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Ils s'étaient promis une histoire sérieuse. Une relation de raison, presque de salut public. Au lendemain des élections, le MR et Les Engagés incarnaient une promesse rare chez nous : celle d'un repositionnement assumé, d'un dépassement des vieux réflexes et d'un agenda de réformes enfin lisible. Mais l'idylle tourne déjà à l'amour vache.
Rien de très surprenant, au fond. Deux partis qui chassent sur des terres électorales voisines ne peuvent durablement se contenter d'un tête-à-tête apaisé. En politique, la concurrence est structurelle, implicite et permanente. Elle se joue sur le ton, sur le style, sur les marqueurs idéologiques. Une différenciation à la fois légitime et saine, tant qu'elle ne dégénère pas en guerre de tranchées.
La lune de miel, comme toute lune de miel, était vouée à être courte. Cette alliance des vainqueurs, chaleureuse et théâtrale, était nourrie par un rejet commun de l'immobilisme et des coalitions d'épuisement. Après l'apparition de quelques fractures, Bruxelles agit comme une possible trahison. Pas seulement d'une alliance, mais d'un récit. Les Engagés tirent à gauche au sein d'un gouvernement fédéral de centre-droit, mais devront tirer à droite en région bruxelloise au sein d'une alliance de centre-gauche. Fameux casse-tête. Comment défendre un cap réformateur, une rupture avec les politiques du passé, tout en s'alliant, dans la capitale, avec ceux-là mêmes qui incarnent ce statu quo qu'ils dénoncent ? La question est profondément politique.
Après Michel De Maegd, faut-il s'attendre à d'autres départs d'élus MR à Bruxelles? "Pour l'instant, je reste…"Les Engagés plaident la complexité institutionnelle bruxelloise, l'arithmétique parlementaire, la nécessité de gouverner. Argument indéniable, certes. Mais la politique est aussi affaire de cohérence. Si les débauchages médiatisés, les petites phrases, les procès en loyauté et les menaces de représailles prenaient le pas sur le travail de fond, c'est toute la promesse du scrutin qui s'effriterait. Or cette promesse est immense, tant pour les Engagés que le MR. Les deux sont sortis renforcés des urnes avec un mandat clair : réformer l'économie, le marché du travail, les pensions, l'immigration et la gouvernance. La Belgique n'est pas assez riche pour se payer le luxe de l'inaction.
Si les chamailleries entre le MR et Les Engagés devaient, demain, bloquer ces réformes indispensables, ce ne serait pas une simple déception. Ce serait une faute politique majeure. Une trahison, non plus entre partenaires, mais envers les électeurs.
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