Des millions de personnes prennent de la mélatonine en pensant que c’est parfaitement inoffensif — après tout, c’est une hormone que le corps produit lui-même. Mais les experts alertent : les doses vendues en pharmacie dépassent parfois 30 fois la production naturelle nocturne, les étiquettes sont souvent inexactes, et un effet méconnu peut provoquer un décalage horaire artificiel sans jamais quitter son domicile.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi la dose de mélatonine que vous prenez est probablement bien trop élevée — et ce que ça fait à votre horloge biologique
- Pourquoi les étiquettes des suppléments de mélatonine peuvent indiquer des concentrations allant de 74 % à 347 % de la dose réelle
- Ce que les scientifiques pensent vraiment de la mélatonine chez les enfants — et pourquoi les données manquent
Vous produisez 0,3 mg par nuit — et vous en prenez jusqu’à 10
La mélatonine est une hormone produite par le cerveau en réponse à l’obscurité. Elle signale à l’organisme qu’il est temps de dormir — sans provoquer de somnolence forte, mais en préparant progressivement le corps au repos.
Un adulte en produit naturellement environ 0,3 milligramme par nuit.
Les suppléments vendus en pharmacie dosent généralement entre 1 et 10 milligrammes. Soit entre 3 et 33 fois la production naturelle.
« La façon dont les gens la prennent les intoxique« , dit Margarita Dubocovich, chercheuse en mélatonine à l’Université de Buffalo depuis 40 ans.
Le problème que personne ne vous dit
La mélatonine ne fait pas dormir comme un somnifère classique. Son effet sur la somnolence est léger. Son vrai rôle, c’est de réguler l’horloge biologique interne — le rythme circadien de 24 heures qui gouverne la température corporelle, la digestion, les hormones et des dizaines d’autres fonctions.
C’est précisément pourquoi elle aide contre le décalage horaire : prise au bon moment, elle avance ou retarde l’horloge biologique pour la synchroniser avec un nouveau fuseau horaire.
Mais prise au mauvais moment — trop tôt dans la soirée, ou au milieu de la nuit — elle peut perturber ce même rythme circadien. L’organisme reçoit un signal contradictoire. Le résultat : une forme de décalage horaire artificiel, sans avoir pris l’avion.
Somnolence diurne, irritabilité, troubles digestifs, difficultés de concentration, insomnie — les symptômes sont exactement ceux d’un voyage transatlantique subi depuis son canapé.
« L’impact de la mélatonine sur le rythme circadien ne semble pas être vraiment reconnu ni compris par le grand public« , observe Helen Burgess, chercheuse en rythme circadien à l’Université du Michigan.
Crédit : Crédits : Jorge Martinez/istock
Des étiquettes peu fiables — et personne n’est obligé de le dire
Aux États-Unis, la mélatonine est classée comme complément alimentaire — pas comme médicament. La FDA n’évalue ni l’innocuité, ni l’efficacité, ni la qualité de fabrication avant la mise sur le marché.
Les conséquences sont concrètes. Les recherches du Dr Pieter Cohen, de la faculté de médecine de Harvard, montrent que la concentration réelle en mélatonine dans les produits peut varier entre 74 % et 347 % de la valeur indiquée sur l’étiquette. Vous pensez prendre 3 mg — vous en prenez peut-être 10, ou peut-être 2.
Par contraste, au Royaume-Uni et en Australie, la mélatonine est réglementée comme un médicament, avec des exigences d’étiquetage et de fabrication beaucoup plus strictes.
Les enfants : un cas particulièrement préoccupant
Près d’un enfant d’âge scolaire américain sur cinq utilise régulièrement de la mélatonine comme somnifère. Cette tendance inquiète les scientifiques pour plusieurs raisons.
Les données sur l’innocuité à long terme chez les enfants sont quasi inexistantes. La mélatonine n’étant pas brevetée, les laboratoires pharmaceutiques n’ont aucune incitation financière à financer des études — « ce n’est pas rentable », résume Debra Skene, neuroendocrinologue à l’Université de Surrey.
Une préoccupation spécifique concerne la puberté. Chez de nombreuses espèces animales, la mélatonine régule la reproduction. Les quelques études menées chez l’humain n’ont pas mis en évidence d’effets clairs, mais aucune n’a suivi les taux hormonaux sur la durée.
Les appels aux centres antipoison américains pour ingestion de mélatonine par des enfants ont explosé ces dernières années — principalement des accidents chez les moins de 5 ans, avec dans certains cas des symptômes graves comme des convulsions ou une insuffisance respiratoire.
Ce que les experts recommandent vraiment
Le consensus des chercheurs interrogés converge vers quelques principes pratiques.
Prendre la mélatonine à faible dose — autour de 0,5 à 1 mg plutôt que 5 ou 10 — juste avant le coucher, pas au milieu de la nuit. Choisir une marque certifiée par la Pharmacopée américaine (USP) pour s’assurer de la concentration réelle. Pour les enfants, consulter un pédiatre avant toute utilisation régulière.
Et surtout, ne pas la considérer comme un simple complément sans conséquences.
« On en fait la promotion comme s’il n’y avait absolument aucun risque« , dit Cohen. « Et c’est là que les problèmes peuvent survenir.«


1 month_ago
115



























.jpg)






French (CA)