12 millions d’euros. Deux ans de travaux. Et un accès totalement interdit au public. Le centre aquatique de Toucy, dans l’Yonne, a failli ne jamais ouvrir ses portes à cause d’un défaut de charpente découvert à quelques semaines de l’inauguration prévue. L’affaire a scandalisé tout le territoire de Puisaye-Forterre à l’été 2025, et illustre avec une brutalité rare ce que peuvent coûter les défaillances d’un seul acteur sur un chantier public.
À retenir
- Une structure de charpente inadéquate pose un danger immédiat au site
- Le budget initial a plus que doublé en cinq ans sans résultat visible
- Les habitants attendent depuis une décennie cet équipement collectif
Sommaire
- Un toit qui s’affaisse, un bâtiment interdit d’accès
- Un projet de dix ans, un budget qui a doublé
- Qui paie ? Qui est responsable ?
- Le dénouement : une ouverture finalement obtenue, cinq mois plus tard
Un toit qui s’affaisse, un bâtiment interdit d’accès
Le centre aquatique devait ouvrir à Toucy le 1er septembre 2025, après deux ans de construction. Mais fin juillet, le couperet tombe. Ce sont les sections de bois de charpente qui posent problème : d’après les informations relayées par la communauté de communes, elles comportent un « défaut de conception qui met en péril l’ensemble de l’ouvrage ». elles ne sont pas aux dimensions requises par les documents techniques unifiés du projet, et une zone s’est déjà affaissée.
Selon le président de l’intercommunalité, Jean-Philippe Saulnier-Arrighi, « les charpentes posées il y a quinze mois sont inappropriées à supporter les tuiles mises sur le toit ». Quinze mois. La structure a donc été installée, validée en apparence, puis laissée en place sans que personne ne tire la sonnette d’alarme. Le constat est implacable : le centre aquatique représente un danger, et l’accès au site est désormais totalement interdit.
L’intercommunalité envisage alors le pire. Elle craint de devoir tout détruire pour reconstruire le centre aquatique, ce qui impliquerait d’attendre plusieurs années avant de voir l’infrastructure ouvrir ses portes. Un scénario cauchemardesque pour un équipement qui n’a jamais accueilli un seul baigneur.
Un projet de dix ans, un budget qui a doublé
Après deux ans de construction, ce centre aquatique de 2 700 mètres carrés comprend deux bassins, un espace bien-être et une partie toboggans de type pentagliss. Jusqu’à cette ouverture, les 57 communes de Puisaye-Forterre ne disposaient pas d’un tel équipement, et les élèves étaient emmenés à Auxerre ou Sens pour les cours de natation. L’attente était donc réelle, enracinée dans le quotidien de milliers de familles.
Le chantier lui-même était porteur d’une histoire longue. Estimé à 6,6 millions d’euros en 2017, le centre aquatique a finalement atteint 12,5 millions d’euros, soit presque le double du budget initial. Une dérive des coûts que certains habitants avaient déjà commencé à pointer du doigt avant même que la malfaçon ne surgisse. Aucune entreprise locale n’a été retenue pour la construction, privant ainsi les artisans et PME du territoire de retombées économiques pourtant attendues. l’argent public a quitté le territoire sans y laisser grand-chose, avant même que l’équipement ne serve à quoi que ce soit.
Le collectif citoyen « Indignons-nous de Puisaye-Forterre » a d’ailleurs saisi l’occasion pour aller plus loin dans la critique. Le centre aquatique, prévu pour accueillir 7 000 nageurs, leur apparaît largement surdimensionné pour un bourg de 2 562 habitants, les habitants les plus éloignés devant parcourir des dizaines de kilomètres tout en assumant une hausse des impôts et un tarif d’entrée d’au moins 5 euros. Un argument que les élus de l’intercommunalité contestent, en rappelant que l’équipement rayonne sur 57 communes.
Qui paie ? Qui est responsable ?
La réponse du président de la communauté de communes est ferme : Jean-Philippe Saulnier-Arrighi annonce qu’il va engager la responsabilité des entreprises « qui ont été défaillants », cabinet d’architecture, constructeur et bureau de contrôle — et que cette situation ne coûtera rien à la communauté de communes. Belle intention. Mais entre l’intention et le résultat, il y a les tribunaux, les expertises, les mois d’attente.
Un huissier et un expert étaient d’ailleurs sur place le 4 août 2025 dans l’après-midi pour constater les défauts de conception de l’ouvrage. Pendant ce temps, les coûts s’accumulent. L’intercommunalité a provisionné 150 000 euros pour régler les frais de fonctionnement du centre nautique jusqu’à l’ouverture : chaufferie et salaires des employés du délégataire Vert Marine, recrutés pour une piscine qui ne peut pas ouvrir. Des directeurs, des personnels en CDI qu’il va falloir payer pour surveiller un bâtiment vide. Le paradoxe est total.
La question de la responsabilité pèse aussi sur les familles : le contentieux provoque des conséquences importantes pour les élèves des collèges et écoles élémentaires, l’Éducation nationale ayant été prévenue et un appel d’offre ayant été lancé pour le transport des enfants afin qu’ils apprennent à nager. Tout cela, mis à l’arrêt d’un coup.
Le dénouement : une ouverture finalement obtenue, cinq mois plus tard
L’histoire aurait pu virer à la catastrophe judiciaire totale. Elle a pris une autre tournure. L’entreprise responsable de la malfaçon, basée à Belley dans l’Ain, a reconnu son erreur et accepté de reprendre l’ouvrage, et la correction de la charpente a été validée par Socotec, le nouveau bureau d’étude missionné par la communauté de communes. Les travaux ont débuté le 6 octobre.
Les habitants de Puisaye-Forterre ont finalement pu se jeter à l’eau avec l’ouverture officielle du centre aquatique intercommunal à Toucy le lundi 2 février 2026, après plusieurs mois d’attente. Cinq mois de retard, des centaines de milliers d’euros de frais supplémentaires, une saison scolaire sans apprentissage de la natation sur place. Et une leçon amère sur la solidité des contrôles en matière de marchés publics de construction : « Normalement, les problèmes de charpente se détectent avant », remarque une habitante, lucide. Quand un bureau de contrôle est lui-même dans le collimateur des poursuites judiciaires aux côtés du constructeur, la chaîne de vérification censée protéger l’argent public révèle ses failles de manière spectaculaire.
Sources : info-chalon.com | france3-regions.franceinfo.fr


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