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Personne n’a jamais posé d’engin sur une lune de Mars : le Japon prépare pour novembre une mission avec un passager conçu en France

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Imaginez un instant un petit robot tombant en chute libre vers une lune minuscule, rebondissant comme une balle de ping-pong dans un environnement où la gravité est deux mille fois plus faible que sur Terre, avant de se redresser tout seul pour partir en exploration. Ce scénario digne d’un film de science-fiction n’a rien d’imaginaire : c’est précisément ce que prépare le Japon pour la fin de l’année. Jamais un engin humain ne s’est posé sur l’une des deux lunes de Mars. La mission MMX, portée par l’agence spatiale japonaise, entend changer la donne, et pour cela elle embarquera un passager singulier, conçu en grande partie dans l’Hexagone. Retour sur une aventure spatiale qui pourrait bien réécrire une page de notre compréhension du système solaire.

Phobos et Déimos, deux lunes qui défient encore les scientifiques

Mars possède deux petits satellites naturels, Phobos et Déimos. Pourtant, malgré des décennies d’observations et plusieurs tentatives d’exploration, ces deux compagnons de la planète rouge restent enveloppés de mystère. Les scientifiques n’ont toujours pas tranché une question pourtant fondamentale : d’où viennent-ils exactement ?

Deux hypothèses s’affrontent. Selon la première, ces lunes seraient nées d’un impact géant entre Mars et un autre corps céleste. Selon la seconde, il s’agirait tout simplement d’astéroïdes capturés par la gravité de Mars au fil du temps. Trancher ce débat, c’est bien plus qu’une curiosité : cela permettrait de mieux comprendre l’histoire mouvementée du système solaire et la manière dont les planètes se sont constituées. C’est là toute l’ambition de la mission MMX, pour Martian Moons eXploration, qui a pour objectif d’étudier les deux lunes et de ramener un échantillon de Phobos sur Terre.

Idéfix, le petit rover français qui va rouler sur une autre lune

Voilà le passager de choix de cette mission : un rover baptisé Idéfix, dont le nom clin d’œil ne surprendra aucun lecteur français. Développé par le CNES, l’agence spatiale française, en collaboration avec le centre allemand DLR et sous l’égide de la JAXA japonaise, ce petit engin est le fruit d’une belle coopération. Sa mission ? Se poser sur Phobos et en explorer la surface avant même que la sonde principale ne vienne y prélever ses échantillons.

Ne vous fiez pas à sa modestie apparente. Idéfix pèse 23,47 kg, dont 2,44 kg dédiés à ses seuls instruments scientifiques. Il est conçu pour fonctionner environ 100 jours et se déplacera à une allure d’escargot cosmique : 1 millimètre par seconde. Une lenteur qui n’a rien d’un défaut, tant la surface de Phobos est susceptible de réserver des surprises. Chaque centimètre parcouru sera un exploit à part entière, sur un sol que nul véhicule n’a jamais foulé.

Se poser sur Phobos : le pari technique le plus fou de la décennie

Comment déposer un rover sur un astre où la gravité est si faible qu’un simple pas suffirait à s’envoler ? Les ingénieurs ont imaginé une manœuvre spectaculaire. Lors d’une répétition d’atterrissage, la sonde MMX relâchera Idéfix à environ 40 mètres d’altitude. Le rover tombera alors doucement vers la surface, rebondira probablement à plusieurs reprises comme une bille lâchée dans un bol, avant de se redresser de manière totalement autonome en déployant son système de locomotion. Un ballet robotique à des millions de kilomètres de tout contrôle humain immédiat.

L’environnement, lui, n’a rien d’accueillant. Sur Phobos, il n’existe aucune atmosphère pour tempérer les écarts de température, qui oscillent entre – 200 °C la nuit et + 60 °C le jour. La gravité y est environ 2 000 fois plus faible que sur Terre. Autant dire que chaque paramètre a été calculé au plus juste. La mission avait d’ailleurs connu des contretemps : initialement prévue pour une fenêtre de tir antérieure, elle a été reportée en raison de difficultés avec la fusée japonaise H3. C’est désormais une H3-24 qui doit l’emporter. La sonde a été livrée au Centre spatial de Tanegashima au printemps, et son décollage est attendu à l’automne, courant novembre.

Ce que MMX pourrait changer pour l’exploration du système solaire

Au-delà de l’exploit technique, MMX porte une ambition inédite. Après son lancement, la sonde poursuivra sa longue route vers Mars, la livraison du rover sur Phobos étant actuellement prévue pour la fin 2028, avant le premier atterrissage de la sonde elle-même et la collecte d’échantillons. Puis viendra le grand retour : la sonde reviendra livrer sa précieuse cargaison sur Terre lors de l’année fiscale japonaise 2031. Un détail qui n’en est pas un, car MMX deviendrait alors la toute première mission à revenir sur Terre après avoir visité Mars, un fait d’armes qu’aucune agence n’a encore accompli.

Ramener sur notre planète un fragment de Phobos, c’est offrir aux laboratoires du monde entier la possibilité d’analyser directement une matière que nous ne pouvons aujourd’hui qu’observer de loin. Ces quelques grammes de poussière pourraient enfin révéler si ces lunes sont des rescapées d’une collision titanesque ou de simples astéroïdes piégés par Mars.

Avec MMX et son petit passager tricolore, le Japon et l’Europe s’apprêtent donc à tenter ce que personne n’a jamais réussi. Si tout se déroule comme prévu, un robot conçu en partie en France roulera bientôt sur une lune de Mars, à un rythme d’un millimètre par seconde, pour percer un secret vieux de milliards d’années. Et si la clé de l’origine des lunes martiennes tenait finalement dans une poignée de poussière rapportée par un rover nommé comme le fidèle compagnon d’Astérix ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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