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À Arzano, Sandrine et Jacques Valégant ont profondément transformé leur outil de production en 2020. Derrière cet investissement majeur, un objectif clair : gagner en efficacité.

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Quand Jacques Valégant a imaginé son bâtiment, il pensait d'abord à l'avenir.

Quand Jacques Valégant a imaginé son bâtiment, il pensait d’abord à l’avenir. ©Bertrand Dumarché

Par Bertrand Dumarché Publié le 30 juil. 2026 à 18h12

À 7 h 30, comme chaque matin, Jacques Valégant commence sa journée par un tour complet du troupeau. Carnet à la main, il observe, note et anticipe : une vache à surveiller, une intervention à programmer, un lot à suivre de plus près. Une demi-heure plus tard, les salariés arrivent et la journée s’organise autour des priorités qu’il a identifiées.

Cette routine bien rodée résume assez bien la philosophie du GAEC du Coadic, à Arzano (Finistère) : observer, réfléchir et faire évoluer l’exploitation en permanence.

Installé depuis 2005, Jacques Valégant a vu l’entreprise changer de dimension au fil des années. À ses débuts, la ferme produisait environ 550 000 litres de lait. Les reprises successives d’exploitations voisines ont progressivement fait grandir l’atelier jusqu’à dépasser les 2 millions de litres.

« Nous nous sommes retrouvés avec des bâtiments anciens, conçus à différentes époques. À un moment, il fallait reconstruire quelque chose de cohérent », explique-t-il.

Le projet qui allait transformer l’exploitation commence à prendre forme en 2017. Pendant trois ans, les associés visitent de nombreuses fermes, constituent leur dossier administratif et affinent leurs choix techniques avant de lancer les travaux.

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Un bâtiment conçu autour de la circulation et du confort

Mis en service en 2020, le nouvel ensemble accueille aujourd’hui près de 260 vaches laitières. Dès le départ, les éleveurs ont cherché à concilier efficacité et simplicité.

Le bâtiment est de conception bi-pente, avec une auge centrale. Les animaux circulent librement entre les logettes, les robots de traite et les espaces d’alimentation. Quatre robots assurent la traite du troupeau. Les logettes souples améliorent le confort de couchage, tandis que les racleurs automatisés limitent les interventions manuelles.

Un détail frappe immédiatement le visiteur : le calme qui règne dans le bâtiment. Pas de barrières qui claquent, peu de bruit mécanique. Les vaches évoluent tranquillement autour des robots.

Les associés ont notamment opté pour des barres d’alimentation sans cornadis bloquants, afin de limiter le stress des animaux.

« Si une vache est surprise par le passage du robot racleur, elle peut se déplacer librement. On sent que cela contribue à l’ambiance générale du troupeau », observe Jacques Valégant.

L’exploitation a également investi l’an dernier dans des tapis de circulation Magellan pour améliorer la locomotion des animaux et réduire les risques de glissade.

La ventilation, un investissement devenu indispensable

S’il devait modifier un élément du projet initial, Jacques Valégant sait déjà lequel. « Avec le recul, j’aurais installé la ventilation dès le départ. »

Les brasseurs d’air n’ont été ajoutés qu’en 2025, mais leur impact a été immédiat. Lors des épisodes de fortes chaleurs, les éleveurs ont constaté une nette amélioration du confort des animaux, avec des effets visibles sur la production. « On a observé qu’il n’y avait pratiquement plus de baisse de lait pendant les grosses chaleurs. Sous les ventilateurs, le ressenti est impressionnant. »

Dans un contexte où les épisodes caniculaires se multiplient, cet équipement apparaît désormais comme un élément incontournable de la conduite du troupeau.

Une nurserie pensée comme le premier maillon de la performance

Pour Sandrine Valégant, il était impensable de construire un bâtiment laitier moderne sans accorder la même attention aux veaux. « Il n’était pas question d’avoir un bâtiment performant si la nurserie ne suivait pas. »

Le nouveau site comprend donc une nurserie de 85 places, conçue pour faciliter le travail tout en sécurisant le démarrage des jeunes animaux.

Les veaux passent d’abord par des niches individuelles installées sur caillebotis, avant d’intégrer des igloos collectifs équipés de systèmes de bascule hydraulique. L’objectif est double : garantir de bonnes conditions sanitaires et assurer une croissance régulière.

La ration est préparée sur place et les animaux sont sevrés autour de 100 kg.

« Les niches extérieures apportent beaucoup. Elles limitent les courants d’air tout en maintenant une température plus stable », souligne l’éleveuse.

Avec entre 250 et 300 vêlages par an, la qualité de cet équipement est devenue un enjeu majeur pour le fonctionnement global de l’exploitation.

Produire beaucoup, mais en restant autonome

Avec 258 vaches laitières et près de 2,83 millions de litres produits annuellement, le GAEC du Coadic fait partie des élevages laitiers importants du secteur.

Pour autant, les associés revendiquent une ligne de conduite simple : rechercher l’autonomie maximale.

Sur les 288 hectares de SAU, la rotation s’articule notamment autour de 115 hectares de maïs, dont 85 hectares destinés à l’ensilage, et d’environ 90 hectares de céréales.

Tous les fourrages sont produits sur l’exploitation. « Celui qui conseille ne vend pas et celui qui vend ne conseille pas », résume Jacques Valégant pour expliquer sa stratégie alimentaire.

L’exploitation travaille avec un nutritionniste indépendant pour optimiser les rations. Les matières premières sont achetées brutes, puis assemblées sur place.

Selon les données présentées lors de la journée Innov’Action, le coût alimentaire des vaches laitières s’élevait à 11,2 euros par vache et par jour au printemps 2026, pour une production moyenne de 38 litres de lait par jour.

Cette recherche d’autonomie se retrouve également dans l’atelier viande.

Les croisements viande permettent de valoriser une partie des naissances, tandis que les génisses et taurillons sont engraissés sur l’exploitation.

En 2025, 48 jeunes bovins ont ainsi été commercialisés. Les génisses reviennent généralement en bâtiment après une phase de pâturage, afin de valoriser au maximum les prairies permanentes.

Valoriser chaque ressource

L’autre fil conducteur du projet concerne la valorisation des ressources produites sur la ferme. Les effluents font l’objet d’une attention particulière. Un séparateur de phases permet de distinguer les fractions liquides et solides. « Sur près de 290 hectares, il faut valoriser au mieux les éléments fertilisants. La partie solide est notamment utilisée sur les prairies de fauche. »

La fosse couverte contribue également à limiter les pertes d’azote et à améliorer la gestion des déjections.

L’exploitation a aussi investi dans la production d’énergie renouvelable grâce à des trackers photovoltaïques. Les résultats sont déjà significatifs : depuis leur mise en service en 2023, 76 % de l’électricité produite est consommée directement sur l’exploitation. Le photovoltaïque couvre environ 30 % des besoins électriques du site et a permis de générer près de 39 000 euros d’économies en trois ans.

Un investissement au service de la transmission

Au-delà des performances techniques, ce nouveau bâtiment répond à une autre ambition : préparer l’avenir.

Sandrine et Jacques Valégant ont aujourd’hui respectivement 52 et 54 ans. Leur fils Alexis, 20 ans, envisage de reprendre l’exploitation. Les choix réalisés depuis cinq ans s’inscrivent donc aussi dans cette perspective. « Quand on transmettra, il faut que les outils soient adaptés aux attentes des générations qui arrivent. »

La question de la qualité de vie a largement guidé les décisions prises lors de la conception du projet. Grâce à l’organisation collective, aux salariés permanents et au recours à de la main-d’œuvre complémentaire, les associés peuvent désormais prendre entre quatre et cinq semaines de congés par an. Les astreintes sont limitées à un week-end sur trois.

Dans un secteur souvent confronté à des difficultés de recrutement et de renouvellement des générations, l’enjeu est loin d’être anodin. « Limiter la pénibilité et rendre le travail plus pratique, c’est indispensable aujourd’hui », estime Sandrine Valégant.

À Arzano, le bâtiment inauguré en 2020 ne se résume donc pas à une simple augmentation de capacité. Il illustre une vision globale de l’élevage : des animaux confortables, des salariés qui trouvent leur place, des ressources mieux valorisées et une exploitation préparée pour la génération suivante. Un investissement conséquent, certes, mais pensé comme un outil de durabilité autant que de production.

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