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Face à la « crise » de l’itinérance, un organisme réclame un comité d’urgence à Québec

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Évoquant une « crise » de l'itinérance sans précédent à Québec, la clinique Droit de Cité réclame la mise en place d'un comité d'urgence. Une proposition que le maire Bruno Marchand se dit prêt à appuyer s'il y a « consensus ».

Radio-Canada faisait état la semaine dernière d'une augmentation des interventions policières visant à forcer les personnes en situation d'itinérance à se déplacer des lieux publics, de jour comme de nuit.

Le personnel de Droit de Cité, dont la mission est notamment d'accompagner les personnes marginalisées à travers leurs démêlés judiciaires, est aux premières loges du phénomène.

De plus en plus de gens viennent nous voir parce qu'ils ont des contraventions pour flânage ou pour d'autres règlements municipaux. Pour nous, ça commence à être très inquiétant, affirme Chantal Gariépy, coordonnatrice de Droit de Cité.

Des effets personnels laissés sur un terrain vague

L'itinérance visible a augmenté de 20 % à Québec entre 2022 et 2025.

Photo : Radio-Canada / David Remillard

Sa collègue Josiane Mondou, intervenante sociale et responsable de la supervision clinique au sein de l'organisme, fait un triste constat de l'été 2026. Ça fait plus de 10 ans que je suis à Droit de Cité, je n'ai jamais vu une crise de cette ampleur-là, dit-elle en entrevue à Radio-Canada.

Dans ce contexte, et faute d'avoir trouvé une réponse collective aux enjeux de cohabitation liés au phénomène de l'itinérance, Droit de Cité réclame la création d'un comité d'urgence. On pense que c'est une situation de crise. Il faut répondre rapidement et on a l'impression que ça ne bouge pas assez vite. La réponse [actuelle] n'est pas adéquate, plaide Mme Mondou.

On a atteint les limites

Selon Chantal Gariépy, les canaux de communication ne fonctionnent pas à Québec. Malgré les demandes répétées du milieu communautaire de mettre fin à certaines pratiques, dont les déplacements forcés et le démantèlement systématique des campements, la Ville a maintenu la ligne dure ces derniers mois et a même serré la vis.

Le comité d'urgence vise à décloisonner le travail en silo et à asseoir tous les acteurs autour d'une même table. Personnes en situation d'itinérance, résidents logés, police, Ville, organismes communautaires, avocats et universitaires pourraient tous contribuer à développer des alternatives à la répression actuelle.

Il faut que Bruno Marchand s'entoure de ces gens-là, qu'il écoute, et qu'on participe collectivement à une réponse concertée. C'est comme ça qu'on va arriver au moins pire des scénarios. Présentement, on n'arrive pas à travailler en collaboration. On a atteint les limites dans les espaces qu'on a actuellement, soutient Mme Gariépy. On a l'expertise à Québec.

Une femme portant des lunettes

Chantal Gariépy, coordonnatrice, Droit de Cité

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguere

L'organisme croit que Québec est en retard dans sa gestion de la cohabitation et de l'espace public. Josiane Mondou note des avancées ailleurs au Québec, dont Montréal, Longueuil ou Sherbrooke, où des stratégies ont été mises en place en concertation avec l'ensemble des acteurs, y compris les personnes vivant dans la rue.

Dans le cas de Longueuil, par exemple, la Charte des droits et libertés et les récents jugements des tribunaux ont été pris en compte dans l'élaboration de la politique de gestion des campements, lesquels sont tolérés sur le territoire municipal.

On y reconnaît que la présence de campements illustre des défis systémiques auxquels il faut répondre avec cohérence, dignité et collaboration, indique le Protocole partenarial de gestion des campements. Les personnes vivant en campement sont des actrices et acteurs clés de la solution.

Droit de Cité déplore la vision de la Ville de Québec. La capitale impose une tolérance zéro, alors qu'à Longueuil, on soutient que les démantèlements systématiques comportent des risques majeurs, comme l'isolement, l'atteinte à la santé, une dispersion et un coût élevé.

Des personnes en situation d'itinérance dans un campement.

La Ville de Québec ne tolère pas les campements, alors que certaines Municipalités sont plus patientes, n'ayant pas toujours des alternatives à offrir pour les personnes en situation d'itinérance. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Raphaël Poliquin

236 $ pour avoir flâné

Au-delà des campements, la clinique Droit de Cité dénonce de voir des règlements municipaux supplanter certains droits fondamentaux.

En entrevue, les deux intervenantes donnent l'exemple d'une personne en situation d'itinérance ayant reçu un constat d'infraction pour flânage, en pleine nuit, alors qu'elle tentait de trouver un endroit pour dormir et qu'il pleuvait au centre-ville. Divulgation de la preuve en main, elles expliquent que cette personne n'avait nulle part où aller.

La personne s'est abritée avec une autre personne [sous un gazebo] au parc Jean-Paul-L'Allier. Il pleuvait, il faisait froid, raconte Chantal Gariépy. Des patrouilleurs de la police de Québec se sont présentés une première fois vers 2 heures, demandant aux personnes concernées de se déplacer.

On utilise un article du règlement municipal 1091, on va le mettre au-dessus de la Charte des droits et libertés qui vise à garantir la sécurité.

Selon le document consulté par Radio-Canada, les deux personnes ont été interpellées au même endroit un peu plus de deux heures plus tard. N'ayant pas trouvé de lieu convenable pour se protéger de la pluie, elles sont retournées au même endroit.

Les patrouilleurs, qui repassaient par là eux aussi, leur ont donné un constat d'infraction. T'es couché en petite boule, t'as froid et t'as nulle part où aller, s'indigne Mme Gariépy. Les personnes vont sûrement contester, mais ce n'est pas acceptable qu'on soit rendu à ce point à serrer la vis.

Le maire ouvert à l'idée

Bien que la Ville se soit dotée d'une vision et d'un plan d'action sur l'itinérance, les organismes estiment qu'il n'existe aucune réelle collaboration à l'heure actuelle.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, n'est pas contre l'idée de créer un comité d'urgence et mettre en place ce nouveau nouvel espace.

Nous voyons d’un bon œil toute proposition qui pourrait favoriser une meilleure collaboration et un plus grand impact des actions de chacun des partenaires. Si la mise en place d’un comité comme celui-ci fait consensus, nous allons évidemment y collaborer, a-t-il répondu par écrit à Radio-Canada.

Rappelons que le maire a été sévèrement critiqué la semaine dernières pour certains propos sur l'itinérance.

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