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Le tribunal administratif du Littoral a prononcé le 29 mai 2026 la dissolution pure et simple du village Mbanya, une chefferie de 3e degré créée de toutes pièces depuis 2020 dans l’arrondissement de Douala Ve. Une anomalie administrative vieille de six ans, tolérée sous le nez du canton Akwa, vient d’être officiellement anéantie par la justice.
Un village qui n’a jamais existé
Mbanya, c’est d’abord le nom d’une petite rivière. Elle se jette dans le bras mort du fleuve Wouri, aux confins du village Bonamouang, dans le canton Akwa à Douala. Personne n’y avait jamais entendu parler d’une localité du même nom, encore moins d’une chefferie constituée, avec des notables, une tradition et un chef attitré.
Pourtant, le 3 juin 2020, l’ex-sous-préfet du Wouri Benjamin Mboutou avait signé un arrêté officialisant la chefferie traditionnelle Mbanya, curieusement localisée dans l’arrondissement de Douala Ve alors que Bonamouang se situe à Douala Ier. L’opération s’est déroulée en catimini, à l’insu du chef du village Bonamouang, Edube Dikotto Mpondo David, qui s’est retrouvé amputé d’une partie de sa chefferie sans en être informé.
Le tour de passe-passe ne s’arrête pas là. Quelques semaines plus tard, le 29 juillet 2020, une « désignation » officielle consacrait Elong Kotto Patrick comme « chef traditionnel de 3e degré » de ce village sorti de nulle part. Cet homme est Béninois, lié à une association panafricaine dénommée Conseil panafricain des autorités traditionnelles et coutumières d’Afrique, où Mbanya était présenté comme un royaume. En qualité de « Roi de Mbanya », il arborait de grandes capes de couleur rouge sang.
Six ans d’existence frauduleuse
Comment une telle construction a-t-elle tenu aussi longtemps ? La question mérite d’être posée.
Pour asseoir sa légitimité, Ellong Kotto Patrick s’était fait accompagner lors de son investiture par quatre fils de Bonamouang présentés comme « notables » du village Mbanya : Bebey Moïse, Francis Etondi Mouellé, Kwaté Elokan et Massoma Toué Josué. Le chef du village Bonamouang, lui, était resté bouche bée face à cette liste, comme s’il avait été attaché, selon les proches de sa chefferie. Rien ne confirme à ce stade si ces notables ont agi de bonne foi ou en connaissance de cause.
L’affaire avait pris une autre dimension quand Elong Kotto Patrick avait tenté de faire recevoir le Premier ministre Joseph Dion Ngute en sa qualité de roi. La demande d’audience n’avait pas eu de suite. Mais l’homme avait tout de même réussi à se faire nommer officier d’état civil spécial du village Mbanya, une fonction aux implications administratives réelles.
Le signal envoyé par le tribunal est sans ambiguïté. Une chefferie ne se crée pas par décret préfectoral sans population, sans territoire délimité, sans tradition vérifiable. C’est un rappel qui dépasse le seul cas de Bonamouang.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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