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- « Un problème structurel » : les communes françaises de plus en plus vulnérables face ...
Coincées entre des catastrophes naturelles en augmentation et des primes d’assurance qui explosent, les communes françaises cherchent une échappatoire. Selon l’ONG Reclaim Finance, un quart sont vulnérables face aux conséquences du réchauffement climatique.
Jean-Michel Lahire - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
« Un monde plus chaud de quatre degrés sera impossible à assurer », avait prévenu Henri de Castries, l’ancien PDG d’Axa. C’était en 2015, à la veille de la signature de l’Accord de Paris, lorsque l’espoir semblait encore permis de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5 °C. Dix ans plus tard, le ministère de la Transition écologique publiait son troisième plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), en retenant le scénario d’une France plus chaude de quatre degrés à la fin du siècle. Catastrophes plus fréquentes, cotisations qui s’envolent, impossibilité de trouver des assurances : pour les communes, les conséquences de ce réchauffement sont déjà perceptibles. Une cartographie inédite réalisée par l’ONG Reclaim Finance et Data for good, assurermaville.fr, révèle ce mercredi que plus d’un quart des communes françaises sont vulnérables aux événements climatiques extrêmes.
Plus de 8 communes sur 10 ont vu leurs dépenses d’assurances augmenter entre 2020 et 2024, parfois dans des proportions impressionnantes. Inondé en novembre 2023, le village de Millam (Nord) a vu ses primes quasiment tripler l’année suivante. Les grandes villes ne sont pas davantage épargnées. En quatre ans, Nîmes (Gard) a vu ses dépenses d’assurance augmenter de 130 %. « C’est un problème structurel, qui concerne énormément de communes. Et dans celles qui ont connu des baisses, ces dernières ne sont pas dues à la générosité des assureurs mais souvent à des résiliations de contrats ou des baisses de garanties. Face à l’augmentation des prix, certaines communes sont contraintes d’abandonner elles-mêmes leur assurance », explique Tom Hauser, chargé de campagne à Reclaim Finance.
Un marché dominé par deux mutuelles
Le cas de Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes), ravagée par une coulée de boue en octobre 2020, est emblématique. Le montant des primes a explosé au point que le maire a renoncé depuis janvier à faire assurer les bâtiments municipaux. La commune poursuit par ailleurs en justice son ancien assureur qui a indemnisé la commune à hauteur de six millions d’euros avant de résilier le contrat, et refuse de verser un centime de plus. Les dégâts de la tempête Alex ont été estimés par la mairie à 30 millions d’euros. La problématique est identifiée depuis longtemps. « Du fait du défaut de concurrence, les collectivités sont en pratique forcées de se soumettre en cas de hausse de tarifs ou d’autres modifications contractuelles », notait Jean-François Husson, sénateur de Meurthe-et-Moselle, dans un rapport d’information remis en mars 2024.
Seuls deux assureurs mutualistes, Groupama et la SMACL (filiale depuis 2022 de la Maif) se partagent le marché des collectivités territoriales, moins lucratif que celui des entreprises et des particuliers. Pour aider les communes à trouver un assureur, le gouvernement a mis en place en juillet 2025 un guichet unique. En novembre, ce dernier a indiqué avoir fait l’objet de 85 saisines durant ses cinq premiers mois d’activité - un chiffre modeste par rapport aux 1 500 communes sans assureur recensées en janvier 2025 par l’AMF (Association française des maires).
Vers une explosion du nombre de sinistres
De tous les pays de l’UE, la France est celui qui a enregistré le plus de catastrophes naturelles depuis le début du XXe siècle. Et la tendance est à la hausse. Depuis 2020, environ la moitié des communes françaises ont demandé l’état de catastrophe naturelle. La Fédération française de l’assurance a estimé que le montant global des sinistres dus aux évènements naturels pourrait atteindre 143 milliards d’euros pour la période 2020-2050, contre seulement 74 milliards pour la période 1989-2019. Plus d’un tiers de cette hausse serait directement imputable au réchauffement climatique. Le coût des sinistres liés à la sécheresse, en particulier, serait amené à tripler. Selon la dernière carte établie par le BRGM, 55 % du territoire hexagonal est désormais exposé à un risque moyen ou élevé de retrait gonflement des argiles (RGA).
Face à la situation, Reclaim Finance pointe la responsabilité des assurances, mais aussi celle de l’État. « Seule une commune sur trois dispose d’un plan de prévention des risques naturels. Ce n’est pas du tout suffisant, sachant qu’environ 2 000 communes seulement disposent d’un plan RGA alors que c’est le risque le plus proéminent », reprend Tom Hauser.
Comment les communes sont-elles indemnisées ?
Écoles, mairies, églises, stades, locaux techniques, monuments, bibliothèques… On estime à plus de 53 000 le nombre de bâtiments tertiaires possédés par les collectivités locales. Mais contrairement aux particuliers, ces dernières n’ont aucune obligation de les faire assurer. Dans les faits, les dommages aux biens sont généralement intégrés, aux côtés de garanties obligatoires comme la responsabilité civile, dans les assurances multirisques conclues par les collectivités. Les situations d’autoassurance sont plus souvent subies que choisies.
Selon un rapport sur l’assurabilité des biens des collectivités locales, rendu en 2024 par le maire de Vesoul Alain Chrétien et l’ancien président de Groupama Jean-Yves Dagès, les dépenses d’assurance des communes se sont élevées en 2022 à plus de 541 millions d’euros, dont plus de la moitié supportés par les communes de moins de 5 000 habitants. C’est pour ces dernières que l’effort financier est le plus important. En 2022, les dépenses d’assurance des petites communes représentaient 1,5 % de leur budget, soit deux ou trois fois plus que les autres.
Depuis janvier 2025, la surprime “Cat Nat” a également fait l’objet d’une revalorisation significative. Pour les bâtiments, son taux est passé de 12 % à 20 %. Objectif ? Renflouer le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, que les inondations répétées et le coût croissant de la sécheresse avaient fini par rendre déficitaire. Longtemps de l’ordre d’un milliard d’euros par an (chiffre qui inclut les dommages subis par les particuliers, les entreprises et les collectivités), les indemnités versées dans le cadre du régime oscillent ces dernières années entre deux et trois milliards. Au moins la moitié de ces sommes sont prises en charge par la Caisse centrale de réassurance (CCR), qui perçoit une partie de la surprime “Cat Nat”.


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