NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Une opinion de Tanguy Struye de Swielande, professeur en relations internationales (UCLouvain) et chercheur associé Institut Egmont
Depuis trois semaines, commentateurs, analystes, politiques, tous se démènent à identifier l'objectif de l'opération américaine Fureur épique ayant débuté en Iran le 28 février. D'un changement de régime à la destruction de la Navy iranienne, en passant par les programmes de missiles et nucléaire, l'administration Trump elle-même a fourni de multiples explications, pour la plupart incohérentes et sans ligne directrice. Si la très large majorité des représentants du gouvernement américain se sont abstenus de parler de changement de régime, Donald Trump, lui, n'a pas eu les mêmes hésitations. Comment comprendre, face à une telle cacophonie, la stratégie sous-jacente ? D'ailleurs, pourrions-nous nous demander, y en a-t-il même une ?
Le succès tactique et opérationnel est à la hauteur de la puissance militaire américaine. Les gains tactiques ne sauraient toutefois masquer l'absence d'une stratégie cohérente, à laquelle la conduite des opérations serait assujettie. Au fur et à mesure de l'évolution de la situation sur le terrain, les contradictions entre Américains et Israéliens, ainsi que l'absence de vision stratégique, sont de plus en plus éclatantes. Il serait tentant de s'imaginer une administration ayant une réflexion à long terme, qui a envisagé les multiples facettes de l'opération et anticipé ses conséquences. Cela reviendrait à du wishful thinking, une tentative de se rassurer sur le fait que les États-Unis, première puissance militaire mondiale, ont finalement le contrôle de la situation – et l'ont toujours eu.
Des remous considérables
Au niveau économique, cette guerre de choix provoque des remous considérables sur le marché des combustibles ou celui des fertilisants. L'économie américaine est affectée de manière directe, avec une dette publique qui explose et une pression inflationniste faisant craindre une récession. Par ailleurs, les investissements des pays du Golfe aux États-Unis, notamment dans le domaine de l'IA, vont être notablement ralentis, alors même que les Américains sont en compétition avec la Chine pour la primauté dans ce domaine.
Sur le plan politique, la relation transatlantique continue de se détériorer, les Européens ne voulant pas, à juste titre mais à la grande fureur du locataire de la Maison-Blanche, entrer dans une guerre de choix pour laquelle ils n'ont pas été impliqués dans le planning ni l'exécution. En interne, la grogne des MAGA augmente, alors que les élections de mi-mandat se préparent à travers le pays. Au niveau militaire enfin, le stock de munition américain se réduit fortement et met en danger toute la politique américaine en Indopacifique, en particulier dans le cas d'une guerre autour de Taiwan. Finalement, peu de décisions auraient pu à ce point faciliter l'ascension de la Chine vers le leadership mondial.
Il sera difficile de ne pas considérer tout résultat autre qu'un changement de régime en Iran et l'émergence d'un système politique plus ouvert et stable comme un échec politique majeur.
Il sera difficile de ne pas considérer tout résultat autre qu'un changement de régime en Iran et l'émergence d'un système politique plus ouvert et stable comme un échec politique majeur. En effet, l'absence de transformation politique en Iran limiterait considérablement les gains potentiels pour les États-Unis. Il serait alors difficile d'espérer un basculement durable du rapport de force en faveur de Washington. Une telle situation permettrait à des puissances concurrentes, Russie et Chine en tête, de maintenir, voire de renforcer, leur influence dans la région, tout en bénéficiant de la faiblesse stratégique des États-Unis.
Compétition stratégique
Par ailleurs, elle compromettrait les conditions nécessaires à l'élargissement des Accords d'Abraham, qui reposent en partie sur une recomposition des équilibres régionaux. Enfin, l'absence de résultat stratégique rendrait également improbable une réduction durable de la présence militaire américaine au Moyen-Orient. Or, l'un des objectifs affichés de la politique de défense américaine consiste précisément à réorienter les priorités vers la région indopacifique, considérée comme le principal théâtre de compétition stratégique au XXIe siècle. Sans évolution significative de la situation en Iran, cet objectif restera hors de portée.
Le renseignement américain contredit les propos de Donald Trump : l'Iran n'avait pas relancé son programme d'enrichissement nucléaire avant la guerreComment dès lors comprendre une telle décision, par ailleurs en contradiction avec les doctrines stratégiques officielles américaines de cette administration, la National Security Strategy et la National Defense Strategy (NDS) ? Ces documents mettent en effet en avant la nécessité d'une approche cohérente, fondée sur l'anticipation et la coordination des moyens diplomatiques, économiques et militaires, la NDS préconisant même d'éviter toute nouvelle intervention militaire américaine au Moyen-Orient et de laisser les puissances régionales partenaires gérer les questions sécuritaires. Or, l'engagement dans une action militaire dont l'issue n'est pas discernable, et malgré les recommandations contraires des agences de renseignement, de l'armée et de certains conseillers politiques, est incompatible avec cette logique.
Improvisation, incohérence et imprévisibilité
Il serait vain de chercher une explication dans une hypothétique vision stratégique de long terme du président Trump. Au contraire, cette opération révèle une prise de décision davantage guidée par des considérations immédiates et personnelles. Le caractère imprévisible du président, de même que son narcissisme, constituent des éléments incontournables dans les phases de planification comme de mise en œuvre. Entouré de conseillers loyaux, il n'écoute pas les voix contraires, quand celles-ci osent même se prononcer. Le tempérament impatient, impulsif, caractériel et colérique de Trump favorise une prise de décision marquée par l'improvisation, l'incohérence et l'imprévisibilité. Convaincu d'être intellectuellement supérieur à ceux qui l'entourent et d'avoir un instinct lui donnant toujours raison, Donald Trump est un preneur de risques qui fait fi des conséquences de ses décisions tant qu'elles ne l'affectent pas personnellement (et souvent financièrement).
Un possible délit d'initié ? Un pic d'échanges sur le marché pétrolier juste avant la publication de Trump sur l'Iran interrogeFort de son impunité présidentielle, Trump montre, par cette opération, le caractère toxique de son leadership : prêt à abuser de son pouvoir présidentiel, il a une revanche à prendre sur le monde qui, selon lui, ne reconnaît pas sa qualité de décideur et de faiseur de paix. À défaut d'avoir obtenu le prix Nobel de la paix, sa nouvelle obsession semble être de vouloir entrer dans l'histoire des États-Unis, et c'est peut-être là que réside le plus grand risque. Fort de ce qu'il a vu comme des succès contre l'Iran en juin 2025, puis contre le Venezuela en janvier 2026, Donald Trump cherche à réaliser ce que ses prédécesseurs n'ont pas réussi à accomplir : acheter le Groenland et en finir avec les régimes iranien et cubain.
Ferions-nous finalement face à un pompier pyromane ? Rien n'est moins sûr. S'il est bien pyromane, contribuant au déclenchement de crises avant de se présenter comme l'unique solution, le cas de l'Iran montre bien les limites du pompier. Sans victoire en Iran, Trump cherchera sans aucun doute à prendre sa revanche, en consolidant son pouvoir en interne tout en tournant son attention vers d'autres sujets internationaux tels que Cuba, l'Ukraine, le Groenland, ou encore l'Otan, qu'il accusera d'être la cause de son échec.
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.


2 month_ago
76



























.jpg)






French (CA)