Douze kilos perdus en deux mois. En ne mangeant que des Twinkies, des chips Doritos, des Oreos et des céréales sucrées. Voilà le bilan improbable d’une expérience menée en 2010 par Mark Haub, alors professeur de nutrition humaine à l’université d’État du Kansas, qui voulait tester une idée simple sur ses propres kilos : et si seul le nombre de calories comptait, peu importe leur provenance ?
Le pari tenait en une phrase. Mark Haub, professeur de nutrition humaine à l’université d’État du Kansas, a mangé des pâtisseries industrielles toutes les trois heures à la place de vrais repas, dans le cadre d’une expérience individuelle destinée à ses étudiants, avec pour objectif d’examiner le rôle du déficit calorique dans la perte de poids. Une manière radicale de vérifier si la première loi de la thermodynamique prime réellement sur la qualité nutritionnelle vantée par tous les guides diététiques.
À retenir
- Un professeur de nutrition n’a mangé que du junk food pendant 60 jours avec un seul paramètre contrôlé : les calories
- Son cholestérol a chuté et son poids a plongé, mais les scientifiques refusent de tirer des conclusions hâtives
- Il cachait ses Twinkies à ses enfants : une expérience instructive mais profondément inapplicable au quotidien
Sommaire
- Un menu improbable, mais un calcul très strict
- Des chiffres qui font tiquer les cardiologues
- Pourquoi les nutritionnistes refusent d’en tirer une leçon générale
Sur le papier, le régime ressemble à un cauchemar de diététicien. Pendant dix semaines, au moins deux tiers de son alimentation étaient composés de Twinkies, de gâteaux Little Debbie, de Doritos, de céréales sucrées et d’Oreos. Une journée type incluait un double espresso, des Twinkies Hostess, un Little Debbie Star Crunch, un Diet Mountain Dew, des Doritos Cool Ranch, des Corn Pops de Kellogg’s, du lait entier, des carottes et un brownie.
Le professeur ne s’est pas contenté de piocher au hasard dans les rayons du supermarché. Son régime, composé aux deux tiers de snacks industriels, comprenait aussi un complément multivitaminé, un shake protéiné et des légumes en conserve. Il consommait également quelques légumes frais, comme des haricots verts et des asperges, ainsi qu’un shake protéiné occasionnel. Le vrai levier, celui qui change tout, c’était le comptage calorique : chaque bouchée était pesée, chaque paquet noté. Malgré une alimentation composée presque exclusivement de junk food, il a limité son apport à 1 800 calories par jour, soit environ 800 calories de moins que ce dont son corps avait besoin pour maintenir son poids. Rien d’autre n’a changé dans son quotidien : il a maintenu le même niveau d’activité physique modérée qu’avant de commencer le régime.
Des chiffres qui font tiquer les cardiologues
Deux mois plus tard, la bascule a rendu son verdict. Haub était passé de 91 à 79 kilos environ, avec un indice de masse corporelle tombé de 28,8, dans la zone du surpoids, à 24,9, dans la fourchette normale. Son taux de graisse corporelle a suivi la même trajectoire : il est passé de 33,4 % à 24,9 %.
C’est la suite qui a fait le tour des rédactions américaines. Son mauvais cholestérol, le LDL, a chuté de 20 %, son bon cholestérol, le HDL, a grimpé de 20 %, et ses triglycérides ont diminué de 39 %. Des marqueurs qu’on associe d’ordinaire à une alimentation riche en fibres et pauvre en sucres rapides, pas à un régime bâti sur les rayons confiserie d’une station-service. Haub lui-même s’est montré perplexe face à ses propres analyses de sang. « C’est là que ça devient perturbant, a-t-il confié. Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Un détail mérite d’être signalé : ce n’était pas un long fleuve tranquille. Au début de l’expérience, il a d’abord vu ses triglycérides, son cholestérol et sa tension artérielle augmenter, avant que son organisme ne s’ajuste et que les indicateurs ne s’inversent complètement. Une phase d’adaptation qui rappelle que le corps ne réagit jamais de façon linéaire à un bouleversement alimentaire aussi brutal.
Pourquoi les nutritionnistes refusent d’en tirer une leçon générale
La diététicienne Dawn Jackson Blatner résume l’affaire d’une formule limpide : « Quand on perd du poids, peu importe la méthode, même avec des aliments industriels, en général on voit ces marqueurs s’améliorer. » ce n’est pas la magie des Twinkies qui a guéri son cholestérol, c’est la perte de poids elle-même, mécaniquement liée au déficit calorique.
Cette nuance change tout. Elle a d’ailleurs alimenté une polémique nourrie côté scientifique. Certains commentateurs ont pointé que l’amélioration du profil lipidique de Haub, avec baisse du mauvais cholestérol, hausse du bon et baisse des triglycérides, était attendue avec une perte de 12 kilos, les profils lipidiques étant directement liés au poids : quand on maigrit, ils s’améliorent, un point c’est tout. Le régime Twinkies ne prouverait donc pas qu’une pâtisserie industrielle vaut une asperge, mais simplement qu’un déficit calorique suffisant fait baisser le poids, et avec lui, une partie des risques cardiovasculaires liés à l’obésité.
Haub, en professeur prudent, n’a jamais présenté son expérience comme une méthode à suivre. Il n’était pas prêt à tirer de conclusions sur les répercussions à long terme du régime Twinkies, et personne ne devait s’attendre à un changement des recommandations nutritionnelles officielles. Ce que confirment aujourd’hui la plupart des professionnels de santé interrogés sur ce cas d’école : une expérience sur un seul individu, menée sur deux mois, ne dit rien des carences en micronutriments, de l’impact sur le microbiote intestinal ou de l’inflammation chronique que provoquerait ce type d’alimentation étalée sur des années. Si l’expérience de Haub a mis en lumière la puissance du contrôle calorique, elle soulève des inquiétudes sur la santé à long terme, son régime manquant de nutriments essentiels.
Reste un paradoxe que peu de régimes assument aussi frontalement : Haub mangeait ses paquets de gâteaux en cachette. Pour ne pas donner le mauvais exemple à ses enfants, il consommait ses légumes devant sa famille, mais déballait ses repas de Twinkies loin de la table. Une image presque comique, celle d’un professeur de nutrition contraint de cacher ses en-cas à ses propres enfants, qui résume à elle seule tout l’inconfort de cette expérience : scientifiquement instructive sur le mécanisme du poids, mais totalement inapplicable comme mode de vie.
Sources : boxlifemagazine.com | medboundtimes.com


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