Un stade payé… 30 ans après la fin des Jeux qu’il devait accueillir. Le Stade olympique de Montréal, construit pour les JO de 1976, a vu sa dette totalement épongée le 14 novembre 2006, financée notamment par une taxe spéciale sur le tabac instaurée dès juin 1976. Facture finale : 1,35 milliard de dollars canadiens de 1976 avec les intérêts, soit 5,2 milliards de dollars actualisés en 2016. De quoi valoir à l’édifice un surnom qui colle à sa carcasse de béton depuis un demi-siècle : le « Big Owe », littéralement le « grand dû ».
À retenir
- Un stade livré incomplet en 1976, sans toit et avec une tour inachevée
- Une taxe sur le tabac instaurée depuis juin 1976 pour éponger la dette olympique
- Nouvelle facture de 870 millions pour remplacer un toit percé de plus de 20 000 trous
Sommaire
- Un chantier qui a dérapé avant même l’ouverture des Jeux
- Trente ans de taxe sur le tabac pour effacer l’ardoise
- Un toit troué à plus de 20 000 endroits, et une nouvelle facture de 870 millions
Un chantier qui a dérapé avant même l’ouverture des Jeux
Le pari était osé dès le départ : ériger, en pleine ville, le plus grand complexe sportif jamais imaginé pour un été de compétition. Mais les ambitions architecturales du maire de l’époque, Jean Drapeau, se sont heurtées à une réalité de chantier chaotique. La construction a connu de nombreux problèmes : des grèves, de la corruption, des retards importants. Résultat ? Un stade livré incomplet. Lors de l’ouverture des Jeux en 1976, le Stade n’a pas de toit et la construction de la tour n’est même pas terminée. Il faudra attendre 1988, soit douze ans plus tard, pour voir la fameuse tour penchée enfin achevée.
Le stade Wembley excepté, l’enceinte montréalaise a longtemps détenu le record du stade le plus coûteux jamais construit, avant d’être dépassée par des infrastructures américaines comme le Yankee Stadium ou le MetLife Stadium. Un forum de discussion consacré au dossier a d’ailleurs mis en ligne, à l’époque du remboursement final, le détail exact de la facture : 839 millions pour le stade lui-même, 175 millions pour la tour, 107 millions pour les stationnements, 133 millions pour le vélodrome et le futur Biodôme, 122 millions pour le village olympique (depuis revendu) et 44 millions divers, pour un total arrondi à 1 474 millions de dollars, intérêts compris. Le stade et sa tour représentaient à eux seuls la quasi-totalité de cette somme : le stade et sa tour représentent presque 70 % du coût total, soit 57 % pour le stade et 12 % pour la tour.
Trente ans de taxe sur le tabac pour effacer l’ardoise
Comment rembourser une dette pareille sans faire exploser les impôts de tous les Québécois ? Le gouvernement de l’époque a trouvé une solution aussi simple qu’efficace : faire payer les fumeurs. Une partie précise des recettes de l’impôt sur le tabac a été affectée dès juin 1976 au remboursement de la dette olympique, année après année, jusqu’à extinction complète du solde. C’est notamment grâce à une partie des revenus de l’impôt sur le tabac, affectés au remboursement de la dette olympique depuis juin 1976, que la facture a pu être payée totalement le 14 novembre 2006.
Le mécanisme reposait sur un prélèvement modeste mais constant : environ 8 % des taxes sur les produits du tabac étaient dirigés chaque année vers ce fonds de remboursement, selon les explications données à l’époque par la Régie des installations olympiques. En 2005, à quelques mois de la dernière échéance, la question s’est même posée de savoir si cette ponction allait disparaître une fois la dette éteinte. La réponse a été négative : le ministre des Finances Michel Audet n’avait pas l’intention de lever la taxe « olympique » sur le tabac une fois le Stade remboursé, en juin 2006, le gouvernement québécois préférant conserver ces recettes plutôt que de les laisser filer. Un joli exemple de taxe soi-disant temporaire qui finit par s’installer durablement dans le paysage fiscal.
La rigueur administrative a même retardé l’annonce officielle de la fin du remboursement. Selon un échange rapporté à l’époque entre la Régie et le ministère des Finances, le contrôleur des finances devait dresser son bilan final avant d’envoyer une attestation écrite au gouvernement confirmant que la dette était bel et bien payée, à la manière d’une banque validant le solde d’une hypothèque. Ironie du sort : ceux qui n’ont jamais touché une cigarette de leur vie ont, techniquement, contribué au remboursement du stade sans jamais payer un centime de cette taxe spécifique.
Un toit troué à plus de 20 000 endroits, et une nouvelle facture de 870 millions
Payer la dette ne réglait pas tout. Depuis son installation, la toile qui coiffe le stade a connu plusieurs vies, et plusieurs déboires. Le toit actuel est une toile en bien mauvais état, percée de plus de 20 000 trous, endommagée chaque hiver par l’accumulation de glace et de neige qui rend l’utilisation du stade risquée. Une estimation évoquait même une échéance limite : d’ici une dizaine d’années, le toit serait complètement détruit et le stade devrait être fermé définitivement.
Face à ce constat, le gouvernement du Québec a tranché en 2024 pour une solution radicale : abandonner définitivement la toile pour une structure fixe et rigide. Québec a annoncé un investissement de 870 millions de dollars pour remplacer la toiture et l’anneau technique du Stade olympique, qui avait atteint sa durée de vie utile. Concrètement, une structure légère en acier bordée d’un cerceau de verre translucide prendra la place du toit actuel, permettant de mieux protéger les lieux des intempéries et de laisser davantage entrer la lumière. Le chantier, confié au consortium Pomerleau-Canam, a démarré au printemps 2024 avec le retrait de l’ancienne toile de 27 000 mètres carrés, installée en 1998.
Au printemps 2026, les travaux avançaient à mi-parcours : environ 390 des 870 millions de fonds publics avaient été dépensés, soit 45 % du montage financier, sans que la facture définitive soit encore garantie. Le gouvernement ne cache pas ses ambitions économiques derrière ce chantier pharaonique : selon les projections officielles, le remplacement de la toiture doit générer des retombées économiques de près d’un milliard et demi de dollars sur dix ans, en faisant passer les événements accueillis d’une trentaine à une centaine par année. Un pari qui rappelle, presque cinquante ans après, celui tenu par Jean Drapeau : transformer un symbole de gigantisme budgétaire en vitrine internationale. Reste à savoir si cette nouvelle facture, elle, tiendra ses délais mieux que la précédente.
Sources : lapresse.ca | ici.radio-canada.ca


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