle également que les étudiants internationaux ne sont généralement pas admissibles au Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario.

Travailler ne suffit pas, mais retourner est impossible

Privés du soutien de leur famille, plusieurs étudiants tentent de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Pendant les sessions universitaires, ils ne peuvent toutefois travailler que 24 heures par semaine hors campus. Selon leurs représentants, ces revenus ne suffisent pas à couvrir leurs dépenses quotidiennes et leurs droits de scolarité.

Des billets iraniens.

La guerre déclenchée à la fin février 2026 a entraîné un effondrement du rial iranien, qui s’échange désormais à près de 1,9 million de rials pour un dollar américain. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / Atta Kenare

Certains ont donc réduit leur nombre de cours ou abandonné des classes, affirme Sara Fard, qui travaille auprès de la communauté étudiante iranienne.

Leurs études sont mises entre parenthèses, non pas par manque de capacités, mais simplement parce qu’ils essaient de survivre.

Mais interrompre leurs études et retourner en Iran ne constitue pas nécessairement une solution.

Beaucoup d’entre nous, y compris moi-même, ne peuvent pas non plus retourner en Iran. Nous nous sommes exprimés d’une manière ou d’une autre sur ce qui se passe dans notre pays, explique Fatan Niyazi.

Une intervention réclamée à la province

Les étudiants demandent une réduction temporaire des droits de scolarité, la suspension des blocages liés aux sommes impayées, davantage de bourses et d’aide d’urgence ainsi qu’un assouplissement des règles encadrant leur travail au Canada.

L’immeuble de l’Assemblée législative vu à partir d’un drone.

Lundi matin, à l’approche des échéances d’inscription, des étudiants internationaux iraniens et des représentants de quatre universités ontariennes se sont réunis à Queen’s Park, aux côtés de l’ancien ministre ontarien Reza Moridi. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

Questionnée sur l’aide offerte à la communauté étudiante iranienne, la porte-parole du ministère des Collèges et Universités, Dayna Smockum, a indiqué à Radio-Canada que les établissements disposent déjà de différentes mesures de soutien. Elle a invité les étudiants à s’adresser directement à leur université, ce qu’ils affirment avoir déjà fait.

TMU et l’Université Queen's disent travailler étroitement avec les étudiants affectés pour les soutenir.

Pour Sara Hormozinejad, les universités ne sont pas les seules à devoir intervenir.

Le gouvernement fédéral est concerné puisqu’il délivre les visas. Les universités le sont puisqu’elles acceptent ces étudiants. Les provinces sont également concernées. Tous ont une responsabilité et doivent agir

Elle propose notamment des paiements échelonnés, des bourses d’urgence plus substantielles, du financement temporaire sans intérêt et une réduction provisoire des droits de scolarité.

Ils ne demandent pas de privilèges particuliers, ils demandent la possibilité de terminer ce qu’ils ont commencé, conclut Reza Moridi.

Les étudiants prévoient maintenant de lancer une pétition qui sera présentée à l’Assemblée législative de l’Ontario à l’automne.

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