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Charaf-Din Aberouz est accusé d’avoir visé l’avocat en 2023 pendant le procès de l’attentat de Magnanville à l’issue duquel son frère, Mohamed Lamine Aberouz, a été condamné à la perpétuité.
Un islamiste condamné pour terrorisme et poursuivi pour avoir menacé un avocat… L’affaire jugée à Paris le 4 mai sort de l’ordinaire. Selon l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, Charaf-Din Aberouz assistait au procès de son frère Mohamed Lamine le 6 octobre 2023 quand il aurait menacé de mort Me Thibault de Montbrial. Le prévenu est accusé d’avoir désigné le banc des parties civiles en disant à son frère : « T’inquiète, il est mort » et « en faisant un geste d’égorgement avec l’index ».
Le profil des personnes concernées est symbolique. Celui de la cible d’abord, clairement identifiée comme un adversaire des islamistes. Me de Montbrial, qui a porté plainte et est représenté par Me Georges Sauveur, est un habitué du banc des parties civiles dans de nombreux procès terroristes. Fondateur du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, il fait l’objet de mesures de protection depuis plus de dix ans en raison de sa dénonciation précoce du risque djihadiste. Le Conseil de l’ordre a décidé que l’Ordre des avocats de Paris se constituerait partie civile à ses côtés.
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La personnalité du prévenu est tout aussi symbolique. Charaf-Din Aberouz, né le 4 août 1986 à Meulan (Yvelines) est une figure de la mouvance islamiste. Entre 2006 et 2023, il a été condamné à cinq reprises pour des faits de droit commun (vol en réunion, violences aggravées, recel, menaces de mort contre un policier de la DGSI). Sans oublier, le 30 septembre 2013, une peine de cinq ans de prison pour « association de malfaiteurs » terroriste en lien avec sa participation à une filière d’acheminement de djihadistes en zone afghano-pakistanaise.
Nouvelles filières afghanes
En janvier 2011, Charaf-Din Aberouz avait été interpellé au Pakistan. Sa filière visait à envoyer des volontaires se former au Pakistan avait d’aller combattre contre la coalition alliée en Afghanistan. Sans exclure, selon la justice, « un retour en France afin de commettre un attentat ». À l’époque, les spécialistes de l’antiterrorisme évoquaient les « nouvelles filières afghanes » après celles de feu Ben Laden. Des réseaux utilisés, depuis Toulouse et via un autre groupe, par un certain Mohamed Merah.
Détail important : Charaf-Din Aberouz aurait à l’époque recruté Larossi Abballa, également condamné en 2013. Trois ans plus tard, Abballa assassinait à leur domicile de Magnanville (Yvelines) deux policiers, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider. Au cours de l’enquête, Charaf-Din Aberouz a été mis en examen et placé en détention provisoire avant de bénéficier d’un non-lieu.
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En revanche, Mohamed Lamine Aberouz a lui été condamné en première instance en 2023 puis en appel en 2025 à la réclusion criminelle à perpétuité pour son rôle dans l’attentat.
Intimidation
Et c’est précisément au cours du premier procès de l’attentat de Magnanville, du 25 septembre au 11 octobre 2023, que les menaces de mort du grand frère Aberouz auraient été proférées. Les débats avaient été mouvementés, l’avocat de l’Association française des victimes du terrorisme, Me Antoine Casubolo-Ferro, évoquant « la peur manifeste imposée depuis la salle et au premier rang du public par le frère aîné de l’accusé ». Le 5 octobre 2023, la Cour entend trois témoins qui, devant les enquêteurs, ont déclaré que l’accusé Mohamed Lamine Aberouz était un islamiste radical. Devant la cour, les témoins se font beaucoup moins catégoriques. Le président s’étonne que leurs déclarations soient très en retrait de leurs propos sur procès-verbal.
Avocat de la famille de Jessica Schneider et de la Fenvac, Me Thibault de Montbrial demande alors à l’un des témoins s’il est intimidé par la présence de Charaf-Din Aberouz. Protestations de la défense, suspension d’audience…
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Le 6 octobre, nouvel incident. Les avocats de la défense dénoncent la « partialité » du président, Me de Montbrial intervient et le ton monte. D’où une nouvelle suspension d’audience. S’appuyant sur le témoignage de plusieurs militaires, un rapport de la gendarmerie en charge de la sécurité du palais de justice indique que, dans la confusion, Charaf-Din Aberouz s’est approché du box et, désignant le banc de la partie civile, a proféré la menace qui lui vaut d’être jugé. Pour la justice, le recoupement des témoignages ne laisse pas de doute sur la cible.
L’exploitation des téléphones portables saisis au domicile de Charaf-Din Aberouz est également éclairante. On retrouve dans la corbeille d’un des appareils le cliché « en date du 12 octobre 2023 d’un écran de télévision sur lequel apparaissait la mère de Jessica Schneider et derrière elle son avocat Me de Montbrial ». Le lien d’une interview de l’avocat est par ailleurs « envoyé à treize contacts, parmi lesquels Armand Rajabpour Miyandoab, auteur de l’attentat du 2 décembre 2023 perpétré sur le pont Bir-Hakeim à Paris ».
Absence
Selon l’ordonnance, où il est précisé que l’avocat « était bien visé par les menaces dont la matérialité a été démontrée », « le fait que Charaf-Din Aberouz ait envoyé un lien relatif à une vidéo où apparaissait la partie civile à un individu ayant commis un attentat quelques semaines plus tard ne peut que conforter de façon particulièrement inquiétante les différents témoignages recueillis au cours de l’enquête et de l’instruction ».
Mon client veut comparaître mais il est déchu de sa nationalité et son retour est empêché par les autorités marocaines
Me KhankanAvocat de Charaf-Din Aberouz, Me Sami Khankan souligne que son client « conteste formellement les faits. Il a déposé plainte pour faux en écriture publique ». Les débats, qui s’annonçaient animés, s’ouvriront en outre en l’absence du prévenu. Déchu de la nationalité française en février 2025, il a été autorisé par la justice à se rendre au Maroc en octobre mais ne peut revenir en France. « Mon client veut comparaître, souligne Me Khankan, mais il est déchu de sa nationalité et son retour est empêché par les autorités marocaines. La justice a autorisé ce voyage et la question est de savoir si, en France, l’autorité judiciaire doit se soumettre à l’autorité administrative. » La défense va demander un renvoi et, s’il est refusé, devrait se retirer. Le tribunal pourrait alors décider de juger en « contradictoire à signifier » ou de renvoyer sine die.


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