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Les prochaines élections générales au Québec seront déclenchées dans un peu plus de trois mois, et on ne sait toujours pas quelles seront les circonscriptions qui seront mises au jeu ni même combien de parlementaires seront élus.
Le député indépendant de Saint-Jérôme, Youri Chassin, a bloqué jeudi après-midi l'adoption accélérée du projet de loi 3, déposé la journée même par le ministre responsable des Institutions démocratiques, Jean-François Roberge, pour établir une nouvelle carte hybride, différente de celle publiée dans la Gazette officielle en janvier.
Ce faisant, M. Chassin a fait preuve de courage, a estimé le directeur général des élections du Québec (DGEQ), Jean-François Blanchet, vendredi, à Première heure, la matinale d'ICI PREMIÈRE dans la Capitale-Nationale.
C’est un député. On est dans une démocratie, il a le droit de s’exprimer. Donc, je ne commenterai pas le côté politique encore de la chose, mais il a quand même eu un certain courage de faire ça, a reconnu M. Blanchet au micro d'Alexandre Duval.
Le DGEQ, depuis jeudi, se désole de l'accord conclu entre le gouvernement Fréchette et les trois groupes d'opposition à l'Assemblée nationale, qui aimeraient imposer une nouvelle carte hybride prévoyant entre autres la sauvegarde de deux circonscriptions en Gaspésie et à Montréal.
La Loi visant à assurer la représentation effective des électeurs, qui découle de cette entente, aurait normalement dû être adoptée dès jeudi. Mais c'était sans compter Youri Chassin, qui n'a pas donné son consentement à cette procédure dite accélérée pour laquelle l'aval de tous les parlementaires est requis.
Et maintenant? On est encore dans le néant, a répondu le DGEQ à Première heure, vendredi. Le projet de loi 3 devra vraisemblablement passer à travers plusieurs étapes, mais il ne reste plus que quatre semaines de travaux à la législature, dont deux seront consacrées à l'étude des crédits budgétaires.
Le temps presse, d'autant qu'il est prévu dans la loi que des élections doivent être déclenchées au plus tard le 29 août prochain.
Inquiet, le DGEQ avait d'ailleurs transmis une lettre aux cinq partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, le 24 avril, pour leur faire part de ses préoccupations concernant l'« intégrité » du scrutin, mis à mal, selon lui, par la volonté des élus de redécouper les circonscriptions du Québec à la onzième heure.
En entrevue à Midi info, M. Blanchet avait déclaré jeudi que, même s'il n'était pas d'accord avec la démarche, le projet de loi 3 ne devrait pas mettre en péril l'organisation des élections. Mais c'était avant que Youri Chassin s'oppose à son adoption accélérée, repoussant le débat à une date indéterminée.
Envers et contre tous
Le projet de loi 3 prévoit de faire passer de 125 à 127 le nombre de députés, ce que les rénovations actuelles du Salon bleu, qui devraient se terminer l'automne prochain, rendront possible.
S'il est adopté, 12 circonscriptions seront maintenues telles quelles, alors que les 115 autres seront tirées de la carte établie en janvier. Et comme deux sièges seraient ajoutés au Parlement, la création de Bellefeuille, dans les Laurentides, et de Marie-Lacoste–Gérin-Lajoie, dans le Centre-du-Québec, ne serait pas compromise.
Cette solution hybride résulte d'un accord conclu par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) avec le Parti libéral du Québec (PLQ), Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ).
Des cinq principales formations québécoises, seul le Parti conservateur du Québec (PCQ) s'y oppose. Or, son unique députée, Maïté Blanchette Vézina, s'était absentée pour des raisons personnelles, jeudi, à Québec.

La carte électorale du Québec est le sujet de nombreux débats depuis septembre 2023.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
C'est dans ces circonstances que Youri Chassin, cette journée-là, a résisté seul à l'adoption accélérée du projet de loi, provoquant de la colère au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Mais il s'en est fallu de peu, car le gouvernement a tenté de redéposer une motion à cet effet, plus tard dans l'après-midi.
M. Chassin était au téléphone dans l'antichambre du Salon rouge lorsqu'il s'est aperçu, grâce à une télévision qui retransmettait les débats, qu'il se passait quelque chose, a-t-il raconté à Midi info, vendredi.
Ce n'est qu'en reprenant son siège qu'il a compris que des députés avaient voulu profiter de son absence pour adopter le projet de loi 3.
Chassin espère réveiller des consciences
Youri Chassin, qui a quitté le caucus de la CAQ en 2024, a déjà annoncé qu'il ne se représentera pas aux élections. Mais il a fait du débat sur la carte électorale du Québec une question de principe, estimant qu'il était important de veiller à l'indépendance du processus de redécoupage, que supervise le DGEQ.
Il espère à ce titre convaincre d'autres députés de ne pas voter en faveur du projet de loi 3 d'ici la fin de la session, le 12 juin. J'espère que ça va réveiller peut-être des consciences, a-t-il confié à Alec Castonguay.
Le dépôt du projet de loi du ministre Roberge s'inscrit dans une saga qui dure depuis près de trois ans et au cours de laquelle la CAQ, le PLQ, QS et le PQ ont tenté une première fois d'annuler le processus de redécoupage, en 2024, en adoptant la loi 59, qui a depuis été invalidée par la Cour d'appel et par la Cour suprême.
Celle-ci a été déclarée inconstitutionnelle sous la pression de plusieurs groupes d'élus locaux issus de régions s'estimant sous-représentées à l'Assemblée nationale, comme les Laurentides, l'Estrie et l'Outaouais.


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