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Le nouvel administrateur de la Nasa Jared Isaacman a présenté lors d’un événement baptisé «Ignition» les jalons d’un ambitieux programme pour les années à venir, incluant la première sonde interplanétaire à propulsion nucléaire.
Passer la publicité Passer la publicitéLe contraste avec ses prédécesseurs est saisissant. Trois mois seulement après son arrivée à la tête de la Nasa, le jeune milliardaire Jared Isaacman veut lancer une nouvelle impulsion à l’agence spatiale américaine. Lors d’un événement baptisé «Ignition» (mise à feu en français), l’homme d’affaires a présenté mardi les grandes lignes de sa stratégie. Reconnaissant que le temps était compté pour gagner la course à la Lune contre la Chine, qui a prévu de poser un premier taïkonaute «avant 2030», il a réaffirmé le besoin pour la Nasa d’augmenter la cadence des tirs de son lanceur lourd SLS, chargé d’envoyer la capsule Orion afin de «construire une nouvelle mémoire musculaire», à l’image de celle qui avait fait le succès du programme Apollo à la fin des années 1960. Une mission a donc été intercalée en 2027 entre Artemis 2, qui doit décoller le 1er avril prochain, et l’alunissage des premiers astronautes, prévu en 2028. L’objectif est ensuite de réaliser une mission par année.
S’il avait déjà présenté ce changement de paradigme il y a quelques semaines, il a cette fois-ci intégré ces changements dans une vision plus large, plus ambitieuse. « La NASA est déterminée à réaliser une fois de plus l’impossible, à retourner sur la Lune avant la fin du mandat du président Trump, à construire une base lunaire, à établir une présence durable et à faire les autres choses nécessaires pour assurer le leadership américain dans l’espace. (...) Le temps presse dans cette compétition entre grandes puissances, et le succès ou l’échec se mesurera en mois, et non en années. »
Calendrier plus réaliste
L’administrateur estime que l’investissement pour le programme lunaire sera de 20 milliards de dollars pour les sept années à venir et distingue trois phases successives d’établissement, avec un objectif de long terme : envoyer des astronautes tous les six mois vers notre satellite pour y établir une présence continue. « Nous n’abandonnerons pas la Lune cette fois-ci », a-t-il lancé. Victime collatérale de cette ambition nouvelle, l’abandon du projet de station orbitale Lunar Gateway qui devait servir de base arrière autour de la Lune, mais dont l’intérêt n’avait jamais paru évident pour accélérer le retour d’astronautes sur le sol lunaire. Il n’est en revanche pas question pour la Nasa d’abandonner totalement l’orbite basse terrestre. Mais l’ISS « ne sera pas éternelle », a-t-il prévenu, espérant que des opérateurs privés prendraient peu à peu le relais, avec le soutien de l’agence américaine. « La Nasa ne peut pas forcer l’existence d’une économie orbitale, mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour en initier une », a-t-il expliqué.
Cette prise de parole de Jared Isaacman a le mérite de remettre de la clarté dans un programme américain qui n’avait jamais paru aussi filandreux ces dernières années, notamment en raison des problèmes de développement rencontré par l’ensemble fusée-vaisseau monumental Starship de SpaceX, qui avait été choisi à la surprise générale en 2024 par l’agence américaine pour retourner sur la Lune. L’alunisseur Blue Moon de Blue Origin est revenu dans la course ces derniers mois et la nouvelle mission Artemis 3 vise à tester l’un ou l’autre (voire les deux alunisseurs) dès 2027 en restant autour de la Terre. Puis d’envoyer des astronautes l’année suivante pour se poser sur la Lune et d’enchaîner une mission chaque année dans un premier temps pour établir une station habitée au pôle sud de notre satellite.
Mission nucléaire vers Mars
Difficile de savoir si ces échéances pourront être tenues, mais ces annonces vont probablement redonner un coup de fouet au programme de fret lunaire subventionné de la Nasa qui vise à faire émerger de nouveaux acteurs privés. C’est aussi une manière de confirmer aux partenaires historiques du programme Artemis, comme le Japon et l’Europe, que l’on compte sur leur participation dans cette aventure de long terme. L’agence spatiale japonaise doit fournir un véhicule pressurisé et l’Europe un alunisseur imposant, Argonaut, capable d’emporter 1,5 tonne de fret.
Après une longue année d’errance programmatique en raison de l’annonce de coupes budgétaires drastiques voulues par Trump (mais finalement retoquées par le Congrès), la présentation de Jared Isaacman a fait passer un vent de fraîcheur. Outre la réaffirmation des ambitions lunaires de la Nasa à long terme, l’administrateur a aussi évoqué rapidement le futur télescope spatial Nancy Grace Roman, la mission Dragonfly (une sonde volante pour explorer la lune de Saturne Titan) ou encore la sonde d’exploration de Vénus DaVinci, qui avaient toutes trois été menacées d’abandon en 2025. Et il a enfin annoncé un autre programme que personne n’attendait : la mise au point et le lancement avant fin 2028 de la première sonde interplanétaire à propulsion nucléaire, baptisé Space Reactor‑1 Freedom. Celle-ci devrait aller vers Mars pour déployer de petits hélicoptères d’exploration, dans le cadre d’une mission appelée Skyfall. Est-ce une tentative de faire oublier l’abandon très critiqué du très coûteux programme de retour d’échantillons martiens, qui était la priorité numéro un de nombreux scientifiques américans ?
« Si nous concentrons les ressources extraordinaires de la NASA sur les objectifs de la politique spatiale nationale, si nous éliminons les obstacles inutiles qui entravent les progrès et si nous libérons la main-d’œuvre et la puissance industrielle de notre pays et de nos partenaires, alors le retour sur la Lune et la construction d’une base paraîtront insignifiants en comparaison de ce que nous serons capables d’accomplir dans les années à venir », a-t-il anticipé.


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