Huit à dix boules de feu foncent vers un chasseur américain au-dessus de Strasbourg, un soir de novembre 1944. Le radar au sol ne capte rien. Les orbes suivent l’avion, manœuvrent, puis s’évanouissent. L’équipage se tait, de peur d’être cloué au sol. Cette nuit-là, le mystère des « foo fighters » commence.
La nuit où huit sphères lumineuses ont pris un Beaufighter en chasse
Nous sommes en novembre 1944, quelque part au-dessus de la vallée du Rhin, non loin de Strasbourg. À bord d’un Bristol Beaufighter de la 415th Night Fighter Squadron, trois hommes scrutent l’obscurité. Le lieutenant Ed Schlueter tient les commandes. À ses côtés, le lieutenant Fred Ringwald, officier de renseignement, et le lieutenant Donald J. Meiers, observateur radar.
Soudain, huit à dix boules de feu apparaissent et foncent droit vers l’appareil. Des lumières vives, orange, qui semblent défier toute logique. Aucun autre avion n’est visible dans le ciel. Et surtout, le radar au sol ne détecte absolument rien.
Les orbes accompagnent le chasseur, effectuent des manœuvres, puis disparaissent aussi vite qu’elles étaient venues. Pas d’explosion, pas d’attaque. Rien qu’une présence lumineuse, silencieuse, comme une forme de surveillance. L’équipage regagne sa base sans la moindre explication rationnelle à offrir.
Parler, c’était risquer d’être déclaré inapte au combat
Face à l’inexplicable, les trois hommes font un choix : le silence. Décrire des boules de feu poursuivant leur avion, sans preuve radar, revenait à s’exposer à un diagnostic redoutable. Celui de « fatigue de combat », ce que les Américains appelaient le combat fatigue.
Le risque était concret. Un médecin militaire pouvait juger l’équipage inapte et le clouer au sol. Pour des pilotes de chasse en pleine guerre, c’était une sanction lourde. Mieux valait donc se taire que passer pour des esprits égarés par l’épuisement.
Mais le silence n’a pas tenu longtemps. D’autres aviateurs de l’escadron ont vécu des expériences similaires. Les lieutenants Henry Giblin et Walter Cleary ont rapporté avoir vu une grande lumière rouge. Peu à peu, les signalements se sont multipliés au sein de l’unité, jusqu’à devenir impossibles à ignorer.
Une bande dessinée pour baptiser l’inexplicable
Comment nommer un phénomène que personne ne comprend ? Les pilotes ont trouvé leur réponse dans la culture populaire de l’époque. Le terme « foo fighters » vient tout droit d’une bande dessinée américaine, Smokey Stover, signée Bill Holman.
Dans cette série, le héros pompier avait pour habitude de se présenter comme un foo fighter au lieu de firefighter. Un jeu de mots absurde, qui collait parfaitement à ces lumières tout aussi absurdes. Le surnom s’est imposé naturellement dans les rangs.
Ce baptême désinvolte cachait une réalité troublante. Les observations ne se limitaient pas à la nuit. Des pilotes de P-47 ont décrit, à l’ouest de Neustadt, des sphères dorées et phosphorescentes en plein jour. Harold F. Augspurger, commandant de l’escadron, a lui aussi évoqué des lumières blanches, rouges ou vertes, tout bonnement impossibles à rattraper.
Ni fusée, ni bombe volante : pourquoi les explications s’effondrent
Très vite, les militaires ont cherché une cause logique. Mais chaque hypothèse s’est heurtée à un mur. Les fusées éclairantes ? Impossible : elles ne peuvent ni tourner, ni plonger, ni suivre un avion. Les orbes, elles, manœuvraient.
Les bombes volantes ? Écartées à leur tour, car aucune détonation n’a jamais accompagné ces apparitions. Les flammes d’échappement d’autres appareils ? Cela n’expliquait ni les couleurs changeantes, ni les trajectoires, ni l’absence de tout avion visible autour.
Fait troublant, les témoins venaient des deux camps, Alliés comme Axe. Pilotes américains, britanniques ou japonais ont décrit ces mêmes boules lumineuses, blanches, jaunes ou rouges. Du côté britannique, une commission d’étude créée par la Royal Air Force a même été mise sur pied durant les hostilités, avant d’être officiellement close en 1944.
Ce que ces orbes n’ont jamais fait, et ce qui reste ouvert
Un détail revient dans presque tous les récits : ces boules de feu n’attaquaient jamais et n’explosaient pas. Elles observaient, suivaient, puis repartaient. Cette passivité constante intrigue autant qu’elle rassure. Des décennies plus tard, plusieurs pistes ont été avancées pour tenter d’y voir clair.
L’une des hypothèses évoque des plasmas, des gaz ionisés attirés par l’activité électromagnétique. Une autre imagine des plasmas poussiéreux nés de météores. D’autres explications ont circulé : foudre en boule, feu de Saint-Elme, reflets sur des cristaux de glace, fatigue visuelle des pilotes, ou encore fusées V-2 et armes secrètes.
Le problème, c’est qu’aucune de ces pistes ne tient face à tous les cas. Certains objets sont décrits comme solides, capables de virages brusques et d’accélérations extrêmes. De quoi résister à l’idée d’un simple phénomène gazeux. Les pilotes, eux, n’ont jamais tranché : plasma, technologie ennemie ou visiteurs venus d’ailleurs, personne ne savait.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, aucune explication n’a définitivement refermé le dossier. Considérés aujourd’hui comme des ancêtres des OVNIS dans la culture populaire, les foo fighters continuent de hanter les archives. Alors, plasma capricieux ou énigme d’un tout autre ordre ? Ces boules de feu de Strasbourg n’ont, à ce jour, toujours pas livré leur secret.


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