C’est un détail vestimentaire si commun qu’on ne le remarque même plus. Sur presque tous les jeans du monde, à l’intérieur de la poche avant droite, se niche une cinquième poche rectangulaire, minuscule et difficile d’accès. La plupart d’entre nous s’en servent pour y glisser péniblement une pièce de monnaie, un ticket de métro ou une clé USB. Mais saviez-vous que sa fonction originelle était bien plus noble et remonte à l’époque des cow-boys ?
Une invention née de la ruée vers l’or
Pour comprendre l’existence de cette « poche fantôme », il faut remonter au 19ème siècle, plus précisément en 1873. C’est l’année où Levi Strauss et Jacob Davis déposent le brevet du tout premier « blue jean » (le modèle 501, qui s’appelait alors « XX »).
À cette époque, le jean n’est pas un accessoire de mode, mais un vêtement de travail ultra-résistant pour les mineurs, les charpentiers et les cow-boys de l’Ouest américain. Et ces travailleurs avaient un objet précieux qu’ils devaient protéger à tout prix : leur montre à gousset.
Selon les historiens de la marque Levi Strauss & Co., cette petite poche a été spécifiquement conçue comme une « watch pocket » (poche à montre). Sa taille était calculée pour épouser parfaitement la forme d’une montre à gousset, l’empêchant de glisser, de se rayer contre d’autres outils ou de tomber lorsque le cavalier galopait à cheval.
« La première paire de blue-jeans comportait quatre poches : une seule à l’arrière, deux à l’avant, et la petite poche pour la montre » confirme l’historienne de la marque, Tracey Panek, dans les archives officielles de Levi’s (Source : Levi Strauss History).
Crédit : BrianAJackson
Pourquoi l’a-t-on gardée ?
Si les montres à gousset ont disparu au profit des montres-bracelets au début du 20ème siècle, pourquoi cette poche a-t-elle survécu ? La réponse tient en deux mots : tradition et nostalgie.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, pour économiser du tissu et du métal, les deux rivets qui fixaient les coins de cette poche ont été retirés. Mais la poche, elle, est restée. Dans les années 50 et 60, elle a trouvé une seconde jeunesse grâce à une autre icône américaine : le briquet Zippo. Les GI’s et les fumeurs se sont rendu compte que la « watch pocket » avait exactement la taille idéale pour maintenir un briquet Zippo à la verticale, sans qu’il ne fuie dans la poche principale.
Aujourd’hui, même si son utilité pratique est discutable (certains y mettent un AirTag ou un médiator de guitare), elle reste un hommage indispensable à l’histoire du vêtement le plus porté au monde. Sans elle, un jean ne serait pas vraiment un jean.


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