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"Les Iraniens sont beaucoup plus forts que les Américains en négociation. Parce que si ce sont les Indiens qui ont inventé le jeu d’échecs, ce sont les Iraniens qui l’ont développé", affirme Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël

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Publié le 20/04/2026 23:13 Mis à jour le 20/04/2026 23:14

Temps de lecture : 5min - vidéo : 27min

Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël, était l’invité de “Tout est politique”. Il a répondu aux questions de la rédaction sur les négociations entre les États-Unis et l’Iran et les rapports de force diplomatiques entre les deux pays.

Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.


France Télévisions : Il y a donc ces négociations qu’on attend au Pakistan avec beaucoup d’incertitudes. De mémoire d’ambassadeur, on n’est pas totalement sûrs : à ce stade, même la délégation américaine ne sait pas vraiment quand elle va monter dans l’avion, quand elle va partir, ni quand elle va arriver. Ces négociations doivent avoir lieu, mais même du côté américain, on ne sait pas exactement qui sera présent J.D. Vance très probablement, mais la confirmation n’est pas encore actée. Et la question demeure : quand est-ce que l’avion partira ?

Éric Danon : C’est peu usuel, mais cela s’explique par le fait que tout est très mal cadré entre les deux pays. Et donc, il n’est pas du tout étonnant qu’il y ait autant d’hésitations. Il y a des hésitations sur la délégation.

Imaginez un instant que le vice-président américain, J.D. Vance, arrive et qu’en face de lui, au dernier moment, les Iraniens envoient quelqu’un d’un rang très inférieur. C’est tout à fait humiliant. Ou alors, à l’inverse, que J.D. Vance reparte. Et c’est aussi humiliant. Donc il faut être sûr à l’avance de qui vous allez avoir en face de vous, à quel moment, et sur quoi discuter. Et actuellement, c’est tellement mal cadré que même les éléments de base permettant une rencontre sereine ne sont pas en place.

Et à ce jeu-là, les Iraniens sont beaucoup plus forts que les Américains. Parce que si ce sont les Indiens qui ont inventé le jeu d’échecs, ce sont les Iraniens qui l’ont développé. Et pour jouer à ce jeu-là, ils sont beaucoup plus forts que les Américains. Ils ont une manière de négocier un peu cow-boy. Les Iraniens vont les faire danser sur l’ordre du jour, sur le niveau de la délégation, sur les horaires mêmes de la négociation. Et on voit qu’ils envoient déjà des petits signaux.

C’est-à-dire ?

Regardez la réouverture de l’aéroport ou des deux aéroports en Iran. C’est le côté… Pourquoi juste la veille ? Parce que c’est le côté "même pas mal", et "je ne crains rien". Vous avez bloqué le message aux Américains. Vous avez bloqué les bateaux. Vous ne pouvez pas bloquer les avions. Parce que s’il y a des passagers dans les avions, les Américains ne peuvent pas se le permettre.

Et donc, si au bout d’un moment le trafic aérien reprend et que cela ne plaît pas aux Américains, alors ils vont être obligés de détruire l’aéroport : un missile dans la tour de contrôle, un autre pour faire des trous dans la piste, etc. Et donc, les Iraniens vont évidemment pousser les Américains pour que le prix de la négociation soit de plus en plus élevé pour Washington.

Nathalie Saint-Cricq : Alors vous parlez d’un jeu… Parce que nous, on écoute tous les jours des versions différentes. Vous aussi, j’imagine. On a l’impression que les États-Unis vont commencer, comme Donald Trump le dit : "ça va, on va récupérer l’uranium". Le lendemain, on a l’impression que ce n’est pas le cas. Est-ce que vous considérez qu’il y a des équipes sérieuses de part et d’autre ? Manifestement, du côté iranien, vous les créditez d’une certaine forme de perversité et d’efficacité diplomatique. Est-ce que vous pensez qu’en face, on a une bande, en gros, de cow-boy yankees un petit peu dépassés par la finesse perse ?

Non, non, non. Et l’équipe du département d’État, l’équipe de Rubio est assez bien cortiquée, je dirais, connaît bien l’Iran. Ce n’est pas ça. C’est que, pour comprendre d’un point de vue méthodologique, vous ne devez pas écouter Donald Trump. C’est aussi simple que ça. Parce que le matin, il vous dit une chose. Le soir, il vous dit autre chose. Donc c’est fait. Il y a des signaux faibles qu’il faut capter, qui sont émis par d’autres personnes. Oui. Mais le plus important, ce sont les actes. Si vous regardez effectivement ce qu’ils font, par exemple le blocus maritime pour ce qui entre et sort des ports iraniens, ça, c’est clair. Voilà.

Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.

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