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Life 31/07/2026 17:04
Inchangée depuis plus de cinquante ans, la ceinture de sécurité est peu adaptée au ventre des femmes enceintes. Résultat : nombreuses sont celles à ne pas l’attacher correctement.

Emilija Manevska / Getty Images
Une récente étude établit un constat inquiétant : même après avoir reçu des instructions, seules 11,4 % des femmes enceintes ont réussi à attacher leur ceinture comme recommandé.
C’est une difficulté que connaissent toutes les femmes enceintes à mesure que leur ventre grossit : avoir bien du mal à s’installer en voiture et, surtout, à boucler correctement leur ceinture de sécurité.
Et pour cause. Inventé en 1959 par l’ingénieur suédois Nils Bohlin, ce dispositif de sécurité à trois points est resté le quasiment le même qu’à sa création. Seul ajout notable, celui de l’enrouleur automatique à partir du milieu des années 70, qui permet de mieux ajuster la ceinture de sécurité au corps.
À moins d’avoir un gros ventre. Difficile alors de bien positionner la sangle basse au plus près du pubis, sans qu’elle ne glisse sur l’abdomen pendant le trajet.
Une ceinture difficile à positionner pendant la grossesse
Sans compter toutes les femmes enceintes qui n’arrivent pas bien à la positionner dès le moment où elles s’attachent. C’est ce que démontre une récente étude menée par des ingénieurs biomédicaux de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Réalisée auprès de 333 participantes, elle établit un constat inquiétant : même après avoir reçu des instructions et des conseils pratiques, seules 11,4 % d’entre elles ont réussi à attacher leur ceinture comme recommandé. Pour les auteurs, cela « laisse penser que les recommandations actuelles concernant le port de la ceinture de sécurité peuvent être difficiles à suivre pour de nombreuses femmes enceintes ».
Comme le précise le site du gouvernement français dédié à la sécurité routière, la ceinture doit être portée correctement pour être efficace : la sangle basse doit épouser les hanches et le bassin et ne jamais reposer sur le ventre. Quant à la partie haute de la ceinture, elle doit être placée entre les seins et centrée sur l’épaule.
Or, les chercheurs ont constaté que si les participantes pensaient à bien placer la ceinture sous le ventre, elle finissait toujours par se replier dans les tissus mous au lieu de rester bien à plat. Quant à la partie supérieure de la ceinture, elle ne restait pas correctement centrée sur la poitrine. « À mesure que la grossesse progresse, le développement du ventre peut décaler la sangle diagonale, l’éloignant du centre de la poitrine pour la faire passer sur le sein », notent les chercheurs.
Si cette petite étude présentée mi-juillet au Congrès mondial de biomécanique à Vancouver n’a pas encore fait l’objet d’une validation par les pairs, ses conclusions rejoignent néanmoins celles de précédents travaux. L’an dernier, une recherche australienne publiée dans la revue Nature avait ainsi conclu que sur les 1 491 femmes enceintes participantes, seules 41 % positionnaient correctement leur ceinture.
La ceinture protège aussi pendant la grossesse
La ceinture de sécurité reste cependant indispensable pour les femmes enceintes. En 2008, une étude publiée dans la revue American Journal of Obstretics and Gynecology a démontré qu’en cas d’accident, la ceinture aidait largement à protéger le futur bébé. Parmi les femmes enceintes qui n’avaient pas attaché leur ceinture, 80 % ont perdu le fœtus, contre seulement 29 % des femmes la portant. Le risque de fausse couche était même de 70 % en cas d’accident à 30 km/h pour les femmes enceintes ne portant pas de ceinture, contre 12 % pour celles attachées.
« Les ceintures de sécurité sauvent des vies et les études publiées confirment qu’elles doivent toujours être portées pendant la grossesse. Notre recherche ne vise pas à remettre en question ces recommandations, mais à contribuer à l’élaboration et à l’utilisation des futurs systèmes de retenue », assure le Dr Peter Cripton, professeur à l’École de génie biomédical d’UBC et principal auteur de l’étude.
Adapter les ceintures de sécurité aux femmes enceintes
En 2020, le Massachusetts Institute of Techonology (MIT) était parvenu à la même conclusion : les ceintures de sécurité à trois points telles qu’elles sont conçues encore aujourd’hui ne tiennent pas compte de l’anatomie spécifique des femmes enceintes. Ce qui occasionne non seulement de l’inconfort, mais aussi des risques pour leur santé et celle de leur enfant à naître.
Le MIT émettait également des recommandations pour adapter les ceintures à la morphologie des femmes enceintes : concevoir une sangle abdominale plus large et positionnée plus bas, au niveau des hanches, pour éviter toute pression directe sur l’utérus, utiliser des matériaux auxétiques, c’est-à-dire qui s’élargissent quand on les étire, afin de mieux répartir la force en cas de choc, et développer des accessoires d’ajustement homologués. Des recommandations auxquelles le Dr Peter Cripton ajoute l’abaissement du point d’ancrage au niveau de l’épaule pour mieux positionner la ceinture sur la poitrine.
Enfin, toutes les études s’accordent à dire qu’il est primordial d’enfin utiliser des mannequins de crash-test adaptés à la morphologie des femmes, enceintes ou non, pour évaluer et améliorer la sécurité des ceintures pour elles et leur futur bébé. Encore aujourd’hui, seule une poignée de constructeurs automobiles (comme Mercedes-Benz ou Volvo) utilise des mannequins féminins lors des crash-tests.


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