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Life 01/03/2026 08:08
En se montrant bien plus complaisants avec leurs petits-enfants qu’ils ne l’étaient avec leurs enfants, les grands-mères et les grands-pères d’aujourd’hui redéfinissent les dynamiques familiales.

Paul Bradbury / Getty Images
Libérés des contraintes éducatives, les grands-parents d’aujourd’hui sont souvent plus permissifs avec leurs petits-enfants.
« Nos petits-fils disent que les vacances qu’ils passent avec Opa et Oma, ce sont les meilleures du monde ! » Celle qui se fait appeler « Oma », c’est Laurence. Depuis que ses trois petits-fils âgés de huit ans et demi à cinq ans et demi sont nés, cette grand-mère de 67 ans a complètement redéfini son rôle au sein de sa famille. « J’étais une maman assez stricte, très exigeante avec mes filles. Maintenant, je suis beaucoup plus cool », confesse-t-elle.
Laurence n’est pas la seule à être une grand-mère différente de la mère qu’elle était. Le HuffPost a reçu de nombreux témoignages de ces « nouveaux grands-parents », plus souples et disponibles. « Quand mes enfants étaient petits, je travaillais beaucoup et je courais sans cesse, confie ainsi Anne-Marie. Alors, avec mes quatre petits-enfants, je rattrape un peu le temps perdu. » Lorsqu’elle les prend en vacances, elle se dévoue 100 % à eux, quitte à chambouler sa routine quotidienne. « On fait énormément de promenades, on invente des histoires… Ce sont eux qui me maintiennent jeune », sourit la mamie de 68 ans.
Accompagner aux sorties scolaires, faire des balades ou des activités créatives, aider aux devoirs… Si les papis et mamies prennent tant de plaisir à gâter leurs petits-enfants, c’est d’abord parce qu’ils sont bien plus disponibles aujourd’hui. « Ce qu’offrent les grands-parents, c’est le temps que les parents n’ont pas la possibilité de consacrer à leurs enfants », résume Nicole Prieur, philosophe et thérapeute spécialiste des liens intergénérationnels. Selon elle, la position des aïeuls est complémentaire à celle des parents. À ces derniers le soin d’éduquer les enfants, aux grands-parents celui de leur offrir une ouverture sur le monde. « Ils leur font découvrir la musique, la nature, l’art… Ils veulent vivre des expériences avec eux, pas jouer les pères fouettards. »
Et cette répartition des rôles est aussi bénéfique pour les petits-enfants. « Avec leurs parents, ils doivent souvent prouver quelque chose. Les grands-parents les acceptent tels qu’ils sont, ça apaise leur narcissisme », souligne la thérapeute.
Des papis encore plus permissifs
Les enfants aiment aussi passer du temps avec leur papi et leur mamie parce qu’ils savent bien que les règles y sont bien plus lâches que chez eux. Tablette illimitée, repas pas toujours équilibrés, horaires plus souples… Avec elle et son mari, c’est « un peu la fête », reconnaît Laurence, qui emmène chaque été ses petits-fils en club de vacances. « Là-bas, c’est la liberté totale. Le plus grand a la permission de 23 heures pour rentrer tout seul au bungalow », confesse-t-elle, avant d’ajouter : « C’est quelque chose que je n’aurais jamais fait avec mes filles. »
Et cette permissivité est encore plus flagrante du côté des grands-pères. Libérés de leurs contraintes professionnelles et du rôle stéréotypé qu’ils occupaient, beaucoup surinvestissent leur rôle de « papi gâteau », quitte à parfois lâcher un peu trop de lest. « Mon mari est beaucoup plus cool que moi, assure Laurence. Et mes petits-fils le savent bien : c’est lui qu’ils vont voir s’ils veulent être sûrs qu’on leur dise oui. » « Les grands-pères s’impliquent bien plus aujourd’hui dans les relations avec leurs petits-enfants, confirme Nicole Prieur. Alors que les grands-mères osent dire non et imposer leur timing, ils prennent le contre-pied de la figure d’autorité qu’ils étaient autrefois. Et découvrent que ce n’est pas si mal d’aller perdre une heure ou deux au jardin d’enfants, à ne rien faire d’autre que de pousser la balançoire. »
Pour Nicole Prieur, cette transformation témoigne aussi d’une évolution du statut occupé par les grands-mères et les grands-pères. « Autrefois, ils étaient des substituts de garde quand les parents n’avaient pas de nounou. Souvent plus âgés, donc plus fatigués, ils ne faisaient pas forcément beaucoup de choses avec leurs petits-enfants », explique-t-elle. La philosophe voit dans cette nouvelle implication le reflet des changements sociétaux : « Les grands-parents d’aujourd’hui sont dynamiques, ont une vie sociale, leurs propres loisirs… Ils ne veulent plus être enfermés dans un rôle traditionnel mais prendre au contraire une place active dans la vie de leurs petits-enfants ».
Des rapports familiaux chamboulés
Ce nouveau rôle qu’occupent les grands-parents bouleverse aussi la relation qu’ils entretiennent avec leurs propres enfants. « Cette génération découvre un autre visage de ses parents. Elle les voit être plus patients, plus tendres et disponibles », analyse Nicole Prieur.
Cette redéfinition des dynamiques familiales peut être à double tranchant et générer, dans certains cas, des tensions. Soit parce que les enfants devenus parents ressentent de la frustration à ne pas avoir obtenu la même attention quand ils étaient petits, soit parce qu’en ne prenant pas en compte le cadre fixé par les parents, les grands-parents outrepassent leur position. Jean en sait quelque chose. Alors que sa mère avait avec lui « des attentes incroyablement élevées en termes de politesse, d’obéissance et de rigueur », il se trouve aujourd’hui désarçonné face à son laxisme. « Elle est parfois en contradiction avec les règles que nous avons fixées. Résultat, j’hésite de plus en plus à lui laisser mon fils. »
Mais, tempère Nicole Prieur, la plupart des relations entre petits-enfants et grands-parents aident surtout à « restaurer un lien avec la génération intermédiaire » et à « apaiser les relations familiales ». C’est le cas pour Alexis. Élevé par des parents « stricts », le trentenaire prend aujourd’hui plaisir à envoyer sa fille de quatre ans chez eux pour les vacances. « C’est très étrange et en même temps agréable de les voir se forcer à évoluer pour ne pas être largués », témoigne-t-il. Du côté des filles de Laurence aussi, cette évolution de leurs parents est la bienvenue. « Ça les fait rigoler. Les petits-enfants sont trop contents de venir, les parents sont trop contents de nous les laisser. Finalement, tout le monde est satisfait, et c’est ça le plus important », conclut-elle.
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