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Le neveu du cinéaste Reeyaz Habib a révélé au procès des présumés assassins de son oncle qu’il leur avait donné la clef de l’appartement durant une absence prolongée du réalisateur. Khoa Tran est inculpé de meurtre non prémédité et sa femme, Quynh Nguyen, de complicité après les faits et d’outrage à un cadavre.
ATTENTION : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Alykhan Jamal affirme que son oncle était aussi proche qu’un cousin et qu’ils jouaient au tennis deux fois par mois.
Il était intelligent, drôle et bienveillant, soutient-il. La dernière fois que je l’ai vu, c’était le 27 mai 2023. J’avais huit ans de moins que lui, mais il était un adversaire de taille, se souvient-il.
M. Jamal ajoute que son oncle lui parlait parfois des tensions qu’il vivait chez lui avec ses voisins à cause de leur barbecue.
Tensions entre voisins
Dans ce procès devant jury, la Couronne soutient que la victime se plaignait souvent de la fumée et des odeurs du barbecue des accusés qui vivaient sous son appartement et que les accusés auraient alors décidé de l’éliminer.
Il m’avait dit qu’il était très ennuyé par la fumée, que l’odeur le dérangeait et qu’il en avait parlé avec ses voisins, mais il ne m’a jamais dit s’il avait réussi à résoudre leurs différends, souligne M. Jamal.
Le neveu ajoute qu’il a reçu quelques jours plus tard un message de sa tante qui lui demandait d’aller s’enquérir auprès de son oncle, car elle était sans nouvelle de lui.

Reeyaz Habib a été tué le 6 juin 2023 dans le quartier Liberty Village, selon la police de Toronto, et son corps a été retrouvé deux jours plus tard dans un compacteur à ordures. (Photo d’archives)
Photo : Service de police de Toronto
Je lui ai envoyé un texto, mais sans réponse, je suis alors allé à son logement le 9 juin et j’ai vu des policiers sur place, se rappelle-t-il.
M. Jamal explique qu’il a remarqué, en faisant le tour de l’appartement avec des détectives, que des draps blancs avaient été accrochés aux fenêtres du salon, ce qui était étrange dans la mesure où son oncle les avait laissées dénudées.
Il ajoute en outre que son oncle était désordonné et qu’il laissait traîner ses affaires sur le comptoir de la cuisine. Il n’était pas le plus rangé des célibataires et il vivait dans une garçonnière, poursuit-il.
M. Jamal a par ailleurs révélé qu’il avait donné la clef de l’appartement de son oncle aux deux accusés pour régler un problème de maintenance, parce qu’il ne pouvait le faire.

Alykhan Jamal, le neveu de Reeyaz Habib, quitte le palais de justice de Toronto, le 12 mai 2026, après son témoignage au procès des Khoa Tran et de Quynh Nguyen.
Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau
Il précise que son oncle avait acheté son appartement en 2019, mais qu’il était parti vivre en Californie quelques mois plus tard pour y étudier le cinéma avant de revenir à Toronto en 2021.
Tran m’avait rendu la clef avant le retour de mon oncle, précise-t-il.
Dans son interrogatoire, la Couronne laisse ainsi entendre que les accusés avaient accès à l’appartement de la victime de 53 ans et qu’ils ont tué le cinéaste chez lui avant de se départir du corps dans le garage souterrain et de nettoyer les lieux.
Identification du corps
Le procès a montré jusqu’à présent que le corps avait été retrouvé dans le compacteur à déchets du complexe d’habitations deux jours après la disparition du réalisateur.
Un agent du service d’identification de la police de Toronto explique qu’il avait été envoyé au domicile de la victime l’après-midi du 8 juin 2023 pour y prélever des indices, des empreintes et des traces d’ADN.
L’agent Louis Hasket souligne que le cadavre était emmailloté dans des serviettes grises, des couvertures blanches et des sacs de poubelle noirs dans le fond du compacteur. Des vêtements et des chaussures s’y trouvaient également.

Louis Hasket est l’agent du service d’identification de la police de Toronto envoyé au domicile de la victime pour y prélever des indices, des empreintes et des traces d’ADN. Il a témoigné mardi lors du procès. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Cole Burston
Il explique que deux notes dactylographiées étaient collées sur l’emballage en forme de momie attaché avec du gros ruban adhésif.
La première disait : Est-ce que quelqu’un peut soulever ce paquet et le mettre aux ordures, c’est très lourd?
La seconde mentionnait : Ne l’ouvrez pas, car il contient de la vitre et des métaux tranchants, mais ne craignez rien, tout est enveloppé dans du tissu.
La Couronne projette à l’écran les photos de l’emballage que des policiers avaient retiré du compacteur. L’agent Hasket affirme qu’il a ensuite pris des photos de l’appartement de la victime.
Tout était inhabituellement propre, se rappelle l’agent qui précise que les draps aux fenêtres avaient été saisis pour y prélever d’éventuelles empreintes digitales.
Des cris dans la nuit
Deux autres voisins du complexe avaient témoigné plus tôt dans la journée. Le premier, Vincent Ching, est le mari de Janine Koutsaris qui avait témoigné lundi.
Il a expliqué qu’il avait lui aussi entendu des cris dans la nuit du 6 juin, vers 3 h, et qu’il s’était levé pour regarder par la fenêtre ce qui se passait.
Je n’ai rien vu et j’en ai profité pour aller promener le chien, mais je n’ai rien observé d’anormal non plus dehors, dit-il.
Vincent Ching confirme qu’il a eu quelques jours plus tard une conversation téléphonique avec Khoa Tran.

Reeyaz Habib habitait au 26, rue Western Battery, dans un complexe de logements en copropriété. Khoa Tran et Quynh Nguyen vivaient dans l’appartement en dessous du sien.
Photo : Google map
Il m’a dit qu’il avait entendu du bruit, comme un bang contre le mur comme si quelqu’un était tombé dans les escaliers, se souvient-il.
Il m’a dit qu’il avait aussi vu deux suspects sur le palier de M. Habib, qu’il a décrit comme un maquereau et un vendeur de crack, poursuit-il en ajoutant qu’il avait été surpris par le langage coloré de son voisin.
Vincent Ching ajoute qu’un détail l’a aussi frappé lorsque Khoa Tran lui a demandé s’il pensait que la police aurait des soupçons à son sujet. Je lui ai répondu que non et j’ai tenté d’apaiser ses inquiétudes, ajoute-t-il.
Il confirme qu’il a envoyé par message texte, le 13 juin 2023, un article de presse sur la découverte d’un corps dans l’aire des déchets du garage souterrain et qu’il avait été interrogé par un détective qui lui avait appris la mort du réalisateur.

L’entrée du garage souterrain du complexe de logements en copropriété dans lequel se trouvait le compacteur à ordures dans l’aire réservée aux déchets.
Photo : Google map
Il admet qu’il a gardé cette information jusqu’à l’enquête préliminaire en février 2025, parce qu’il pensait que ce n’était pas important avant qu’il apprenne l’arrestation de ses voisins.
Tania Khatib, qui était retournée vivre pendant quelques jours chez sa mère dans un logement faisant face à ceux des accusés et de la victime, a elle aussi révélé qu’elle avait entendu trois appels à l’aide cette nuit-là.
Elle affirme qu’elle est allée jeter un coup d’œil par la fenêtre et qu’elle a vu que la porte du logement de la victime était assez entr’ouverte pour voir que la lumière était allumée, mais qu’elle a vite été refermée avec force.
Non, je n’ai vu personne, a-t-elle conclu en disant qu’elle était retournée se coucher sans appeler le 911.


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