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Dans le sud de la France, frappé par des mois de températures records, les vendanges ont commencé, confirmant la nécessité pour les viticulteurs de s’adapter au changement climatique.
Commencer « le 30 juillet, c’est plus qu’exceptionnel, il y a quand même 43 ans que je suis dans la vigne, c’est la première fois de ma vie que je vendange au mois de juillet », explique Alain Gleyzes, viticulteur à La Palme (Aude), qui a commencé de nuit jeudi à récolter un raisin muscat petit grain, destiné à la fabrication d’un blanc pétillant.
Président de l’appellation Fitou, il lutte depuis des années contre la sécheresse et a même dû arracher fin 2025 une vingtaine d’hectares sur les plus de soixante que compte son exploitation, après deux années d’aridité aiguë.
Depuis plusieurs années, les vendanges dans cette région du littoral méditerranéen commencent chaque été un peu plus tôt.
« On a perdu 30 % du capital végétal mort de sécheresse, j’avais jamais connu ça non plus de ma vie », ajoute également Alain Gleyzes, levé à l’aube pour passer la machine à vendanger.
M. Gleyzes n’est pas un cas isolé.
Un peu plus dans les terres, sur les coteaux de Narbonne, Camille et Audrey Lalaurie, deux sœurs jumelles qui incarnent la dixième génération de viticulteurs dans ce domaine qui porte leur nom, n’avaient jamais vendangé avant le 12 août.
Cette année, elles vont commencer cette fin de semaine, avec 10 jours d’avance. « Il y a 20 ans, c’était autour du 25 août », dit Camille.
Les employés des bureaux dans les vignes
Plus au sud, au cœur des Pyrénées-Orientales, le domaine Lafage a donné le coup d’envoi en fin de semaine passée.
« Par rapport à nos habitudes, on est une semaine à 10 jours plus précoce », a raconté à l’AFP Jean-Marc Lafage, qui récolte ces jours-ci des grappes destinées à un vin léger en alcool, qui exige donc un raisin moins mûr.
« Là, on a une partie de notre équipe en congés, on a dû se débrouiller, on a réussi à motiver les troupes qui travaillent dans le marketing, la comptabilité, l’informatique » à aider pour les vendanges, détaille le vigneron.
Pour l’ensemble du domaine, présent sur différents terroirs du Roussillon jusqu’à la pointe sud de Collioure-Banyuls, « on aura bien en moyenne une semaine d’avance par rapport à l’année dernière », dit-il.
Ce phénomène de vendanges précoces est essentiellement lié aux conditions météo de ces derniers mois sur ces territoires.
« La vigne a poussé très tôt, dès mars, puis la croissance a été bonne au printemps » aidée par des températures élevées, affirme Camille Lalaurie.
« Depuis le mois de février, je ne sais pas s’il y a eu un mois où nous n’avons pas battu le record de chaleur », décrit M. Lafage.
« Cultivateurs d’eau » et d’espoir
Face à cette évolution venue du changement climatique, vendanger plus tôt n’est finalement que l’une des adaptations à mener, insistent les vignerons.
« En 2020, on a décidé de mettre en place une cellule de recherche-développement viticulture, on a embauché un ingénieur agronome, on travaille avec l’Université Supagro Montpellier », raconte Jean-Marc Lafage. Il a développé des recherches sur l’optimisation de la ressource en eau, notamment par l’amélioration de la capacité de stockage de l’eau des sols grâce à de nouveaux types de composts.
« On est plus devenu des cultivateurs d’eau que des cultivateurs de vignes », sourit-il.
« On travaille sur toute une boîte à outils », décrit de son côté Stéphanie Delorme, directrice de l’Appellation d’origine protégée (AOP) Languedoc, qui évoque une augmentation de la fréquence de ce qu’elle appelle « des coups de sèche-cheveux ».
« Un des outils, ce sont des études sur les cépages », affirme-t-elle.
« Ce sont des variétés d’intérêt à fins d’adaptation (VIFA), de vieux cépages qui étaient dans le temps en Languedoc, ou quelques cépages grecs et italiens. »
D’autres pensent à modifier leur zone de production, comme les appellations d’origine contrôlées (AOC) Banyuls et Collioure, pour aller cultiver la vigne un peu plus en altitude, où il fait un peu moins chaud.
Cet éventail d’adaptations donne en tout cas des espoirs aux viticulteurs.
« On a tellement de data depuis ces cinq dernières années que l’on commence malgré tout à voir un petit peu de lumière au bout du tunnel alors qu’il y a quatre ans en arrière, on se disait qu’on allait être dévoré », souligne ainsi M. Lafage.


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