Un champ voué à devenir une zone industrielle. Des pelleteuses, des relevés préventifs de routine. Et puis, sous la terre du sud-ouest de la Slovaquie, un pan entier d’histoire romaine a resurgi : un camp militaire de 7,4 hectares, resté invisible pendant près de 1 800 ans, avec à l’intérieur les traces macabres de soldats jetés dans des puits après leur mort.
Près de la ville de Šurany, dans le sud-ouest de la Slovaquie, un terrain devait accueillir un futur parc industriel. Avant de bétonner, place aux fouilles préventives. Personne ne s’attendait à ce qui allait surgir du sol. Les archéologues de l’Institut d’archéologie de l’Académie slovaque des sciences (SAV), en partenariat avec l’entreprise publique MH Invest, ont mis au jour un camp de campagne romain qui date de la seconde moitié du IIe siècle. Un camp militaire romain datant de la seconde moitié du IIe siècle, datant probablement de la période des guerres marcomanes (entre 166 et 180). Le site, précise le directeur de l’institut, comble une lacune importante dans notre compréhension des activités romaines sur le territoire situé au nord du Danube durant le dernier tiers du IIe siècle.
À retenir
- Un camp romain complet émerge du sol slovaque après dix-huit siècles d’oubli
- Les archéologues découvrent des squelettes jetés dans des puits sans rites funéraires
- Du matériel militaire romain intact n’a jamais été récupéré après l’abandon du site
Sommaire
- Un vestige des guerres les plus violentes du règne de Marc Aurèle
- Des soldats jetés dans des puits, sans sépulture digne
- Des armes intactes, jamais récupérées après la bataille
- Un chantier hors norme, encore loin d’être terminé
Un vestige des guerres les plus violentes du règne de Marc Aurèle
Pour comprendre ce que ce champ cachait, il faut revenir aux guerres marcomanes. Pour comprendre ce camp, il faut remonter aux guerres marcomanes. Entre 166 et 180 après J.-C., l’Empire romain affronte les tribus germaniques installées au nord du Danube, notamment les Marcomans, dans les actuelles Slovaquie et République tchèque. Une série de conflits longs et brutaux. Rome y a également affronté les Quades et les Iazyges, peuples sarmates installés le long de la même frontière. À la tête des légions, un empereur que l’on associe davantage à la philosophie qu’au champ de bataille : l’empereur Marc Aurèle, figure du stoïcisme et souverain-philosophe. Il règne de 161 à 180. Les combats ne s’apaiseront qu’à sa mort, lorsque son fils Commode choisira de négocier la paix. Un détail glaçant quand on sait que les corps retrouvés à Šurany n’ont, eux, jamais eu droit à une paix funéraire digne de ce nom.
Le camp de Šurany n’est d’ailleurs pas une découverte isolée. Il s’agit seulement de la deuxième installation militaire romaine jamais trouvée dans l’ouest de la Slovaquie ; la première, découverte en 2024 près de Želiezovce dans la région du Hron, est le site où, selon certains historiens, Marc Aurèle aurait rédigé une partie de ses Méditations pendant sa campagne militaire. On retrouve aussi, dans ce même contexte régional, l’inscription latine gravée sur le rocher du château de Trenčín en 179, autre témoin de cette présence militaire romaine au nord du limes danubien.
Des soldats jetés dans des puits, sans sépulture digne
Ce qui rend Šurany exceptionnel, ce n’est pas seulement sa taille. C’est ce que les archéologues ont trouvé à l’intérieur des structures du camp. Des squelettes complets et des restes humains désarticulés ont été découverts dans des fossés défensifs, des fosses de stockage, d’éventuels puits, et des tombes peu profondes creusées à la hâte. Une découverte que l’équipe de recherche elle-même qualifie d’extraordinaire : « Nous avons l’occasion unique d’explorer pratiquement l’intégralité d’un camp de marche romain, ce qui est extrêmement rare dans le contexte européen », souligne Matej Ruttkay.
Le mystère reste entier sur les circonstances exactes de ces morts. Michal Cheben, membre de l’équipe, résume les interrogations qui hantent désormais les chercheurs : « Nous sommes désormais confrontés à plusieurs questions. Qui étaient ces personnes enterrées ? Quelle était la cause de leur décès ? Pourquoi les corps étaient-ils souvent jetés dans des structures profondes telles que des fosses de stockage ou des puits ? Quel rôle ont joué les maladies, et quel rôle ont joué les blessures de guerre ? » Une hypothèse tient particulièrement la corde : un abandon brutal du camp après un affrontement violent, sans que la piste de l’épidémie soit pour autant écartée.
Des armes intactes, jamais récupérées après la bataille
Autre anomalie qui intrigue les scientifiques : le matériel militaire retrouvé aux côtés des morts n’a jamais été pillé, alors que c’était pourtant la norme dans l’Antiquité. Helmet fragments, spearheads, legionary brooches, pieces of segmented and scale armor, and other military equipment étaient enterrés là, alors que normalement, un tel équipement de valeur aurait été récupéré après une bataille. Michal Cheben s’interroge d’ailleurs directement là-dessus : « Pourquoi avons-nous trouvé un certain nombre d’objets rares pour cette période ? Pourquoi n’ont-ils pas été pillés à l’époque ? »
Le camp livre aussi des indices plus intimes sur le quotidien des légionnaires. Les empreintes de chaussures romaines retrouvées dans le sol se sont révélées particulièrement précieuses : les restes préservés de chaussures romaines ont permis aux experts d’estimer la pointure des soldats. Sur le plan architectural, le site réserve également une surprise de taille : contrairement aux camps romains habituellement rectangulaires et standardisés, celui de Šurany présente un tracé irrégulier. Les archéologues y ont toutefois identifié tous les éléments défensifs typiques de ce type d’installation, parmi lesquels cinq portes d’accès, le fossé et le rempart périphériques, ainsi qu’une structure d’entrée unique appelée clavicula, un dispositif de protection courbe documenté pour la première fois sur le territoire de l’actuelle Slovaquie.
Un chantier hors norme, encore loin d’être terminé
Le camp de Šurany n’est que la partie visible d’un chantier archéologique gigantesque. Découvert lors de l’une des plus grandes fouilles archéologiques jamais menées en Slovaquie, où les chercheurs ont examiné plus de 150 hectares à l’intérieur du futur parc industriel de Šurany, les travaux se poursuivant sur les terrains voisins. Les fouilles, entamées en mars 2025, se poursuivent aujourd’hui encore, et l’analyse complète du matériel exhumé mobilisera des laboratoires dans plusieurs pays. Certains artefacts fragiles ont même été radiographiés directement à l’intérieur de blocs de terre, avant d’être extraits, afin de ne pas les endommager.
Reste à savoir ce que révéleront les futures analyses génétiques et anthropologiques sur l’identité de ces soldats anonymes, tombés à des milliers de kilomètres de Rome pour une frontière que l’empire finira par abandonner quelques décennies plus tard. Un projet qui, selon les chercheurs eux-mêmes, s’étalera encore sur plusieurs années avant de livrer tous ses secrets.
Sources : franceinfo.fr | x.com


4 day_ago
39



























.jpg)






French (CA)