Véritable chef-d’œuvre de l’ingénierie navale française, la Tara Polar Station est un laboratoire scientifique se destinant à la dérive dans l’océan Arctique. Celle-ci vient tout juste de débuter un programme d’une dizaine de missions scientifiques sur deux décennies. En quoi consiste la première expédition de ce programme ?
Le coup d’envoi de vingt ans de recherche
Crée par l’architecte naval Olivier Petit, la Tara Polar Station est gérée par la Fondation Tara Océan. Il s’agit en réalité d’un navire d’une longueur de 26 m et d’une largeur de 16 m, pour une masse de 250 tonnes à vide. Le concept est né en 2014 mais sa conception industrielle a débuté en 2023, pour une inauguration le 24 avril 2025. Par la suite, plusieurs tests ont eu lieu, dont une première dérive d’un mois en Arctique pour valider les systèmes, ou encore un premier hivernage en conditions glaciales réelles en Finlande.
Le 19 juillet 2026, la Tara Polar Station a effectué son départ de Lorient, dans le cadre de l’expédition Tara Polaris I. Comme l’explique la page officielle du projet, cette mission marque le coup d’envoi d’un programme d’observation sur deux décennies (jusqu’en 2045) dans l’océan Arctique central. Rappelons au passage que cette région est quasiment inaccessible en hiver mais aussi, invisible pour la plupart des satellites.
Actuellement, le navire se dirige vers la Norvège pour une navigation de transfert d’environ un mois, afin d’embarquer les derniers équipements scientifiques lourd. Ensuite, celui-ci se positionnera stratégiquement au niveau de la côte russe pour se laisser volontairement emprisonner par la banquise, au mois de septembre. Durant un an, la station sera bloquée 90% du temps et durant les 10% restants, dérivera au gré des courants à travers l’océan Arctique central jusqu’au détroit de Fram, entre le Svalbard et le Groenland.
Quel est le but de cette première expédition ?
Dans les faits, l’expédition Tara Polaris I comporte quatre grands objectifs. Le premier consistera à explorer l’inconnu polaire, c’est à dire étudier en continu la vie marine pendant la longue nuit polaire – environ six mois – afin de comprendre comment la vie peut survivre dans le froid et l’obscurité totale. Le second objectif sera d’analyser les mécanismes biologiques et génomiques uniques que les virus, les bactéries et le microbiome de la banquise développent pour tolérer ces conditions hostiles.
L’expédition aura également pour but d’évaluer l’impact des pollutions. En effet, s’il s’agira de mesurer l’impact de la fonte accélérée des glaces, il sera surtout question de quantifier l’omniprésence des nouveaux polluants chimiques et plastiques arrivant jusqu’au Pôle Nord par les différents courants marins. Les chercheurs travailleront aussi sur l’identification de nouvelles molécules et/ou de nouveaux processus biologiques exploitables dans le domaine médical ou biotechnologique – bioprospection de pointe.
Crédit : Fondation Tara Océan
Quels équipements embarque la station ?
La Tara Polar Station est dotée d’un « puits central » (Moon Pool), c’est à dire un boyau vertical qui la traverse et ce, jusqu’à trois mètres de profondeur. Celui-ci permet l’immersion de capteurs et de plongeurs en toute sécurité face au gel de surface et à l’épaisseur de la banquise. Citons également la géode centrale, une structure isolée intégrant de larges vitrages à haute résistance thermique. Coiffant le navire, cette dernière offre une vue à 360° permettant de surveiller les mouvements de la glace. Il faut également savoir que la station bénéficie d’une propulsion hybride, utilisant un biocarburant de type Hydrotreated Vegetable Oil (HVO), des panneaux solaires, une éolienne et des batteries intelligentes.
En ce qui concerne l’autonomie de vie pour l’équipage – 12 personnes en hiver et 18 en été – la station contient un désalinisateur capable de produire 300 litres d’eau potable par heure. Enfin, les communications sont assurées par le réseau satellite haut débit européen OneWeb, dont la couverture est devenue mondiale en 2023.


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