Un fort préhistorique irlandais vieux de plus de 3 000 ans vient d’être réinterprété comme l’un des premiers centres proto-urbains d’Europe occidentale. Le fort de Haughey, près d’Armagh, abritait plus de 200 structures, d’immenses bâtiments communautaires et des liens commerciaux avec l’Espagne et l’Europe centrale — bien avant ce qu’on croyait possible à cette époque.
Ce que vous allez apprendre
- Quelles structures et pratiques révèlent que ce site était bien plus qu’un simple oppidum de l’âge du bronze
- Comment une enceinte extérieure de 109 hectares repositionne ce site parmi les plus grands monuments archéologiques des îles britanniques
- Ce que cette découverte change sur notre compréhension de l’organisation sociale et des échanges en Europe de l’âge du bronze
Un site mal compris pendant des décennies
Le complexe préhistorique de Navan, en Irlande du Nord, était principalement connu comme capitale de l’âge du fer de l’Ulster, avec des liens à la littérature médiévale irlandaise. Mais une nouvelle étude publiée dans Antiquity, menée par des chercheurs des universités de Glasgow et Queen’s Belfast, révèle que la région était déjà un centre florissant et complexe bien plus tôt — dès environ 1200 avant J.-C., à la fin de l’âge du bronze.
L’équipe a combiné télédétection avancée, levés géophysiques, fouilles ciblées et réévaluation d’archives pour produire une image radicalement nouvelle du site.
Plus de 200 structures et de grands bâtiments communautaires
Le fort de Haughey, élément central du complexe, révèle à lui seul plus de 200 structures domestiques en bois — un habitat dense et structuré bien plus important que ce qu’on attendrait d’un oppidum classique de l’époque. À proximité se dressaient de grands bâtiments circulaires atteignant jusqu’à 30 mètres de diamètre, très probablement des espaces institutionnels ou communautaires.
Les traces d’activité sont tout aussi éloquentes : travail spécialisé du bronze et de l’or, festins de grande envergure, objets de prestige et importations provenant de régions aussi éloignées que la péninsule Ibérique et l’Europe centrale. La présence de ces objets importés témoigne d’un réseau commercial à longue distance opérationnel dès 1200 avant J.-C.
Crédit : Antiquity (2026).Un paysage organisé
Le fort ne fonctionnait pas isolément. Il s’inscrivait dans un complexe beaucoup plus vaste, dont les éléments ont été réinterprétés grâce aux nouvelles recherches. Les écuries du roi, un bassin artificiel utilisé pour des dépôts rituels — où ont été retrouvés des moules d’armes, des restes d’animaux et des fragments d’os humains — et une allée cérémonielle bordée d’une palissade reliaient physiquement et symboliquement les différents éléments du site.
L’élément le plus spectaculaire est la réinterprétation des terrassements de Creeveroe comme une vaste enceinte extérieure de 109 hectares — l’équivalent de 155 terrains de football — faisant de l’ensemble l’un des plus grands monuments archéologiques connus d’Irlande ou de Grande-Bretagne.
Crédit : Université de GlasgowL’un des exemples les plus clairs de proto-urbanisme en Europe occidentale
Pour James O’Driscoll, maître de conférences en archéologie géospatiale à Glasgow et co-auteur de l’étude, cette découverte change fondamentalement la compréhension du site et de l’Irlande préhistorique. Dans un contexte ouest-européen, le fort de Haughey représente l’un des exemples les plus clairs de grand établissement organisé apparu il y a environ 3 000 ans — montrant que les communautés irlandaises participaient pleinement aux développements de l’Europe de l’âge du bronze, bien loin de l’image isolée qu’on leur prêtait.
Patrick Gleeson, co-auteur à l’Université Queen’s, souligne que le complexe représente l’un des paysages de la fin de l’âge du bronze les plus vastes et cohérents d’Europe occidentale — un système interconnecté structurant habitat, production et rituel dans un cadre monumental unique.


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