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Chanter avec les mains et illuminer le FIFA

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À l’affiche lors du Festival international du film sur l’art (FIFA), cinq documentaires s’intéressent à l’univers de la musique classique. Sur le plan médiatique, Song of the Hands, film de María Valverde, présenté dimanche à l’Université Concordia, domine le portrait, d’autant qu’on annonce la présence à Montréal de Gustavo Dudamel pour l’occasion.

Pour que le chef vénézuélien Gustavo Dudamel fasse le déplacement à Montréal, comme c’est prévu dimanche, il faut que l’enjeu soit de taille. Il est prévu que la projection soit suivie d’une discussion avec María Valverde, la réalisatrice, Gustavo Dudamel et Rafael Payare.

Projet inclusif

De quoi traite Song of the Hands ? D’un chœur composé de sourds-muets, le Chœur des mains blanches (tous portent des gants blancs pour que l’on voie davantage leurs gestes), qui mime expressivement la musique aux côtés d’un chœur traditionnel.

Le chef d’orchestre Gustavo Dudamel a commencé à monter, à Los Angeles, pour 2020, un projet autour de l’opéra Fidelio, de Beethoven, pour les publics sourds et entendants. Le concert n’a finalement été présenté qu’en 2022 en raison de la pandémie, ce qui explique la malencontreuse phrase d’ouverture du documentaire « À l’approche du 250e anniversaire de la naissance de Beethoven », qui tombe très mal, puisque Songs of the Hands va être vu majoritairement à l’approche de 2027, qui marque le 200e anniversaire de la mort du compositeur.

Il s’agissait d’une représentation en concert, semi-scénique, de Fidelio où les chanteurs étaient doublés par des acteurs sourds relayant leurs expressions en langue des signes. Ce concert de Los Angeles associait le Deaf West Theatre, compagnie théâtrale professionnelle fondée en 1991 promouvant le pouvoir de la langue des signes, et le Coro de Manos Blancas (le Chœur des mains blanches) du Venezuela, la venue de ce dernier étant soutenue par la Fondation Dudamel. Le projet est ensuite parti en tournée en 2024 (avec le Deaf West Theatre), avec une reprise à Los Angeles et des représentations à Barcelone, à Paris et à Londres.

Ce n’est pourtant pas cela du tout qui est filmé, mais une déclinaison vénézuélienne du projet réalisée en 2023. Ici, il s’agissait de choisir au sein du chœur les doubles de Florestan, de Leonore, de Rocco et des autres solistes. On suit donc ce processus, tout comme on suit, quelque peu, Jennifer González (Leonore) et ses pairs dans leur vie de tous les jours.

Le sujet est passionnant, puisqu’au-delà de la symbolique de la surdité de Beethoven, il y a celle de l’enfermement absolu de Florestan. Quelques scènes marquantes font le lien avec l’enfermement que provoque la surdité : l’impossibilité pour Jennifer de trouver un travail adéquat, en raison de son handicap, où la scène du très sympathique Gabriel Linarez (Rocco) chez la pédiatre, vécue en bruit blanc, où il ne peut savoir ce qui se dit autour de son bébé.

Interrogations

Le projet en soi est très futé. À l’opéra, nombre de mises en scène du dernier quart de siècle voyaient des acteurs ou des danseurs doubler des personnages. On pense évidemment au Così fan tutte d’Anne Teresa De Keersmaeker, à l’Opéra de Paris, avec Michèle Losier, Philippe Sly et Frédéric Antoun. Tant qu’à mettre en œuvre ce concept, pourquoi ne pas faire œuvre utile et inclusive avec des sourds-muets ?

Il n’en reste pas moins plusieurs questions que nous aurions bien aimé poser à Gustavo Dudamel et à la réalisatrice María Valverde, qui se trouve être l’épouse du chef. Les demandes d’entrevues dans le temps imparti à cet article ont été déclinées. En premier lieu, pourquoi ne pas avoir documenté la conception du projet initial ? Cela aurait été clairement un film sur l’inclusion, évacuant tout soupçon de énième promotion du plus puissant outil de soft power accaparé par la République bolivarienne du Venezuela à partir de l’idée géniale conçue en 1975 et développée dans les années 1980 et 1990 par José Antonio Abreu.

À ce titre, l’arrivée du directeur d’El Sistema, Eduardo Méndez, annonçant après la représentation au Venezuela la professionnalisation (et donc la rémunération des membres) du Chœur des mains blanches, semble quasiment arrangée avec le gars des vues. Pour un peu, l’objet du film deviendrait alors l’acte de naissance d’un nouvel outil de soft power. « Vous êtes un symbole pour El Sistema, pour le pays », déclare Dudamel avant cette annonce. En effet.

La position du chef d’orchestre, désormais en poste à New York, par rapport à la continuation de sa participation à la présentation à l’étranger du porte-drapeau culturel vénézuélien, notamment après les répressions sanglantes des manifestations de 2017, a été discutée un peu partout. Dudamel est resté très habilement flou.

Par ailleurs, et pour clore le sujet, de nombreuses études attestent que le meilleur moyen d’améliorer le sort des personnes handicapées est évidemment de consolider l’économie d’une nation au profit de tous, pas de choisir une trentaine de personnes pour agiter des mains et de plonger par ailleurs un pays dans un chaos économique. Le rapport de juillet 2025 de la plateforme HumVenezuela, qui mérite vraiment d’être lu après avoir vu le film, est plus qu’effrayant à ce sujet.

Alors, film d’art ou film de propagande ? Chacun se fera son opinion.

Autres films

Les quatre autres contributions classiques au FIFA sont Ai Weiwei’s Turandot, de Maxim Derevianko ; Le veilleur, de Victoire Bonin Grais et Lou Du Pontavice ; Terre, pierre, guerre et feu, de Mario Côté, et Adieu l’opéra, de Yonathan Kellerman.

Le sujet d’Adieu l’opéra est original, intéressant et touchant. Yonathan Kellerman suit deux danseuses et un danseur, les étoiles Alice Renavand et Stéphane Bullion, et Aurélia Bellet, sujet dans le corps de ballet de l’Opéra de Paris, qui, arrivés dans la quarantaine, sont amenés à prendre leur retraite.

« L’exercice de vos fonctions implique une fatigue physique qui ne vous permet plus de répondre aux exigences artistiques de l’Opéra de Paris », argue l’institution. Être témoins, sans voyeurisme, du chamboulement psychologique chez certains est vraiment émouvant (« Est-ce que cela va arriver ; est-ce que je ne vais pas lâcher avant ? », lâche Alice Renavand). Très bien conçu, Adieu l’opéra ne pouvait exister que grâce à une totale relation de confiance établie par Kellerman.

Le grand artiste multidisciplinaire et dissident chinois Ai Weiwei aborde Turandot à l’Opéra de Rome. C’est sa première mise en scène d’opéra. Mais, et cela rentre dans les réflexions suscitées par la récente sortie de Timothée Chalamet, le temps de l’opéra n’est pas la matrice d’Ai Weiwei, qui est un génie du « choc de l’image ». Le processus créatif pour actualiser l’opéra et introduire des considérations sur le peuple et l’État oppresseur est intéressant à suivre, mais les épisodes « la COVID-19 nous met les bâtons dans les roues » sont devenus lassants six ans plus tard, le monde étant passé à autre chose. Une captation du spectacle avec un making of de 15 minutes aurait été nettement plus utile que ce film dilué.

Toujours la Chine, mais sous un autre angle et nettement plus original, Le veilleur est un documentaire bouleversant dont la qualité est de laisser le temps au temps. Guangdong, gardien au Conservatoire de Pékin, espère, avec sa femme, Baoyan, concierge dans un hôtel, que leur fils, Zhaohang, corniste, parte à l’étranger et devienne un grand musicien. Sous le regard de la caméra, les parents qui n’ont plus de maison, le fils exilé en Estonie, qui sent qu’il ne comble pas leurs attentes (« je me sens si ordinaire »), le hiatus entre la Chine de l’essor et celle des laissés-pour-compte qui campent sur la plage, le rêve d’ailleurs, la lente déliquescence des choses (« tu te crois important, mais tu n’es rien » de Baoyan à Guangdong)… Le rythme, le ton, les regards sont des biens précieux distillés dans ce documentaire subtil.

Terre, pierre, guerre et feu est un projet audio visuel d’ici, de la musique contemporaine acoustico-électronique assortie à des images oniriques.

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