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Plus de 500 enfants sont aujourd'hui protégés par l'Aide sociale à l'enfance dans le Lot. Signalement, accompagnement, placement, plongée au cœur d'un dispositif sous haute tension
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Par Jean-Claude Bonnemère Publié le 1 mars 2026 à 20h27
Plus de 500 enfants dans le Lot (dont 120 mineurs non accompagnés ou MNA), dont les âges oscillent de la naissance à la majorité et même dans certains cas de figure jusqu’à 21 ans, se voient confiés aux services du Département : l’ASE (aide sociale à l’enfance), œuvrant dans le domaine de la Protection de l’enfance.
« Ce chiffre traduit une hausse des effectifs, entamée à l’issue de la période de Covid, marquée par des tensions accrues dans le cadre familial, se doublant parfois d’un environnement social difficile ! » précise Nelly Ginestet, 1re vice-présidente du Département en charge de l’Action sociale, de la Protection de l’enfance et de la Lutte contre les exclusions, en égrenant quelques éléments de contexte : l’aggravation de la paupérisation et l’augmentation du nombre de familles monoparentales, notamment. Pour autant, l’enfance en danger ne se limite pas à une catégorie socioprofessionnelle ; elle affecte l’ensemble des milieux sociaux. « Ce ne sont pas les familles les plus précaires qui sont concernées par l’enfance en danger ! » reprend l’élue. Les violences intrafamiliales constituent un facteur majeur de signalement. Un enfant peut aujourd’hui être reconnu comme victime même lorsqu’il n’est pas directement visé par les violences. Le simple fait d’en être témoin suffit à caractériser une situation de danger. Longtemps sous-estimée, cette exposition est désormais reconnue comme ayant des conséquences potentiellement durables sur le développement et l’équilibre psychologique des mineurs.
« Tous les services sont organisés dans une logique de recherche de l’intérêt supérieur de l’enfant ».
Face à cette réalité complexe et évolutive de la situation des enfants « se retrouvant en danger », les services départementaux de la protection de l’enfance sont confrontés à des enjeux humains et organisationnels, nécessitant des moyens adaptés et une vigilance renforcée.
Comment sont repérés et pris en charge les enfants en danger
Le repérage des enfants en danger repose sur une vigilance collective. Les personnels de l’Éducation nationale, notamment les enseignants et les équipes éducatives, jouent un rôle clé. En contact quotidien avec les élèves, ils sont tenus de signaler toute situation inquiétante dont ils auraient connaissance. Ces signalements sont adressés à la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du Département, comptant 12 personnes. La CRIP analyse les éléments transmis et évalue le niveau de risque encouru par l’enfant. Si la situation le justifie, la justice peut être saisie. Le juge des enfants ouvre alors une procédure et peut décider, si nécessaire, d’un placement d’office, y compris sans l’accord des parents, afin de garantir la protection du mineur. En fonction de la situation, une mesure éducative pourra suffire. En cas de placement, ce sont les services du Département qui prennent le relais, en optant pour la solution la plus adéquate : soit auprès d’un assistant familial (famille d’accueil) soit au sein d’un établissement. « Tout dépend de la situation de l’enfant dont plusieurs paramètres pris en compte : son vécu, son état de santé… » explique Mélanie Ridel, directrice adjointe des solidarités, en charge de l’enfance, de la famille et de la santé. Dès lors, un large éventail de possibilités s’offre aux services de l’ASE, grâce à une multiplicité de formules d’accueil.
Quant au placement administratif, cas de figure où les parents sont amenés à donner leur accord pour que leur enfant soit pris en charge par les services départementaux, une décision de justice n’est pas nécessaire. Cette mesure vise généralement à prévenir une aggravation de la situation familiale et à accompagner les parents dans leurs difficultés momentanées.
Le signalement, « sonnette d’alarme »
Dès l’instant où un signalement est porté à la connaissance des services sociaux, le placement d’un enfant peut être immédiat si la gravité des faits l’impose, tel qu’évoqué précédemment. Sinon il sera mené une évaluation de la situation de l’enfant sous trois à quatre mois, prenant en compte les avis des parents, de l’entourage, des professionnels qui gravitent autour de la famille.
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Des mesures éducatives pourraient-elles convenir ? Si oui, sous la houlette d’un binôme éducateur – assistante sociale, un travail d’accompagnement sera mené directement avec la famille de l’enfant. Dans le cas contraire, l’enfant sera confié à l’aide sociale à l’enfance en vue d’un placement, lequel s’opérera dès lors qu’une solution apparaissant comme étant « la mieux adaptée à l’intérêt de l’enfant » sera trouvée.
Les référents éducatifs sont chargés du suivi et de l’accompagnement des jeunes, durant toute la période au cours de laquelle ils sont placés sous la protection de l’ASE, que ce soit pour quelques semaines ou plusieurs années.
« Tous les services sont organisés dans une logique de recherche de l’intérêt supérieur de l’enfant ! » renchérit Nelly Ginestet. Pour autant, cet objectif se trouve parfois contrarié face aux réalités d’un manque de places disponibles, que ce soit auprès des établissements spécialisés ou des assistants familiaux. Les services jonglent en fonction de l’âge des enfants, leur situation particulière et les offres disponibles. « Un grand nombre de premiers placements interviennent pour des enfants âgés de 3-4 ans et ces dernières années nous assistons à une augmentation du nombre de placements de grands adolescents, consécutifs à des ruptures familiales… » relève Caroline Martin, directrice du Centre départemental de l’enfance.
245 personnes au service de l’aide sociale à l’enfance dans le Lot
Le Lot compte 156 assistants familiaux (familles d’accueil), des professionnels qui exercent une fonction d’accueil permanent à leur domicile pour un mineur (voire un jeune de moins de 21 ans) séparé temporairement de sa famille.
51 personnes, soit au siège du Département, soit au sein des Maisons départementales des solidarités, interviennent dans le domaine de l’aide sociale à l’enfance, auxquelles s’ajoutent 38 personnes intervenant au Centre départemental de l’enfance, soit un total de 245 agents !
Le rôle du CDE dans le dispositif de l’aide sociale à l’enfance
« Notre cœur de métier, c’est l’urgence de placement, suite à l’ordonnance prise par le Procureur de la République en lien avec les services de l’aide sociale à l’enfance ! » souligne Caroline Martin, directrice du Centre départemental de l’enfance. Le service d’accueil d’urgence, ouvert 24 h sur 24, 7 jours sur 7, compte 14 places, prenant en charge les adolescents, âgés de 12 à 18 ans. « Dans bien des cas de figure, l’adolescent sort de situations traumatiques, avec toutes sortes de problématiques ! » observe Mme Martin. Le séjour de l’adolescent au CDE fait l’objet d’une observation de manière à orienter son devenir dans les meilleures conditions, soit vers un assistant familial, soit vers une Maison d’Enfant à Caractère Social (MECS) un établissement social ou médico-social dédié à l’accueil temporaire d’enfants en difficulté. Avant ses 12 ans, l’enfant sera systématiquement orienté vers un assistant familial.
Le Centre Départemental de l’Enfance (CDE), basé à Cahors, quartier du Payrat, compte également d’autres services.
Des maisons d’enfance et des lieux de vie et d’accueil
Le Département s’appuie sur plusieurs types de structures pour le placement des enfants ; des maisons d’enfance, chacune avec des spécificités propres, à Montcuq, à Figeac, qui elles-mêmes disposent d’antennes locales. Il existe également des hébergements autonomes et semi-autonomes, tel celui implanté à Pradines. S’ajoutent 11 lieux de vie et d’accueil, des unités prenant en compte des profils particuliers d’enfants (spécifique pour des enfants déscolarisés, par exemple), d’une capacité d’accueil de 6 à 8 enfants. S’ajoutent encore des lieux de séjour de répit, permettant à des enfants de se retrouver avec des professionnels, et seront pour un temps limité coupés de leur environnement habituel.
Un budget de 43 millions d’euros, en hausse !
En 2026, le budget de l’aide sociale à l’enfance, atteint 43 millions d’euros pour le Département du Lot, contre 29 millions d’euros en 2021, une hausse, qualifiée tout à la fois d’ « inquiétante, mais nécessaire » pour Serge Rigal, président du Département, qui n’a de cesse de tirer la sonnette d’alarme, appelant le Gouvernement à déclarer l’enfance en danger « Grande cause nationale ». Cet agrément permettrait, tout au long d’une année, d’organiser des campagnes de générosité publique et de diffuser gratuitement des messages sur les sociétés publiques de télévision et de radio, de manière à sensibiliser l’ensemble de la population sur cette situation préoccupante pour l’avenir de nos sociétés. Ce volet social souffre d’un manque de moyens !
L’aide sociale à l’enfance touche parfois des enfants atteints d’une double vulnérabilité, c’est-à-dire des enfants en difficulté familiale au sein de leur foyer et nécessitant une prise en charge en termes de santé mentale, indispensable à leur développement. Or, l’analyse de la situation révèle une pénurie de moyens pour la prise en charge de ces enfants là. Des professionnels de l’aide sociale à l’enfance se retrouvent contraints de doubler leur intervention, en assurant des prises en charge d’enfants pour lesquelles ils n’ont pas la formation requise. Ces lacunes se retrouvent à travers l’ensemble du territoire national qui souffre d’un manque de pédopsychiatres et plus largement de professionnels de santé. « Nous devons poursuivre la prise en charge de tous les enfants qui nous sont confiés dans les meilleures conditions possibles au nom de l’intérêt supérieur des enfants et de l’égalité des chances que nous leur devons, sachant qu’ils sont les adultes de demain » ajoute Mme Ginestet. Dans le cadre de l’élaboration du prochain schéma départemental Enfance famille, un groupe de travail s’est constitué autour de la parole des enfants, en partenariat avec l’université de Nanterre, dans un souci d’adapter les politiques publiques à leurs attentes, leur propre prise en charge, l’accompagnement dont ils bénéficient.
Pour autant, l’aide sociale à l’enfance ne saurait constituer une fin en soi, l’objectif ultime étant de faire en sorte que l’enfant puisse retourner chez les siens ou prenne son envol, dans la mesure du possible…
À noter enfin que le nombre de mineurs non accompagnés se réduit d’une année à l’autre, alors que le nombre d’enfants originaires du Lot confiés à l’aide sociale à l’enfance augmente.
« Prendre un enfant par la main… »
La protection de l’enfance n’est ni une affaire de chiffres ni de procédures : elle est avant tout une responsabilité collective. Derrière chaque signalement, chaque placement, il y a un enfant, une histoire, une fragilité à protéger. Face à l’augmentation des situations de danger, l’engagement des professionnels, des institutions et de la société tout entière demeure indispensable. Protéger l’enfance aujourd’hui, c’est investir dans l’avenir, en garantissant à chaque enfant les conditions nécessaires pour grandir, se reconstruire et trouver sa place. « Prendre un enfant par la main et l’emmener vers demain » chante Yves Duteil, peut-être la plus belle des missions qui puisse être confiée !
Reportage à retrouver dans les colonnes de La Vie Quercynoise, parue jeudi 26 février 2026.
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