De l’aube claire de Vancouver à la nuit poisseuse du Missouri, un drôle de sentiment nous a escorté sur la route de ce quart de finale de Coupe du monde pour l’équipe de Suisse. Au Canada comme au Mexique, on rangeait déjà guirlandes et cotillons, ainsi que dans dix villes des Etats-Unis. Quarante pays sont déjà rentrés à la maison, où les attendaient des débats sur l’identité nationale – les vertus germaniques perdues de la Mannschaft, les promesses jamais tenues du Sénégal, le trop grand nombre de chrétiens évangélistes en Seleçao brésilienne –, sauf au Paraguay où la courte défaite 1-0 contre la France a été célébrée avec fierté.
La Suisse, elle, est toujours là, heureuse, soudée, déclenchant une unanimité de plus en plus rarement observée au pays. D’habitude, elle part avant la fin de la fête. Ce serait même dans sa nature, selon les blagues qui circulent actuellement en Argentine (du style: «Fou de joie après la qualification contre la Colombie, un Suisse a traversé au feu rouge.») Mais non, nous voilà encore pimpants à l’after, tel Murat Yakin dans un bar de Vancouver l’autre nuit après la victoire, peaufinant son flow d’antagoniste de James Bond.


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