L'enseigne de grande distribution va généraliser à tous ses centres auto la conversion des voitures essence au superéthanol à prix abordable. Une alternative vraiment avantageuse ?

Alexis Boyer - Aujourd'hui à 06:30 | mis à jour aujourd'hui à 08:41 - Temps de lecture :

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Un plein pour à peine 30 euros ? C'est la promesse du superéthanol-E85, carburant encore inconnu il y a quelques années et que l'on trouve désormais dans près de la moitié des stations-service de l'Hexagone.

Pour accélérer le mouvement, Leclerc a annoncé cette semaine lancer dans tous ses centres auto une offre de conversion des voitures essence au superéthanol. Sous quelles conditions ? Avec quelles économies à la clé ? On fait le tour de l'habitacle.

Que propose Leclerc ?

La conversion d'un véhicule au superéthanol-E85 consiste à installer un boîter homologué au niveau du moteur, entre le calculateur et les injecteurs, afin d'utiliser de manière optimale l'éthanol. Sans ce boîtier, l'éthanol brûlerait trop rapidement, ce qui vous ferait surconsommer par rapport au carburant classique, sans compter les risques d'usure sous le capot.

Leclerc propose déjà l'intervention dans 50 de ses 126 centres auto. L'entreprise de grande distribution compte l'étendre progressivement à l'ensemble de ses centres, en particulier dans les zones rurales et périurbaines, très dépendantes de la voiture.

« La rendre disponible au plus grand nombre »

« Quand une solution permet à la fois de rouler moins cher et de réduire les émissions, il faut la rendre disponible au plus grand nombre, assène Michel-Edouard Leclerc à Auto moto. C’est ce que nous faisons avec l’E85 et les boîtiers homologués. Notre rôle, c’est de proposer des alternatives concrètes, proches des gens, qui allègent réellement le budget du quotidien. »

Tous les véhicules essence pouvant utiliser du SP95-E10 peuvent être équipés d'un boîtier éthanol (le site bioethanolcarburant.com vous permet de tester la compatibilité). A noter que l'installation n'empêche pas de continuer à utiliser les carburants essence classiques.

Est-ce que c'est rentable ?

Leclerc vend ses boîtiers (de la marque Biomotors) à un tarif de 690 euros, présentant son offre comme « la plus accessible du marché » en comparaison des 800 ou 900 euros habituels.

Avec un prix au litre qui oscille autour des 80 centimes, près d'un euro de moins que l'essence, les économies sont vite au rendez-vous, même si le nouveau carburant induit une certaine surconsommation, de 15 à 25%. Si vous êtes un rouleur moyen, vous pourriez rentrer dans vos frais en un an à peine.

Leclerc, de même que les fabricants de boîtiers, met également en avant les vertus écologiques du nouveau carburant. Le superéthanol ne contient pas plus de 15% d'essence fossile et permet donc à votre véhicule d'émettre 50% de CO2 en moins et jusqu'à 90% de moins de particules fines qu'une voiture roulant au sans-plomb.

Il faut tout de même souligner que le bioéthanol est un carburant issu de la transformation de matières végétales produites par l'agriculture (souvent de la betterave) ; sa production a donc des effets non négligeables sur l'affectation des sols.

Quels sont les risques ?

Principal risque, le prix si compétitif du superéthanol ne tient pas seulement à ses coûts de production mais aussi à un énorme avantage fiscal. « En France, la taxe intérieure sur la consommation d’énergie (TICPE) s’élève à 11,83 centimes par litre sur l’E85, contre 66,29 c€/L sur le SP95-E10 et 68,29 c€/L sur le SP98 », explique l’économiste Patrice Geoffron à La Dépêche.

Or qui dit niche fiscale, dit risque de remise en cause à chaque débat d'orientation budgétaire. Le gouvernement avait d'ailleurs mis l'idée sur la table en octobre dernier, avant que la mesure ne disparaisse dans les palabres qui ont suivi.

La question de l'approvisionnement en cas de hausse de la consommation se pose également, mais les professionnels se veulent rassurants, moins de 1% des terres cultivables françaises étant aujourd'hui consacrées à l'éthanol. 

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