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La République a publié son barème de l'été. Arroser ses tomates : 1 500 euros. Montrer une robe : 100 000. Le premier tarif punit un geste, le second une image. Mes chers libertariens de l'Absurdistan, il faut relire deux fois la loi du 8 juillet pour y croire — je l'ai fait pour vous.
Loi n° 2026-602, article 7 : à compter du 1er janvier prochain, il sera interdit aux influenceurs de faire la promotion de la mode ultra-express, sous peine d'une amende administrative pouvant atteindre 100 000 euros. Interrogeons le dossier. Qu'a vendu la jeune femme ? Rien. Qu'a-t-elle touché ? Rien — la loi s'applique même sans rémunération. Un cadeau suffit. Un prêt suffit. Une invitation suffit. Qu'a-t-elle fait, alors ? Elle a montré une robe. La robe prêtée est rendue depuis longtemps ; l'infraction, elle, reste. Magritte a peint Ceci n'est pas une pipe ; la DGCCRF a rédigé Ceci n'est pas une robe, c'est une pratique commerciale prohibée. Le Belge faisait de la peinture. Le Français fait du droit.
Car notez bien, amis libertariens : la robe elle-même demeure parfaitement légale. On peut la coudre, l'importer, la dédouaner, la vendre, l'acheter, la porter, la laver, la repriser, la léguer à sa nièce. Tout est permis — sauf d'en dire du bien. L'État n'a pas interdit la marchandise : il a interdit la phrase qui la décrit. Le polyester circule librement ; c'est la parole qui est en garde à vue.
Et voici le plus beau. La même robe, coupée dans le même polyester, cousue peut-être dans le même atelier, est licite ou illicite selon son passeport. Recommandée depuis le catalogue d'une enseigne installée dans l'Union — Zara, H&M, Primark, qui échappent largement au dispositif —, elle est un choix de consommation responsable. Commandée chez Shein ou Temu, elle devient un délit de recommandation. Le crime n'est pas dans le vêtement, il est dans le fournisseur. Une loi qui se présente comme le salut de la planète et qui, à l'arrivée, trie les concurrents de ses champions : chez nous, on appelle ça un poppenkast — un théâtre de marionnettes où l'on sait qui tient les fils. À Paris, on appelle ça la transition écologique.
Pour les gestes trop modestes pour mériter la censure, il reste l'amende ordinaire. Quatre-vingt-quinze départements sur quatre-vingt-seize sont sous restriction d'eau ; le potager s'arrose en horaires décalés, comme un commerce sous couvre-feu, et le contrevenant risque 1 500 euros — 3 000 en récidive, car il existe désormais des récidivistes de l'arrosoir. Vos légumes ont un règlement intérieur. Vos robes, un permis de parole.
Un geste : 1 500 euros. Une parole : 100 000. La République affiche ses interdits comme les couturiers leurs collections, l'étiquette au revers. Une ligne manque encore à la grille — le prix de penser mal. Ne vous impatientez pas, compagnons d'absurdistan : les grilles tarifaires ont ceci de commun avec les lois qu'on finit toujours par les compléter.
























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