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Même les célébrités découvrent parfois que leur carrière ne comprend pas une option d’immunité permanente.
Gérard Darmon devait retrouver les planches du Théâtre des Nouveautés à partir du 18 septembre 2026. La reprise d’Un château de cartes, pièce écrite par Hadrien Raccah et mise en scène par Serge Postigo, est désormais annoncée comme annulée. Le comédien de 78 ans partageait l’affiche avec Isabelle Gélinas et Stéphan Wojtowicz.
Selon les informations publiées ce 30 juillet, la direction du théâtre et la production auraient décidé de ne pas maintenir les représentations prévues à la rentrée. La disparition du spectacle n’a pas fait l’objet d’une grande communication publique. Pas de communiqué solennel ni de déclaration tonitruante : le château devait rouvrir ses portes en septembre, puis les cartes ont été rangées. Une discrétion qui évite sans doute les explications embarrassantes, mais qui ne rend pas la décision moins significative.
Neuf femmes ont témoigné contre Gérard Darmon
Le nom de Gérard Darmon est associé depuis novembre 2024 à une enquête publiée par Politis. Neuf femmes ayant travaillé sur six tournages entre 2018 et 2024 y décrivent des insultes sexistes, des humiliations, des propositions sexuelles insistantes et des gestes qu’elles présentent comme déplacés ou non consentis.
Ces femmes occupaient principalement des fonctions de techniciennes, d’habilleuses, de maquilleuses, de coiffeuses ou d’assistantes. Plusieurs étaient jeunes et travaillaient dans des situations précaires, loin du confort dont bénéficie une vedette installée depuis plusieurs décennies. Certaines productions auraient même averti les membres de leurs équipes amenés à travailler directement avec l’acteur.
Un premier retrait au festival de La Ciotat
Cette annulation intervient deux mois après un premier recul public. Gérard Darmon avait été choisi pour présider le jury du Festival du premier film de La Ciotat. La désignation avait provoqué la colère de plusieurs associations féministes, peu convaincues par l’idée de confier une fonction honorifique à un homme visé par neuf témoignages détaillés.
L’acteur avait finalement renoncé à cette présidence en mai 2026. Les organisateurs avaient alors confirmé son retrait sans développer les raisons de cette décision. Là encore, le rideau était tombé sans grand discours. Les célébrités habituées aux tapis rouges découvrent parfois qu’une programmation culturelle n’est pas un droit acquis à vie. Une affiche prestigieuse ne constitue ni une immunité professionnelle ni un certificat automatique de bonne conduite.
Après Patrick Bruel, les théâtres changent de méthode
Le Théâtre des Nouveautés appartient au groupe Pascal Legros Organisation, également propriétaire du Théâtre Édouard VII. Début juin, cet établissement avait annulé les cinq dernières représentations de Deuxième partie, dans laquelle jouait Patrick Bruel. Le chanteur et comédien, visé par plusieurs plaintes pour viols et agressions sexuelles, avait auparavant été confronté à des manifestations devant le théâtre. Il conteste lui aussi les accusations portées contre lui.
Le rapprochement entre les deux situations est difficile à ignorer. Dans les deux cas, des artistes très connus ont vu leur présence devenir un problème pour les salles qui les programmaient. Pendant longtemps, la notoriété permettait de traverser les scandales en attendant que le public passe à autre chose. Quelques passages à la télévision, une tournée anniversaire et la grande machine du pardon médiatique faisaient le reste. La recette semble désormais moins efficace.
La célébrité ne garantit plus une scène
L’annulation d’un spectacle n’est pas une décision de justice. Elle relève du choix d’une production, d’une salle et parfois des autres artistes engagés dans le projet. Les directions doivent tenir compte du public, de leurs salariés, de leur réputation et du contexte entourant une représentation. Elles ne sont pas contraintes de dérouler le tapis rouge sous prétexte qu’un nom célèbre figure sur l’affiche.
Gérard Darmon conserve le droit de contester les témoignages publiés à son sujet. Les femmes qui l’accusent ont, elles aussi, le droit d’être entendues sans être immédiatement traitées comme des figurantes gênant la carrière d’un monument national autoproclamé. Le temps où quelques vedettes pouvaient confondre succès au cinéma, privilèges permanents et permis de tout faire paraît s’éloigner. Même les stars finissent parfois par apprendre que la scène possède une sortie. Restés discrètement dans la coulisse, les visiteurs du 22 avenue Foch, résidence parisienne de Jeffrey Epstein, continuent à bénéficier de toute la clémence de la Justice.


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