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Comparer, anticiper, stocker : faire ses courses relève désormais d’une véritable stratégie pour beaucoup de consommateurs, qui veulent bénéficier au maximum des promotions. Quitte à multiplier les séances de ravitaillement en fréquentant différentes enseignes.
Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
« Je fais mes courses en fonction des promotions : je traque les avantages avec ma carte de fidélité et les réductions sur le deuxième produit acheté. Nous sommes cinq à la maison, donc chaque euro économisé est un euro de plus dans notre budget. » Comme Jennifer, 36 ans, de Meisenthal (Moselle), les Français sont de plus en plus friands de bonnes affaires. Près d’un foyer sur deux (45 %) déclare essayer d’acheter en promotion (+2 points par rapport à 2024), selon l’étude conjoncture grande consommation 2025 et perspectives 2026 de NielsenIQ, dévoilée début février. Le poids de la promotion n’a d’ailleurs jamais été aussi important depuis 20 ans : « Elles représentent désormais 21,9 % du chiffre d’affaires des hypermarchés et supermarchés, contre 19,6 % en 2009 », constate José Argüelles, directeur analytique distribution de NielsenIQ.
Pour profiter des meilleures offres, les consommateurs deviennent de véritables « zappeurs ». Ils fréquentent en moyenne 3,5 enseignes différentes par mois, selon NielsenIQ. Quitte à retourner plus souvent faire leurs courses. Et certains clients en profitent aussi pour faire des stocks stratégiques. « Les produits que j’achète en priorité en promotion sont la lessive, le gel douche, le shampoing, le papier toilette et les produits ménagers. J’en profite pour faire des réserves », explique ainsi Manuel, 31 ans, de Tassin-la-Demi-Lune (Rhône).
Tous les rayons concernés
Un engouement pour les promotions qui s’explique par le besoin des Français de gérer leur budget avec rigueur. « Après une inflation cumulée de +20 % sur les prix de produits de grande consommation entre janvier 2022 et janvier 2024, le marché a connu une déflation de -6 % entre février 2024 et septembre 2025. Mais les prix en magasin restent élevés et les Français ressentent encore une pression forte sur le pouvoir d’achat », explique Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’observatoire Cetelem. Manuel, en témoigne : « Je pense économiser environ 80 euros par mois sur mon panier de courses », assure-t-il.
Les ristournes concernent aussi bien les produits alimentaires que ceux d’hygiène et d’entretien, histoire de drainer des clients à chaque rayon. « En 2025, 17 % des promotions alimentaires concernaient l’épicerie sucrée, 14 % le rayon des boissons et 13 % l’épicerie salée », observe Fabrice Thieulent, analyste promotions chez Wiser, entreprise spécialisée dans l’analyse de données pour améliorer les ventes en grande distribution. Ces réductions portent plus souvent sur des produits plaisir que sur les essentiels de nos placards. « Par exemple, les produits de fête, les boissons, les fromages à consommer chauds comme la raclette, la pâte à tartiner, la bière… », énumère Emily Mayer, directrice des études chez Circana.
Les remises immédiates plébiscitées
Si les Français raffolent de plus en plus des promos, c’est aussi qu’elles sont plus attractives. Selon les analyses de Wiser, en 2025, 54 % des promotions sur les produits alimentaires portaient sur des lots (deux produits achetés, un gratuit, ou un acheté le deuxième à 50 %), 33 % étaient de remises immédiates (+3 points par rapport à 2024) et 13 % étaient des avantages crédités sur la carte fidélité. « En 2025, la grande distribution a fait davantage de remises immédiates sur les produits (par exemple -34 % en caisse), qui est le mécanisme promotionnel préféré des Français. Bien devant les réductions sur les lots », commente Emily Mayer. « On observe également de plus en plus de réductions appliquées à une gamme entière de produits. Ce qui permet au consommateur de choisir l’article remisé qui correspond le plus à son besoin », constate Fabrice Thieulent. Une stratégie qui augmente aussi les chances de faire craquer le client !
« Les promotions concernent surtout des produits dont il faudrait limiter la consommation »
Selon Audrey Morice, chargée de campagnes chez Foodwatch France, le gouvernement devrait inciter les distributeurs à orienter les promotions vers des produits bons pour la santé pour encourager une alimentation plus équilibrée.
Vous avez publié en mai une enquête avec d’autres associations (*) sur les promotions, quelles en sont les principales conclusions ?« Nous avons analysé de février à fin mars 2025, 40 catalogues de cinq enseignes de la grande distribution, (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Système et Lidl), en excluant les catalogues promotionnels thématiques, afin de dresser un panorama représentatif des promotions qui sont faites tout au long de l’année. Résultats : sur les 4 700 promotions analysées, 66 % concernent des produits dont il faudrait limiter la consommation selon les recommandations de santé (aliments trop gras, trop sucrés, trop salés). Il s’agit par exemple : de la charcuterie, de plats industriels, de boissons sucrées, des produits ultratransformés au Nutri-Score D ou E. À l’inverse, seulement 12 % de ces promotions portent sur des produits à privilégier pour la santé (fruits, légumes, légumineuses, produits biologiques, etc.). Par ailleurs, de nombreuses promotions encouragent à surconsommer en achetant en grande quantité, alors même que ces produits devraient être consommés avec modération. »
Comment l’expliquez-vous ?« Les distributeurs savent que les promotions sont un levier qui influence les choix de consommation. Pour beaucoup, ce sont des produits d’appel. Lors des négociations commerciales annuelles, ils négocient surtout des produits de grande marque, dont tout le monde connaît à peu près le prix, ce qui les oblige à compresser leurs marges. Il faut bien qu’ils compensent ailleurs. Cela se répercute trop souvent sur les produits les plus sains comme les fruits et légumes, sur lesquels ils font davantage de marge. »
« Pour beaucoup, le critère principal reste le prix »
Les Français sont-ils moins attentifs à la qualité des produits lorsqu’ils achètent en promotion ?« Comme les six principaux distributeurs contrôlent 80 % du marché et que 60 % des ménages français font leurs courses dans la grande distribution, ces derniers sont très soumis à l’offre alimentaire qu’on leur impose. De nombreuses études montrent que les Français souhaitent acheter des produits bons pour leur santé, mais que ce n’est pas toujours possible. Pour beaucoup, le critère principal reste le prix : un paquet de gâteaux en promotion peut être nécessaire pour une famille qui ne peut pas se permettre un goûter équilibré pour ses enfants (pain complet, miel, tablette de chocolat, yaourt nature, par exemple). »
Le gouvernement devrait-il agir pour diversifier les produits bénéficiant de promotions ?« Oui, car les promotions constituent un levier efficace et immédiat pour orienter l’offre alimentaire. Si la loi Egalim a encadré les promotions en volume et sur le prix, il n’existe pas de régulation sur leur qualité. Il serait souhaitable que le gouvernement exige qu’au moins 50 % des promotions concernent des produits bons pour la santé. »
(*) France Assos Santé, Réseau Action Climat, Fédération française des diabétiques, Collectif national des associations d’obèses, la Confédération syndicale des familles, l’Union nationale des associations familiales.


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