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TRIBUNE - Face à la baisse constante des effectifs inscrits en langues anciennes, une telle mesure enverrait un signal fort aux familles et aux établissements et encouragerait les élèves à franchir le pas vers les humanités, estime Caroline Fourgeaud-Laville, fondatrice de l’association Eurêka.
Caroline Fourgeaud-Laville est fondatrice de l’association Eurêka, qui promeut les langues anciennes auprès des jeunes. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont La Grèce antique en 2025.
J’ai fondé l’association Eurêka car que je suis convaincue de l’importance des humanités dans la formation des jeunes. Cette conviction, nous l’avons traduite en actes grâce aux soutiens de nos adhérents et de nos donateurs. À la rentrée prochaine, Eurêka ouvrira de nouvelles séances à Paris, mais aussi à Saint-Denis et à Nancy, pour tous les enfants de 7 à 10 ans qui veulent s’initier au grec mais aussi découvrir les mythes, et faire leurs premiers pas dans un passé qui leur permettra de déchiffrer le monde d’aujourd’hui. Notre association est une goutte d’eau mais nous sommes en lien avec les professeurs du secondaire et du supérieur qui nous font part de leur inquiétude : les inscriptions diminuent. La question qui se pose aujourd’hui à nous est de savoir si nous avons encore la volonté collective de transmettre les humanités et de les valoriser.
Or cette volonté, notre système éducatif semble la perdre. Année après année, les options de latin et de grec voient leurs effectifs s’éroder et leur place se fragiliser dans les établissements scolaires. Les enseignants se battent, souvent avec une énergie et une imagination remarquables, pour maintenir leurs classes ouvertes. Mais chacun sait que les choix des élèves et de leurs familles sont étroitement liés aux modalités d’évaluation des examens. Lorsqu’une discipline cesse d’être récompensée, elle cesse progressivement, aux yeux de beaucoup, d’exister.
C’est pourquoi je rejoins aujourd’hui, et avec conviction, le collectif de cent vingt-cinq universitaires, enseignants, écrivains, artistes, académiciens et membres de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres qui demande au ministre de l’Éducation nationale le rétablissement des points bonus accordés aux élèves latinistes et hellénistes au baccalauréat.
Cette demande est juste. Les points bonus n’ont jamais constitué un privilège : ils représentaient la reconnaissance d’un engagement volontaire, d’un effort supplémentaire librement consenti pour des disciplines exigeantes. Les élèves qui ont fait le choix de ces langues voient ainsi leur investissement doublement ignoré, au collège comme au lycée. Signal après signal, le message adressé aux familles est le même : ces études sont secondaires. Il faut inverser cette logique, et le rétablissement des points bonus en serait le premier geste clair.
L’enjeu dépasse très largement la question des examens ou des effectifs. Les langues anciennes ne forment pas seulement de bons élèves : elles forment des citoyens éclairés.
Caroline Fourgeaud-LavilleCar l’enjeu dépasse très largement la question des examens ou des effectifs. Les langues anciennes ne forment pas seulement de bons élèves : elles forment des citoyens éclairés. L’étude du grec ou du latin développe la précision du vocabulaire, la rigueur grammaticale, le goût de l’analyse et le sens critique. On apprend à lire lentement dans un monde qui ne valorise plus que la vitesse et l’immédiateté.
Il est même inquiétant qu’à l’heure où l’intelligence artificielle transforme profondément notre rapport au savoir, on affaiblisse précisément les disciplines qui apprennent à penser par soi-même, à interpréter un texte et à exercer son jugement en toute indépendance.
Il y a plus encore. Lire Thucydide, Sophocle, ou Cicéron, ce n’est pas se détourner du présent : c’est l’éclairer. Des hommes et des femmes qui vivaient il y a vingt-cinq siècles posaient déjà les questions qui demeurent les nôtres : qu’est-ce qu’une vie juste ? Comment gouverner sans tyranniser ? Que faire face à la guerre, à l’exil, à la peur ? La France le sait mieux que quiconque : de Montaigne à Jaurès, de Victor Hugo à Simone Weil, les plus grandes intelligences de ce pays ont puisé dans l’héritage grec et latin les ressources intellectuelles nécessaires pour comprendre leur temps et agir sur lui. Affaiblir les disciplines qui transmettent cet héritage, c’est amputer quelque chose d’essentiel à notre capacité collective de jugement.
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Récompenser l’étude du latin et du grec est essentiel. C’est reconnaître que certaines disciplines jouent un rôle irremplaçable dans la formation de l’esprit, de la culture générale et de la citoyenneté. C’est un investissement pour l’avenir, pour nos enfants, pour notre démocratie, pour notre rapport au monde.
Je vous invite à signer et à partager la pétition «Latin et grec : Pour le rétablissement des points bonus !», déjà signée par le collectif. Rappelons que les humanités ne sont pas un ornement du passé. Elles sont l’une des conditions de notre liberté intellectuelle.


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