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Tribune
Gustavo Pessoa
Economiste
Comme le montre l’exemple des viandes brésiliennes, les normes sanitaires et la traçabilité deviennent des variables centrales du commerce international et du risque économique pour les pays émergents, constate l’économiste brésilien Gustavo Pessoa, dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min.
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La décision de l’Union européenne (UE) de restreindre, à partir de septembre, l’entrée de certains produits animaux brésiliens pour des raisons liées aux règles sur les antimicrobiens dépasse largement le cas de la viande bovine. Elle illustre une transformation plus profonde du commerce international. Les normes sanitaires, environnementales et de traçabilité ne sont plus seulement des instruments techniques, elles deviennent aussi des variables économiques, financières et géopolitiques.
Il serait trop simple de lire cet épisode comme un affrontement classique entre protectionnisme européen et intérêts exportateurs brésiliens. La résistance aux antimicrobiens est un enjeu réel de santé publique mondiale. L’Europe a le droit, et même le devoir, de fixer des standards élevés pour protéger ses consommateurs et limiter les risques sanitaires associés aux chaînes alimentaires mondialisées.
Cependant, la question ne s’arrête pas là. Lorsqu’une norme sanitaire modifie l’accès au marché européen, elle produit aussi des effets économiques. Elle affecte les exportateurs, les abattoirs, les entreprises logistiques, les producteurs ruraux, les assureurs, les banques et les investisseurs exposés aux chaînes agroalimentaires. Autrement dit, une règle de santé publique peut devenir un risque commercial et financier.
Prouver et documenter
Pour le Brésil, grand exportateur agricole et acteur central des marchés mondiaux de protéines animales, le message est clair. La compétitivité ne se mesure plus seulement en volumes, en prix ou en productivité. Désormais, elle dépend aussi de la capacité à démontrer conformité, traçabilité, contrôle sanitaire et crédibilité institutionnelle. Dans l’économie mondiale actuelle, exporter ne signifie plus uniquement produire à grande échelle. Cela implique de prouver, de documenter et de rassurer.
Cette évolution concerne l’ensemble des économies émergentes. Pendant longtemps, leur avantage comparatif reposait principalement sur les ressources naturelles, les coûts de production ou l’expansion de la capacité exportatrice. Aujourd’hui, ces facteurs restent importants, mais ils ne suffisent plus. L’accès aux marchés développés dépend de plus en plus de standards réglementaires complexes, souvent liés à la santé, au climat, au travail, à la biodiversité ou à la sécurité alimentaire.
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