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La LNH, l’expansion au Texas et la restauration rapide

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La grenouille de Jean de la Fontaine rêvait de devenir aussi grosse que le bœuf. Mais quel idéal Gary Bettman poursuit-il? C’est difficile à dire.

Mine de rien, le commissaire de la Ligue nationale de hockey (LNH) a lancé le week-end du repêchage en annonçant le vif intérêt du circuit à installer une deuxième équipe au Texas. Rien de moins! À terme, le plus modeste des quatre principaux championnats nord-américains compterait donc 33 formations, soit une de plus que la NFL, et deux de plus que la NBA et la MLB. Trouvez l’erreur.

Officiellement, Gary Bettman a présenté ce projet comme une démarche exploratoire au terme de laquelle le Bureau des gouverneurs devra donner son approbation. Mais dans les faits, la ligue est en discussion depuis deux ans avec le milliardaire texan Dan Friedkin. Ce dernier dirige le Groupe Friedkin, un consortium dont les principales activités sont la distribution de véhicules Toyota au Texas, en Arkansas, en Louisiane, au Mississippi et en Oklahoma.

La famille Friedkin possède aussi, entre autres, les clubs de soccer de l'AS Roma, de la Serie A italienne, et d'Everton, de la Premier League anglaise.

Selon les dirigeants de la LNH, les Friedkin sont prêts à investir 3,5 milliards de dollars pour se joindre à la LNH. Cette somme servirait à couvrir les coûts d’acquisition d’une nouvelle concession, autour de deux milliards, ainsi que la construction d’un nouvel amphithéâtre.

Au bout du compte, l’identité de la ville qui accueillera cette 33e concession semble être la seule véritable question qui reste à élucider. Selon Bettman, les discussions entre la LNH et la famille Friedkin ont permis d’identifier Houston et Austin comme étant les deux cités texanes où la ligue aurait particulièrement avantage à s’implanter.

La région métropolitaine de Houston compte quelque huit millions d’habitants. C’est la 5e agglomération en importance aux États-Unis. Le nom de cette ville circule depuis très longtemps dans les coulisses de la LNH. À un point tel qu’il est facile de croire que le nom d'Austin ait été lancé dans la mêlée comme un coup de dés, pour tenter de susciter une compétition et éventuellement soutirer des fonds publics à l’une des deux administrations locales.

Il y a 15 ans, Québecor croyait dur comme fer pouvoir ramener une concession de la LNH à Québec. Depuis, la LNH a toutefois octroyé des équipes à Vegas (en 2016 au coût de 500 millions) et à Seattle (en 2018, moyennant des droits de 650 millions) avant de se tourner vers le Texas. Et publiquement, les dirigeants de la ligue ont depuis alimenté des flirts avec de nombreuses autres villes américaines, dont Houston, Atlanta et même Kansas City.

En regardant aller Bettman et les propriétaires de la LNH, la question qui tue s’impose assez rapidement. Où diable s’en vont-ils avec toutes ces expansions?

Traditionnellement, la valeur et le prestige des ligues majeures nord-américaines ont toujours reposé sur la notion de rareté. Plus il est difficile de se porter acquéreur d’une équipe, plus sa valeur de revente sera élevée. Par ailleurs, les propriétaires s’approprient un plus grand pourcentage des revenus annuels quand ils sont moins nombreux autour de la table.

À titre d’exemple, la NBA entreprenait cette saison l’exécution d’un nouveau contrat de télévision national qui rapporte à chacune de ses 30 équipes quelque 143 millions par saison avant d’avoir vendu une seule commandite, un seul billet, une seule bière ou un seul t-shirt. C’est ce qui faisait dire au commissaire Adam Silver, l’an dernier, que ses patrons – les propriétaires – n’étaient pas tous entichés à l’idée de partager cette immense tarte de revenus.

[L’idée de procéder à une expansion] dépend de votre perspective quant à l’avenir de la ligue. Quand vous faites une expansion, vous vendez en quelque sorte des parts de la ligue à de nouveaux partenaires. Mais si vous croyez en l’avenir de votre ligue, vous ne voulez pas nécessairement y ajouter de nouveaux partenaires, expliquait Silver.

Cela dit, une ou des expansions surviendront éventuellement dans la NBA. Mais pour les raisons mentionnées ci-haut, il serait extrêmement étonnant que cette ligue surpasse le plateau des 32 concessions établi par la NFL.

Le même raisonnement s’applique aux propriétaires de la NFL, la ligue la plus profitable au monde avec des revenus surpassant les 23 milliards. La liste des villes désirant obtenir une nouvelle équipe serait probablement longue comme deux bras si un processus d’expansion était annoncé. Mais en quoi les propriétaires actuels auraient-ils avantage à sacrifier une partie de ce pactole en échange de l’éphémère billet d’entrée d’un nouveau concessionnaire?

Malgré des revenus records de 6,8 milliards cette saison, lesquels doivent être partagés à 50 % avec les joueurs, la LNH est nettement à la traîne à ce chapitre par rapport aux trois autres championnats majeurs nord-américains. Même chose pour les plus grandes supervedettes de la LNH, dont les salaires n’ont à peu près pas bougé depuis 2004 en raison de l’implantation du plafond salarial le plus restrictif du sport professionnel.

Pourquoi tout ce beau monde est-il si empathique à l’idée d’accueillir des équipes supplémentaires? Parce qu’après tout, le même raisonnement s’applique aux joueurs. Un plus grand nombre d’équipes ralentit forcément la croissance des salaires. En plus, quand une expansion survient, seuls les propriétaires se partagent les centaines de millions versés par le nouveau concessionnaire.

Il est facile de comprendre pourquoi des milliardaires font la file pour obtenir une équipe de la LNH. Appuyée sur une convention collective qui lui garantit 50 % des revenus, en plus de décourager le recours à l’autonomie, la LNH est une machine à imprimer de l’argent.

Le groupe Fenway Sports a acheté les Penguins de Pittsburgh pour 900 millions en 2021. Et seulement quatre ans plus tard, en 2025, la revente de cette équipe a rapporté près du double : 1,75 milliard. Cette transaction a été officiellement entérinée par le Bureau en marge du repêchage.

Toutefois, il est très difficile de comprendre en quoi l’ajout de nouvelles équipes s’avérera bénéfique pour le hockey. On dirait une logique commerciale de chaîne de restauration rapide. D’année en année, la dilution du produit est difficilement perceptible à l’oeil nu dans la LNH. Elle nous a toutefois sautés en plein visage l’hiver dernier durant les Jeux olympiques de Milan-Cortina.

Le système actuel fait en sorte qu’il est difficile d’emprunter une autre voie que celle du repêchage pour acquérir de grands talents. Mais le système semble s’essouffler quand on s’attarde à ce qui se passe durant l’encan amateur. Les directeurs généraux échangent désormais les 10 dernières sélections du premier tour comme si leur vie en dépendait. D’ailleurs, les sélections 23 à 32 ont changé de main pas moins de 20 fois cette année.

À force d’ajouter des équipes, on ne fait qu’accroître le nombre de directeurs généraux forcés de faire couler leur équipe – donc de perdre volontairement – pour espérer bâtir une formation gagnante. C’est un lourd prix à payer pour faire plaisir à un vendeur de chars du Texas.

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