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Au lendemain de l’attaque terroriste perpétrée par Seth Hatfield dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, les médias, les enquêteurs et le grand public tentent toujours de comprendre les motivations du tireur.
Hier, on sentait beaucoup d’hésitation dans la couverture médiatique. Pendant plusieurs heures, malgré le fait que plusieurs médias avaient déjà obtenu son manifeste, le mobile demeurait officiellement « inconnu ».
Plus tard, les journalistes ont commencé à reconnaître l’existence du document et à décrire Hatfield comme un individu animé par une idéologie incel et anticapitaliste.
Cette confusion initiale devient un peu plus compréhensible lorsqu’on se penche sur le texte en question.
Le mouvement incel est généralement associé à certaines mouvances de droite, aux milieux masculinistes ou encore aux critiques du féminisme. Or, le manifeste de Hatfield semble plutôt emprunter une direction différente.
Le terme « incel » n’y occupe pas une place centrale, mais plusieurs thèmes qui lui sont associés y sont omniprésents. Hatfield semble obsédé par le concept d’hypergamie, c’est-à-dire l’idée selon laquelle une proportion croissante des femmes concentrerait ses choix amoureux et sexuels sur une minorité d’hommes particulièrement désirables, laissant une partie grandissante de la population masculine sans accès à une vie amoureuse stable.
On retrouve effectivement là une logique apparentée à celle des milieux incels. Toutefois, là où plusieurs mouvances masculinistes attribuent principalement cette situation au féminisme ou aux femmes elles-mêmes, Hatfield désigne un autre responsable : le capitalisme.
Selon son raisonnement, la société libérale moderne aurait progressivement transformé les relations humaines en marché de consommation. L’hypergamie ne serait donc pas seulement la conséquence du féminisme, mais plutôt celle d’un système économique qui marchandiserait tout, y compris la sexualité, les relations amoureuses et les rapports entre les sexes.
À cet égard, l’analyse proposée par François Fournier du podcast Ian et Frank apparaît particulièrement pertinente.
Selon lui, Hatfield ne serait ni un conservateur traditionnel ni un marxiste orthodoxe. Son idéologie ressemble davantage à une étrange synthèse entre certaines théories incels, un anticapitalisme révolutionnaire et une vision quasi mystique de la lutte sociale. Dans son esprit, la lutte des classes traditionnelle semble avoir été remplacée par une lutte entre hommes et femmes, dont l’hypergamie constituerait le moteur principal.
Cette analyse permet certainement de mieux comprendre la logique idéologique du manifeste.
Mais elle ne répond pas entièrement à une autre question qui demeure fondamentale : pourquoi est-il passé à l’acte? Et surtout, pourquoi à Montréal?
Depuis hier, plusieurs hypothèses circulent.
Certains observateurs ont évoqué la possibilité que le quartier Côte-des-Neiges ait été choisi en raison de son importante population juive. D’autres ont rapidement rejeté cette idée comme une simple récupération politique.
Pourtant, il serait peut-être prématuré d’écarter complètement la piste antisémite et son lien avec l’industrie pornographique
Hatfield évoque explicitement l’influence des Juifs dans ce qu’il appelle la bourgeoisie occidentale. Il parle également de « Juifs sionistes », de l’État d’Israël et va même jusqu’à employer l’expression « classe judéo-bourgeoise » pour décrire certaines élites qu’il considère responsables du système qu’il dénonce.
Cela ne signifie évidemment pas que l’ensemble de son idéologie se résume à une haine des Juifs. Hatfield affirme lui-même que tous les Juifs ne participeraient pas à ce qu’il dénonce et souligne même que plusieurs Juifs ont historiquement figuré parmi les plus importants adversaires du capitalisme. Néanmoins, il associe explicitement certains Juifs, le sionisme, Israël et ce qu’il appelle une « classe judéo-bourgeoise » à la structure de pouvoir qu’il considère responsable de la société contemporaine et de ses dépravations. La dimension antisémite du texte existe donc bel et bien, même si elle s’inscrit davantage dans une critique politico-conspirationniste du capitalisme que dans une simple hostilité ethnique envers tous les Juifs.
Or, c’est précisément ici qu’apparaît un élément qui mérite réflexion.
Dans les milieux antisémites contemporains, l’idée selon laquelle les Juifs seraient derrière l’industrie pornographique constitue l’une des théories les plus répandues. Depuis des décennies, plusieurs mouvances extrémistes soutiennent que la pornographie ferait partie d’un vaste processus de démoralisation ou de corruption de l’Occident. Dans ces récits conspirationnistes, les Juifs sont souvent présentés comme les principaux bénéficiaires ou organisateurs de cette prétendue stratégie.
Qu’on adhère ou non à ces théories n’est évidemment pas la question. La question est plutôt de savoir si elles peuvent avoir influencé la vision du monde de Seth Hatfield.
Et c’est ici qu’entre en scène un autre élément qui alimente actuellement les discussions sur les réseaux sociaux.
Depuis l’attaque, de nombreux utilisateurs sur X soulignent que Pornhub, l’un des plus importants acteurs de l’industrie pornographique mondiale, possède son siège social à Montréal à proximité d’où à eu lieu l’attaque. Certains vont jusqu’à se demander si cette présence pourrait avoir joué un rôle dans le choix de la ville.
Soyons clairs : il n’existe actuellement aucune preuve permettant d’affirmer que Seth Hatfield souhaitait frapper Pornhub ou une cible liée à cette entreprise. Il s’agit d’une hypothèse.
Cependant, il est difficile d’ignorer que cette hypothèse s’insère de manière relativement cohérente dans plusieurs éléments déjà connus. Le manifeste développe une critique obsessionnelle de l’hypersexualisation de la société. Il contient des références explicites aux Juifs et au sionisme. Et les théories antisémites auxquelles certaines parties du texte semblent faire écho accordent depuis longtemps une place centrale à l’industrie pornographique.
À l’heure actuelle, personne ne connaît avec certitude la cible exacte que visait Seth Hatfield ni l’ensemble de ses motivations. Mais si l’on souhaite réellement comprendre son idéologie, il faudra probablement éviter deux erreurs : réduire son manifeste à un simple texte incel et, à l’inverse, ignorer trop rapidement les éléments antisémites qui s’y trouvent.
Mise à jour : Selon des informations rapportées par QUB Radio, les bureaux de Pornhub se trouveraient directement en face de l’hôtel où séjournait Hatfield avant l’attaque. Des informations préliminaires évoqueraient également des coups de feu ayant été tirés en direction du secteur et des employés contraints de se mettre à l’abri. Ces éléments ne permettent évidemment pas d’affirmer que Pornhub constituait sa cible, mais ils contribuent à expliquer pourquoi plusieurs observateurs continuent de s’interroger sur un possible lien entre le manifeste, l’industrie pornographique et le choix de Montréal.


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